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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402334

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402334

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a été saisi en référé suspension par le syndicat Irrigadour, contestant deux arrêtés inter-préfectoraux du 14 et 22 août 2024 réduisant les volumes d’eau prélevables à usage agricole sur le sous-bassin de l’Adour pour la période d’étiage 2024. Le juge a rejeté la demande, estimant que la condition d’urgence n’était pas remplie, la période d’étiage étant quasi achevée et les prélèvements déjà largement effectués, et qu’aucun doute sérieux sur la légalité des arrêtés n’était établi. La décision s’appuie sur l’article L.521-1 du code de justice administrative, sans retenir les moyens invoqués (absence de fondement, erreur manifeste d’appréciation, disproportion).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 septembre 2024, le syndicat Irrigadour, représenté par Me Leplat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution d'une part de l'arrêté inter-préfectoral n°2024-118 du 14 août 2024 portant exécution de l'ordonnance n° 2401844 du 2 août 2024 encadrant pour la période d'étiage 2024 et hors étiage 2024-2025 les prélèvements d'eau à usage agricole sur le sous-bassin de l'Adour et, d'autre part, de l'arrêté inter-préfectoral n° 2024-1164 du 22 août 2024 portant modification de l'annexe 2 de l'arrêté inter-préfectoral n° 2024-1128 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est réunie dès lors que la période d'étiage allant du 1er juin au 31 octobre 2024 est fortement entamée, et que les premiers prélèvements ont été réalisés sur la base d'un précédent arrêté qui fixait des volumes d'eau pouvant être prélevés supérieurs ; la différence s'établit à 17,33 millions de mètres cubes tandis que, dans l'arrêté litigieux, 4,75 millions de mètres cubes ne sont pas répartis individuellement et ne sont donc pas attribuables, créant ainsi une différence de traitement illégale entre les irrigants selon qu'ils se trouvent dans un périmètre en équilibre ou dans des périmètres en déséquilibres ; les volumes ayant drastiquement baissés, les répercussions sur l'agriculture sont importantes, d'autant que la baisse des volumes d'eau pouvant être prélevés s'applique rétroactivement à la situation des irrigants ;

- un doute sérieux quant à la légalité de ces arrêtés existe :

* l'abaissement de 5,71 % du volume maximal d'eau dont le prélèvement est autorisé, soit 290, 77 millions de mètres cubes est arbitraire et n'est pas fondé ; il en est de même de la baisse de 7,16 % des volumes autorisés hors période d'étiage ;

* l'arrêté est entaché d'une erreur de fait et méconnaît la réalité de la pratique de l'irrigation, et entraine des pertes économiques considérables pour les quelques mille préleveurs concernés ; les pertes de production sont estimées à 6,5 millions d'euros pour l'ensemble des exploitations agricoles et risquent de mettre en péril des filières " aval " même pour des exploitations non concernées directement par la baisse des volumes autorisés ; pour ces filières " aval " l'impact potentiel sur le chiffre d'affaires est évalué à 46,5 millions d'euros ;

* les arrêtés sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation ; des incohérences apparaissent entre les annexes 1 et 2 à l'arrêté du 14 août 2024, à savoir des inversions des volumes autorisés entre les périodes d'étiage et celle hors étiage ; le contexte hydrologique favorable de 2024 et les niveaux de remplissage des nappes phréatiques, qui dépassent les valeurs supérieures décennales, et ceux des ouvrages structurants, n'ont pas été correctement pris en compte ; il en est de même des mises à jour des axes réalimentés par les irrigants ;

* enfin, la réduction des volumes d'eau pouvant être prélevés est disproportionnée, des actions de retour à l'équilibre des bassins versants étant organisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la demande.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est nullement réunie en l'absence d'atteinte suffisamment grave aux intérêt défendus par le requérant : le " volume-réserve " d'eau non réparti permet de garder une souplesse et de gérer au plus près les besoins des agriculteurs qui auraient atteint le plafond de leur volume autorisé ; l'arrêté du 14 août 2024 est beaucoup moins restrictif que celui du 5 août et permet de respecter tant les objectifs du SDAGE que l'ordonnance du juge des référés ; en outre, aucune atteinte immédiate aux intérêts défendus ne peut davantage être retenue, la période d'étiage s'achevant le 31 octobre 2024 et la quasi-totalité des prélèvements d'eau ayant déjà été effectués ; du reste, ni le syndicat Irrigadour ni des préleveurs n'ont demandé le bénéficie de ce " volume-réserve " non attribué ; enfin, suspendre l'exécution des arrêtés en litige porterait atteinte à ce qu'a jugé le juge des référés dans son ordonnance du 2 août 2024 ;

- par ailleurs, aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité des arrêtés en litige ; aucune erreur de fait, ni aucune erreur manifeste d'appréciation ne peut être retenue : il a été décidé de maintenir les volumes octroyés aux irrigants dans les périmètres à l'équilibre et de les réduire là où la situation était en déséquilibre (périmètres 3, 140, 142, 149, 1540, 151, 152 et 221) en tenant compte, même dans ce cas, des volumes maxima consommés les cinq dernières années ; le delta entre la somme des volumes répartis pour les irrigants et le volume notifié par le préfet de bassin, soit 4, 75 Mm3, a été identifié dans une ligne spécifique de l'annexe 1 afin de constituer le " volume-réserve " ; enfin, les estimations du syndicat sur les pertes économiques et pertes de valeur ajoutée, liés à la baisse des volumes, ne sont pas justifiées, alors que le volume autorisé pour l'étiage de 2024 est bien supérieur aux besoins des cultures irriguées, même dans le secteur d'Audon-Saint-Vincent où la baisse du volume autorisé est la plus importante ;

- enfin, l'erreur matérielle figurant à l'annexe 2 de l'arrêté n° 2024-1128, corrigée par l'arrêté du 22 août 2024, consiste en une erreur de mise en page qui a été signalée par les irrigants.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 septembre 2024, sous le n° 2402331 par laquelle le syndicat requérant demande l'annulation des arrêtés inter-préfectoraux en litige.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024 à 10h00, en présence de la greffière d'audience, le rapport de Mme A ainsi que les observations :

- de Me Leplat, pour le syndicat Irrigadour, représenté à l'audience par son codirecteur M. E et un chargé de mission M. C, intervenus pour donner quelques précisions, qui maintient l'ensemble de ses demandes et développe de nouveaux ses arguments, en précisant que l'urgence doit d'autant plus être retenue que des irrigants qui dépasseraient les prélèvements autorisés encourent des poursuites pénales ;

- et de Mme B et M. F, accompagné de M. D, représentants la préfecture des Landes, qui maintient également l'ensemble de ses conclusions tendant au rejet de la présente demande.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat Irrigadour a été désigné en tant qu'organisme unique de gestion collective des prélèvements d'eau (OUGC) et a vocation à exercer ses missions prévues aux articles L. 211-3 et suivants du code de l'environnement, dans le périmètre hydrographique de la zone de répartition des eaux du bassin de l'Adour. Par un arrêté inter-préfectoral du 12 juillet 2024 la préfète des Landes, le préfet des Pyrénées-Atlantiques, le préfet du Gers et le préfet des Hautes-Pyrénées ont encadré les prélèvements d'eau à usage agricole sur le sous-bassin de l'Adour pour la période d'étiage 2024 et hors étiage 2024-2025. Par une ordonnance n° 2401844 du 2 août 2024, le juge des référés du présent tribunal, saisi par des associations de protection de l'environnement, a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint aux préfets de fixer à titre provisoires les volumes d'eau dont le prélèvement est autorisé pour la période d'étiage et de délivrer provisoirement les autorisations aux préleveurs irrigants pour cette même période, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance et, dans l'attente de l'édiction de ces mesures, d'autoriser les prélèvements d'eau selon les mêmes volumes que ceux prévus par l'arrêté litigieux abaissés forfaitairement de 25 % pour les cours d'eau et nappes d'accompagnement. Par un arrêté du 5 août 2024, les préfets se sont conformés à l'ordonnance et ont abaissé les volumes d'eau pouvant être prélevés dans cette proportion (25 %) puis, par un arrêté n° 2024-1128 du 14 août 2024, modifié par un arrêté n° 2024-1164 du 22 août 2024 sur une erreur matérielle figurant à l'annexe 2 de l'arrêté du 14 août 2024, les autorités préfectorales ont procédé à l'abrogation de l'arrêté du 5 août 2024, ont fixé le volume maximal d'eau dont le prélèvement est autorisé, et ont délivré des autorisations individuelles de prélèvement aux exploitants d'ouvrages de prélèvement mentionnés dans l'annexe 2 audit arrêté. Par la présente requête, le syndicat Irrigadour demande la suspension de l'exécution de ces arrêtés inter-préfectoraux des 14 et 22 août 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3.En l'espèce, à supposer même que la condition d'urgence puisse être considérée comme remplie, au vu des éléments soumis au juge des référés et aux précisions apportées à l'audience par les parties, aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité des arrêtés en litige. Dans ces conditions, une des conditions posées par les dispositions précitées n'est pas remplie et, par suite, les conclusions aux fins de suspension présentées par le syndicat Irrigadour, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle, à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme que demande le syndicat Irrigadour au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par le syndicat Irrigadour est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat Irrigadour et au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.

Copie pour information sera adressée à la préfète des Landes, au préfet des Pyrénées-Atlantiques, au préfet des Hautes-Pyrénées et au préfet du Gers.

Fait à Pau, le 11 octobre 2024.

La juge des référés,

S. A La greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

La greffière,

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