mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2401971 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 juillet et 13 août 2024, M. C A, représenté par Me Sanchez Rodriguez, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui restituer sa carte consulaire ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle ne mentionne pas le fait que les autorités guinéennes ont suspendu les auditions et la délivrance de laissez-passer consulaire ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement du requérant.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Rousseau pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience :
- le rapport de M. Rousseau, magistrat désigné ;
- les observations de M. B, directeur adjoint du pôle juridique, représentant le préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que la demande de laissez-passer consulaire effectuée au profit de M. A est adressée à l'unité centrale d'identification de la Direction nationale de la police de l'air et des frontières chargée de centraliser ce type de demandes pour une trentaine de pays dont la Guinée ; que l'ambassade de Guinée en France n'est rendue destinataire d'une copie de la demande qu'à titre d'information ; que l'erreur d'adresse de courrier électronique de l'ambassade de Guinée en France que comporte cette demande est donc sans incidence sur l'effectivité de la demande de laissez-passer consulaire.
M. A n'était ni présent ni représenté à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Un mémoire enregistré le 20 août 2024 pour la préfecture des Pyrénées-Atlantiques n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, né le 12 août 1998 à Conakry (Guinée), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 24 juillet 2020. Le 23 novembre 2023, il a été interpellé muni d'une carte d'identité consulaire guinéenne valide jusqu'au 28 septembre 2024 et placé en retenue pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 24 novembre 2023, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Le 30 juillet 2024, M. A a été interpellé sur le territoire français et placé en retenue pour vérification de son droit au séjour. Par une décision du 30 juillet 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
5. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise notamment les articles L. 731-1, L. 732-3, L. 733-1 et L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cite l'article L. 731-1 de ce même code. Elle mentionne notamment que le requérant fait l'objet d'un arrêté du 24 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire, accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, que la légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du présent tribunal n° 2303034 du 7 février 2024, que M. A a été interpellé sur le territoire français le 30 juillet 2024 et placé en retenue pour vérification de son droit au séjour, qu'il se trouve dans l'immédiat dans l'impossibilité de quitter le territoire français dans la mesure où il est dépourvu de tout document de voyage original en cours de validité, qu'il ne dispose pas d'une réservation sur un vol à départ imminent et qu'il convient de l'astreindre à résidence dans l'attente de l'organisation de son départ, à savoir l'obtention d'un laissez-passer consulaire et la réservation d'un billet d'avion. Dès lors, la décision litigieuse portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 30 juillet 2024 comporte les considérations de droit et de fait qui permettent d'en comprendre la motivation. La circonstance qu'elle ne mentionne pas la suspension par les autorités guinéennes des auditions et de la délivrance de laissez-passer consulaire est sans influence sur le caractère suffisant de cette motivation dès lors que cette suspension est mentionnée dans une demande du préfet de la Gironde adressée au juge des libertés et de la détention se rapportant à une autre personne que le requérant et que cette demande récente mais non datée ne démontre pas le maintien de la mesure de suspension par les autorités guinéennes ni l'absence de perspectives raisonnables d'éloignement de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de l'arrêté du 24 novembre 2023 portant obligation faite au requérant de quitter le territoire français ne demeurerait pas une perspective raisonnable à la date de la décision contestée portant assignation à résidence. Si le requérant se prévaut de ce que la demande de laissez-passer consulaire effectuée à son profit par la préfecture des Pyrénées-Atlantiques comporte une erreur dans l'adresse de courrier électronique de l'ambassade de Guinée en France, cette erreur est sans incidence sur l'effectivité de la demande dès lors que celle-ci a bien été adressée à l'unité centrale d'identification de la direction nationale de la police de l'air et des frontières chargée de centraliser ce type de demandes pour une trentaine de pays dont la Guinée, et que l'ambassade de Guinée en France n'est, pour sa part, rendue destinataire d'une copie de la demande qu'à titre d'information. Par suite, la décision litigieuse du 30 juillet 2024 apparaît adaptée, nécessaire, et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit et ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme dont M. A demande le versement sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C A et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
Le magistrat désigné,
S. ROUSSEAU
La greffière,
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026