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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402224

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402224

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a été saisi en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative par M. et Mme C, qui contestaient le refus de la rectrice de l'académie de Bordeaux d'autoriser l'instruction en famille pour leurs deux enfants. Le tribunal a examiné la condition d'urgence, la rapprochant de l'intérêt supérieur de l'enfant et de la continuité pédagogique, ainsi que l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions, notamment au regard des dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le tribunal a statué sur les moyens soulevés, incluant une éventuelle erreur de droit et l'irrégularité de la composition de la commission académique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 2402224, enregistrée le 28 août 2024, M. I C et Mme F G, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 28 juin 2024 par laquelle la rectrice de l'académie de Bordeaux a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 15 mai 2024 de la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Landes refusant de faire droit à leur demande d'instruction en famille pour leur fils A ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de leur délivrer l'autorisation d'instruction en famille pour A, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la rectrice de reconsidérer la situation de leur fils A en tirant toutes les conséquences de l'ordonnance à venir ;

4°) et de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'inscription de leur fils A dans un établissement public ou privé, en cours d'année scolaire en cas d'annulation dans quelques mois de la décision en litige, bouleverserait le parcours scolaire de l'enfant et lui serait préjudiciable ; il bénéficie depuis le début de son instruction obligatoire d'une instruction en famille, sanctionnée chaque année par un contrôle académique favorable ; la décision contestée entrainerait une rupture dans la continuité pédagogique de l'enfant, un risque de régression en raison de l'absence de prise en charge de l'hypersensibilité de cet enfant et de son besoin d'être écouté et de parfois s'isoler ; l'intérêt supérieur de cet enfant justifie la demande d'instruction en famille, sans qu'aucun intérêt public ne vienne s'opposer à cette demande ;

- il existe également un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision :

* elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation s'agissant de la " situation propre " à cet enfant motivant le projet éducatif présenté au soutien de la demande de dérogation ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant ;

* à titre subsidiaire, la composition de la commission académique chargée d'examiner le recours administratif préalable obligatoire était irrégulière et méconnaissait les dispositions de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le rectorat de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la demande.

La rectrice précise que :

- la condition d'urgence n'est pas réunie dès lors que les parents ne disposent plus d'un droit de choisir librement de recourir à l'instruction dans la famille ; la famille conserve en revanche une liberté dans le choix d'un établissement public ou privé, selon des méthodes pédagogiques souhaitées ; en outre, aucune méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant ne peut davantage résulter de l'obligation d'instruction dans un établissement d'enseignement et la scolarisation d'un enfant, qui n'est qu'une traduction de l'obligation scolaire, n'est pas, par elle-même, de nature à caractériser l'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ;

- en outre, aucun des moyens soulevés n'est propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée : la commission académique était composée conformément aux exigences de l'article D. 131-11-11 du code de l'éducation, ainsi qu'en atteste la feuille d'émargement, les membres étant désignés par un arrêté du 20 juillet 2023, également produit ; aucune erreur de droit ou erreur d'appréciation ne saurait en l'espèce être retenue, notamment en raison de la personne chargée de l'instruction des enfants désignée dans le projet pédagogique présenté.

II - Par une requête n° 2402225, enregistrée le 28 août 2024, et une pièce enregistrée le 10 septembre 2024, M. I C et Mme F G, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521 1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle leur demande d'instruction en famille pour leur fils B a été rejetée ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de leur délivrer l'autorisation d'instruction en famille pour B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la rectrice de reconsidérer la situation de leur fils B en tirant toutes les conséquences de l'ordonnance à venir ;

4°) et de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le rectorat de l'académie de Bordeaux conclut, à titre principal, à l'incompétence territoriale du tribunal administratif de Pau pour connaître de cette demande, à titre subsidiaire, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre infiniment subsidiaire, à son rejet au fond.

Il précise que :

- le tribunal administratif de Bordeaux est compétent pour connaitre de la requête au fond et de la demande de référé, dès lors que le siège du rectorat est situé dans cette même ville ;

- à titre subsidiaire, le silence gardé sur la demande déposée par les requérants le 25 mars 2024 auprès du DSDEN des Landes a fait naître, en vertu de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, une décision implicite d'acceptation le 25 mai 2024 ; une procédure de retrait de cette décision est en cours, ainsi que le précise un courrier adressé le 11 juillet 2024 aux requérants ; ce courrier ne peut être considéré comme leur faisant grief ;

- à titre infiniment subsidiaire, aucune des deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est réunie.

Vu :

- les requêtes enregistrées le 28 août 2024 sous les n°S 2402218 et 2402219 par lesquelles les requérants demandent l'annulation des décisions attaquées rejetant le recours préalable obligatoire formé contre des rejets de demandes d'instruction en famille pour leurs fils A et B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 2021-1109 du 24 août 2022, notamment son article 49 ;

- le décret n° 2022-182 du 15 février 2022 ;

- la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 10 septembre 2024 à 10h45.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, le rapport de Mme Perdu, juge des référés, ainsi que :

- les observations de Me Le Foyer de Costil qui précise, en ce qui concerne la requête 2402225 déposée en faveur du jeune B, que le recours préalable obligatoire a bien été formé le 5 septembre 2024, contre la décision du 3 septembre 2024 par laquelle le directeur des services départementaux de l'éducation nationale des Landes a expressément retiré une décision du 22 mai 2024 et a refusé d'autoriser l'instruction en famille de cet enfant ; il ajoute que la décision du 3 septembre, retirant une décision tacite, ne justifie pas de l'illégalité de cette dernière ; ce retrait est donc illégal ; par ailleurs, en ce qui concerne les deux requêtes, il maintient l'ensemble de ses conclusions et moyens, et ajoute que la décision de refus opposée à la demande des parents A et B est insuffisamment motivée ; est également de nouveau développée à l'audience l'irrégularité de la procédure au terme de laquelle les décisions en litige ont été prises dès lors que la commission académique qui a examiné le recours préalable des requérants comportait plus de personnes que ce qui est prévu à l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation;

- les observations de M. H, pour le rectorat de Bordeaux, qui maintient l'ensemble de ses conclusions, et produit de nouveau la feuille d'émargement des personnes ayant siégé à la commission académique qui a statué sur le recours préalable obligatoire formé par les requérants contre la décision relative au rejet de la demande déposée pour leur fils A, laquelle en tenant compte des seules personnes ayant voté et pris part à la décision du 28 juin 2024, permet d'écarter le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une pièce a été enregistrée après l'audience, présentée pour les requérants, dans la requête n° 2402225.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme G, domiciliés à Misson (40290), parents B, né en 2012 et A né en 2016, ont saisi les services du rectorat de Bordeaux d'une demande d'autorisation d'instruction en famille pour leurs deux enfants au titre de l'année scolaire 2024-2025 au motif tiré de l'existence d'une situation propre à chaque enfant motivant le projet éducatif présenté. Par un courrier du 15 mai 2024, la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Landes a rejeté leur demande en ce qui concerne A et leur recours préalable obligatoire formé le 4 juin 2024 a été rejeté par une décision du 28 juin 2024. Par la requête n° 2402224, M. C et Mme G demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution cette décision.

2. En outre, par un courrier du 11 juillet 2024, la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Landes a informé les requérants de la mise en œuvre d'une procédure en vue de retirer une décision implicite d'acceptation née du silence gardé sur la demande déposée en faveur B. Par une décision du 3 septembre 2024, l'administration a retiré cette décision et a opposé un refus à la demande d'autorisation d'instruction présentée par M. C et Mme G pour leurs fils B. Par la requête n° 2402225, ils demandent la suspension de l'exécution du refus opposé à leur demande d'instruction en famille pour cet enfant.

3. Les requêtes présentées par M. C et Mme G à l'encontre des refus opposés aux demandes d'instruction en famille de leurs fils B et A, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu d'y statuer par un seul jugement.

Sur l'exception d'incompétence du tribunal administratif de Pau :

4. D'une part, aux termes de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie. " et de l'article D. 131-11-13 du code de l'éducation : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article D. 131-11-10. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. Lorsque l'acte a été signé par plusieurs autorités, le tribunal administratif compétent est celui dans le ressort duquel a son siège la première des autorités dénommées dans cet acte. Sous les mêmes réserves en cas de recours préalable à celui qui a été introduit devant le tribunal administratif, la décision à retenir pour déterminer la compétence territoriale est celle qui a fait l'objet du recours administratif ou du pourvoi devant une juridiction incompétente. ". Et aux termes de l'article R. 221-3 du même code : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : () Pau : () Landes () ".

6. Il résulte de ce qui précède que le tribunal compétent pour connaître de la légalité d'un refus d'autorisation d'instruction en famille est celui dans le ressort duquel l'autorité qui a pris la décision initiale de refus d'instruction en famille a son siège. En l'espèce, les décisions du 15 mai 2024 et du 3 septembre 2024 ont été prises par le directeur des services départementaux de l'éducation nationale des Landes. Par suite, l'exception d'incompétence territoriale opposée par la rectrice de l'académie de Bordeaux doit être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

8. En vertu, par ailleurs, de l'article L. 131-1 du code de l'éducation, l'instruction est obligatoire pour chaque enfant entre trois et seize ans. Cette instruction obligatoire est " assurée prioritairement dans les établissements d'enseignement ", ainsi que l'énonce l'article L. 131-1-1 du même code qui dispose, en outre, que : " Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté ".

9. Aux termes de l'article L. 131-2 du même code, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics ou privés. Elle peut également, par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5 ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. / () L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; / 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; / 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l'année scolaire. Elle peut être accordée pour une durée supérieure lorsqu'elle est justifiée par l'un des motifs prévus au 1° () ".

10. Aux termes de l'article L. 131-10 du code de l'éducation : " Les enfants soumis à l'obligation scolaire qui reçoivent l'instruction dans leur famille, y compris dans le cadre d'une inscription dans un établissement d'enseignement à distance, sont dès la première année, et tous les deux ans, l'objet d'une enquête de la mairie compétente, uniquement aux fins de vérifier la réalité des motifs avancés par les personnes responsables de l'enfant pour obtenir l'autorisation mentionnée à l'article L. 131-5, et s'il leur est donné une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille. () L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation doit au moins une fois par an, à partir du troisième mois suivant la délivrance de l'autorisation prévue au premier alinéa de l'article L. 131-5, faire vérifier, d'une part, que l'instruction dispensée au même domicile l'est pour les enfants d'une seule famille et, d'autre part, que l'enseignement assuré est conforme au droit de l'enfant à l'instruction tel que défini à l'article L. 131-1-1. A cet effet, ce contrôle permet de s'assurer de l'acquisition progressive par l'enfant de chacun des domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire. Il est adapté à l'âge de l'enfant et, lorsqu'il présente un handicap ou un trouble de santé invalidant, à ses besoins particuliers. () / Les résultats du contrôle sont notifiés aux personnes responsables de l'enfant. Lorsque ces résultats sont jugés insuffisants, les personnes responsables de l'enfant sont informées du délai au terme duquel un second contrôle est prévu et des insuffisances de l'enseignement dispensé auxquelles il convient de remédier. Elles sont également avisées des sanctions dont elles peuvent faire l'objet, au terme de la procédure, en application du premier alinéa de l'article 227-17-1 du code pénal / Si les résultats du second contrôle sont jugés insuffisants, l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation met en demeure les personnes responsables de l'enfant de l'inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé et de faire aussitôt connaître au maire, qui en informe l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, l'école ou l'établissement qu'elles auront choisi. Les personnes responsables ainsi mises en demeure sont tenues de scolariser l'enfant dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au moins jusqu'à la fin de l'année scolaire suivant celle au cours de laquelle la mise en demeure leur a été notifiée () ".

11. En vertu, enfin, de la disposition transitoire prévue au IV de l'article 49 de la loi du 24 août 2021, 1'autorisation prévue à l'article L. 131-5 du code de l'éducation est accordée de plein droit, pour les années scolaires 2022-2023 et 2023-2024, aux enfants régulièrement instruits dans la famille au cours de l'année scolaire 2021-2022 et pour lesquels les résultats du contrôle organisé en application du troisième alinéa de l'article L. 131-10 du même code ont été jugés suffisants.

12. En l'espèce, M. C et Mme G ont déposé des demandes d'instruction en famille pour leurs fils A et B en se fondant sur les dispositions précitées du 4° de l'article L.131-5 du code de l'éducation, et sur l'existence d'une situation propre à chaque enfant motivant le projet éducatif qu'ils ont produit à l'appui de leurs demandes.

13. Les dispositions précitées du 4° de l'article L. 131-5 du code l'éducation, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire.

14. La demande d'autorisation d'instruction en famille présentée pour A, né en 2016, le décrit comme un enfant hypersensible, ayant une empathie développée, qui nécessite qu'on prenne le temps de l'écouter et qu'on lui permette parfois de s'isoler, tandis que B, né en 2012, est décrit comme un enfant sensible et perfectionniste, qui présente une " hyperréactivité aux informations sensorielles ", une lenteur graphique en situation de copie ou de dictée, et il doit être aidé pour gérer des situations stressantes et ses réussites sont valorisées afin " de préserver sa confiance en lui ". Les parents ont mis en avant dans leurs demandes d'autorisation d'instruction en famille leur souhait d'individualiser les enseignements délivrés à leurs enfants, au rythme de ces derniers, d'incarner des valeurs de partage, de tolérance et de solidarité, les grands-parents des enfants étant très présents dans la vie de ces enfants, leur grand-mère paternelle domiciliée à Tarnos, devant assumer la fonction d'institutrice à partir de la rentrée 2024-2025. Un programme de progression dans l'enseignement des matières obligatoires, avec les supports utilisés, est également présenté, ainsi qu'un document intitulé " note pédagogique ".

15. Pour rejeter la demande d'instruction en famille présentée par M. C et Mme G pour leur fils A, la commission académique a retenu dans sa décision du 28 juin 2024 que l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, au sens du 4° de l'article L. 131-5 du code l'éducation, n'était pas établie. Il résulte, en outre, des précisions apportées à l'audience, que le recours préalable obligatoire n'a été formé que le 5 septembre 2024, contre la décision du 3 septembre rejetant expressément la demande d'instruction en famille présentée pour B.

16. En l'état de l'instruction, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête n° 2402225, ni le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, ni les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 131-5 du code précité, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'intérêt de l'enfant ne sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. En outre, eu égard aux précisions apportées en défense, le moyen tiré du vice de procédure n'est pas davantage de nature à faire naître un tel doute et ce, en tout état de cause, en ce qui concerne la situation B dès lors qu'à la date de la présente ordonnance, la commission académique saisie le 5 septembre 2024 du recours préalable obligatoire contre le refus expressément opposé le 3 septembre à la demande d'instruction en famille pour cet enfant, ne s'est pas encore prononcée.

17. Par suite, l'une des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, la demande de suspension de l'exécution de la décision de refus opposé à la demande d'instruction en famille présentée pour leur fils A, et en tout état de cause, celle présentée par M. C et Mme G pour leur fils B, doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes n° 2402224 et 2402225 présentées par M. C et Mme G sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. I C, Mme F G et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie sera transmise pour information à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Fait à Pau, le 12 septembre 2024.

La juge des référés,

S. PERDU La greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,, 2402225

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