lundi 19 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402044 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 août 2024, Mme A B, représentée par Me Sané, doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " Passeport Talent - Chercheur " dès la notification de l'ordonnance à intervenir, et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de lui délivrer une convocation afin de se voir remettre un récépissé de renouvellement de titre de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification de la décision intervenir et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle a été recrutée par l'université de Rennes en qualité de maître de conférences à compter du 2 septembre 2024 ; elle ne peut, en l'absence de délivrance d'un titre de séjour, signer son contrat de travail et accéder à cet emploi ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'exercer une activité professionnelle ;
- l'atteinte portée à sa liberté professionnelle est grave et manifestement illégale, dès lors que le préfet des Hautes-Pyrénées a considéré, à tort, que la convention d'accueil conclue entre elle et l'Ecole nationale d'ingénieurs de Tarbes avait été résiliée au 14 décembre 2020 ; or, lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour, cette convention était toujours en cours d'exécution ; par ailleurs, si le courrier l'informant de la résiliation de cette convention est daté du 14 décembre 2020, il n'est pas démontré qu'elle l'avait reçu avant son rendez-vous en préfecture du 17 décembre suivant ; par ailleurs, elle avait signalé à la préfecture la signature d'une nouvelle convention d'accueil ;
- les décisions contestées emportent des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle dès lors qu'elle réside en France avec son époux qui est titulaire d'une carte de résident d'une durée de dix ans, et qu'elle est mère d'un enfant né en France.
La requête a été communiquée au préfet des Hautes-Pyrénées, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Neumaier, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendu au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 9 août 2024 à 15h00, en présence de Mme Yniesta, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Neumaier ;
- et les observations de Me Sané représentant Mme B, qui confirme ses écritures et indique que l'urgence est caractérisée dès lors que la requérante doit être recrutée à compter du 2 septembre prochain ; que la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'exercer une activité professionnelle, laquelle peut être invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision portant refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour ; qu'une telle décision est également entachée d'une illégalité grave et manifeste dès lors que contrairement à ce qu'affirme le préfet, la convention d'accueil conclue entre Mme B et l'Ecole nationale d'ingénieurs de Tarbes n'a pas été résiliée à compter du 14 décembre 2020 ; que par ailleurs, Mme B n'était pas tenue d'indiquer ce changement de situation au préfet ; que son époux, avec lequel elle a eu un enfant, réside en France sous couvert d'une carte de résident ; que la décision contestée l'a empêchée de participer à des colloques et rencontres scientifiques dans l'autres pays européens, ainsi que celles de Mme B, qui indique que la décision contestée porte atteinte à sa situation professionnelle et confirme qu'elle n'a pu se rendre à plusieurs conférences internationales en raison de sa situation administrative.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 17 octobre 1990, a sollicité le 10 septembre 2023 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " Passeport Talent Chercheur ". Par un arrêté du 19 mars 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée. Par sa requête, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de la requérante, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un diplôme équivalent au grade de master qui mène des travaux de recherche ou dispense un enseignement de niveau universitaire, dans le cadre d'une convention d'accueil signée avec un organisme public ou privé ayant une mission de recherche ou d'enseignement supérieur préalablement agréé se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " d'une durée maximale de quatre ans. Lorsque la convention d'accueil fait état de l'appartenance à un programme de mobilité, la carte de séjour porte la mention " talent-chercheur-programme de mobilité ". Cette carte permet l'exercice d'une activité professionnelle salariée dans le cadre de la convention d'accueil ayant justifié la délivrance du titre de séjour. : Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, lorsque l'étranger bénéficiaire de cette carte se trouve involontairement privé d'emploi à la date du renouvellement de sa carte, celle-ci est renouvelée pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail.". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (). ". Aux termes de l'article R. 431-15 de ce même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. ".
En ce qui concerne l'urgence :
6. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui a soutenu sa thèse de doctorat le 1er juillet 2020 à l'Ecole nationale d'ingénieur de Tarbes, s'est vue délivrer une carte de séjour portant la mention " Passeport talent - chercheur " valide du 15 mars 2021 au 14 novembre 2023, dont elle a sollicité le renouvellement le 10 septembre 2023. Il résulte de l'instruction que la requérante a été affectée, à l'issue de la campagne de recrutement des maîtres de conférences au titre de l'année 2024 et par une décision du 13 juin 2024, sur un emploi de maître de conférences à l'université de Rennes. Il résulte également de l'instruction que la requérante doit prendre ses fonctions à compter du 1er septembre prochain. Dans ces circonstances, la condition particulière d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
7. Il est constant que, par sa décision du 19 mars 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de procéder au renouvellement du titre de séjour dont Mme B était titulaire, en se fondant sur le motif tiré de ce que lors de sa précédente demande de renouvellement, Mme B avait produit une convention d'accueil avec l'Ecole nationale d'ingénieurs de Tarbes, valable jusqu'au 31 octobre 2023, qui aurait été résiliée le 14 décembre 2020, soit trois jours avant son rendez-vous en préfecture. Le préfet a également relevé que dans le cadre de sa présente demande, la requérante a produit une convention conclue avec l'université de Cergy valable jusqu'au 31 août 2025, et en a déduit que l'intéressée avait bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle sur la base de fausses déclarations. Il résulte toutefois de l'instruction que, par un courrier du 15 décembre 2020, le directeur de l'Ecole nationale d'ingénieurs de Tarbes a effectivement informé la requérante de ce que la convention conclue entre elle et cet établissement prendrait fin au 31 décembre suivant. Dès lors, et ainsi que le fait valoir Mme B, cette convention n'était encore résiliée au jour de son rendez-vous en préfecture. Par ailleurs, il résulte des termes d'un courrier du directeur du laboratoire de l'Université de Technologie Tarbes-Occitanie-Pyrénées que cette résiliation, intervenue à l'initiative de l'établissement après qu'il a été constaté que les recherches devant être menées au cours de l'exécution de ce contrat étaient trop éloignées du sujet de thèse de Mme B, n'a été actée que le 31 décembre 2020. Il résulte en outre de l'instruction que Mme B a conclu, dès le 1er février 2021, une nouvelle convention d'accueil avec l'université de Cergy. Par suite, il n'est pas établi par le préfet des Hautes-Pyrénées, qui n'a d'ailleurs pas produit d'observations en défense, que Mme B aurait effectivement bénéficié d'un titre de séjour pluriannuel sur la base de fausses déclarations. En outre, et ainsi qu'il a été dit au point 6 de la présente ordonnance, Mme B doit prendre ses fonctions de maître de conférences à l'université de Rennes dès le 1er septembre prochain. Il résulte par ailleurs de l'instruction que Mme B est mariée à un ressortissant tunisien, titulaire d'une carte de résident d'une durée de validité de 10 ans et valable jusqu'au 20 août 2032, avec lequel elle a eu un enfant né en France le 6 juin 2021. Enfin, Mme B soutient, sans être contredite par le préfet des Hautes-Pyrénées, que sa situation administrative l'a empêchée d'assister à plusieurs colloques et rencontres scientifiques depuis l'édiction de la décision attaquée. La décision contestée porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale au droit de la requérante à exercer une activité professionnelle, ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'urgence et d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, prévues par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, sont remplies.
En ce qui concerne la mesure de sauvegarde à ordonner :
9. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 précité et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.
10. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la période écoulée depuis la date à laquelle Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, seule la suspension de la décision par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination, ainsi que la délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler, sont susceptibles de sauvegarder l'exercice effectif des libertés fondamentales auxquelles il a été porté une atteinte grave et manifestement illégale.
11. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 19 mars 2024 du préfet des Hautes-Pyrénées, ainsi que d'enjoindre à cette même autorité de délivrer à Mme B un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, puis de procéder dans le délai d'un mois au réexamen de sa situation, sans qu'il y ait lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
12. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sané, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Sané la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à la requérante.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de remettre à Mme B un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler, en la convoquant à cet effet dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, et de procéder dans le délai d'un mois au réexamen de sa situation.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sané renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Sané, avocat de Mme B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme B.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Sané
Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.
La juge des référés,
L. NEUMAIERLa greffière,
S. YNIESTA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026