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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402373

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402373

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Pau, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées refusant le regroupement familial sollicité par Mme C pour ses deux enfants résidant en Centrafrique. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ayant attendu neuf mois pour contester la décision et n'ayant pas justifié de circonstances particulières rendant la séparation familiale plus grave que pour tout étranger en situation similaire. Les moyens soulevés, notamment l'erreur dans l'appréciation des ressources et la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'ont pas été examinés au fond en raison de l'absence d'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 1er octobre 2024, Mme C, représentée par Me Oudin, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 décembre 2023 par laquelle le préfet des Hautes-Pyrénées a opposé un refus à sa demande de regroupement familial présentée pour ses deux enfants restés en Centre-Afrique ;

2°) d'enjoindre au préfet de faire droit à sa demande de regroupement familial ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par jours de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision prolonge la séparation familiale, porte atteinte à sa vie privée et familiale et préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation ; d'autant que la situation politique et économique en Centre-Afrique est fortement perturbée, ses deux enfants ont été enlevés et une rançon a dû être versée pour qu'ils soient libérés ;

- il existe, en outre, des moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

* elle a été prise sans que le préfet examine la situation individuelle de la requérante : le préfet n'a pas tenu compte de ce que ses trois enfants nés en France ont des pères différents, et de ce que les revenus de la requérante ont progressé entre le dépôt de sa demande et la date de la décision en litige, puisqu'elle a conclu un contrat de travail à durée indéterminée pour une activité d'auxiliaire de vie, à temps partiel ;

* le préfet ne pouvait refuser de faire droit à sa demande en se fondant sur l'insuffisance de ses revenus, sans prendre en compte sa situation familiale et personnelle ;

* la décision procède d'une erreur de droit dans la prise en compte de l'ensemble des revenus dont dispose la requérante : elle a perçu en 2023 un salaire puis des indemnités journalières, lorsqu'elle a été placée en congé de maladie, s'élevant en moyenne 1 180 euros par mois, auxquels s'ajoute 100 euros de pension alimentaire par mois versés par le père de deux de ses enfants nés en France, M. A ; en outre, les revenus de son nouveau conjoint s'élèvent à 8 431 euros de décembre 2022 à juin 2023, la préfecture refusant à tort de les prendre en compte en raison de la situation irrégulière de ce dernier ;

* la décision ne peut davantage être fondée sur le motif que la requérante serait " défavorablement connue des forces de l'ordre " dès lors qu'aucune condamnation pénale n'a été prononcée à son encontre et ne peut justifier ce motif fondé sur l'article L.434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation : elle travaille dans un secteur en tension où de nombreux postes ne sont pas pourvus et elle rend ainsi des services à la collectivité, elle élève seule ses trois enfants nés en France, ce qui limite ses possibilités professionnelles, et le préfet a refusé de délivrer à son conjoint un titre de séjour ;

* la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale, garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnait l'intérêt supérieur des enfants garanti notamment par l'article 3 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant et par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas réunie, l'intéressée, entrée en France en 2019 sans ses enfants, n'a jamais rendu visite à ces derniers depuis cinq ans, et a attendu neuf mois après l'édiction de la décision contestée pour former le présent recours ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé, notamment pas ceux fondés sur des erreurs de droit et d'appréciation en ce qui concerne le calcul des ressources prises en compte et de l'absence, en l'espèce, de revenus stables et suffisants, ni celui contestant le motif fondé sur le non-respect des principes essentiels régissant la vie familiale en France, le père français de deux de ses enfants nés en France ayant déterminé, par un test de paternité, qu'il n'était pas leur père.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 13 janvier 2024 sous le n° 2400119 par laquelle la requérante a sollicité l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue le 1er octobre 2024 à 11h00 en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, le rapport de Mme Perdu ainsi que :

- les observations de Me Oudin, représentant la requérante, présente, qui maintient l'ensemble de ses demandes et précise qu'au vu de l'atteinte portée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante, la condition d'urgence est remplie, et que les ressources ont été inexactement déterminées, la situation matérielle de la requérante s'étant améliorée même si M. A ne verse pas la pension alimentaire qui a été fixée par le juge aux affaires familiales; en outre, il est souligné qu'aucune condamnation pénale n'a été prononcée à son encontre et qu'aucune décision judiciaire n'est intervenue sur la question de la paternité de M. A, lequel est décrit comme ayant adopté une attitude dénigrante et vindicative ; enfin, la composition familiale de la requérante, le droit de son dernier enfant de voir son père français ainsi que la situation en Centre Afrique, font obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans ce pays ;

- la préfecture des Hautes-Pyrénées n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née en 1993 à Bangui, de nationalité centrafricaine, titulaire d'un titre de séjour valable du 15 février 2022 au 14 février 2023, puis d'un récépissé de dépôt d'une demande de renouvellement de titre, a déposé le 28 avril 2023 auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), une demande de regroupement familial au bénéfice de deux enfants restés en Centre-Afrique. Par la présente requête, Mme C demande la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; () ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : () / 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; / 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus. "

4. En l'état, à supposer même que la condition d'urgence puisse être considérée comme remplie, aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 4 décembre 2023.

5. Ainsi, une des conditions cumulatives de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie, et la demande de suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 décembre 2023 doit être rejetée.

6. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ainsi que de la demande présentée par la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, l'État n'ayant pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Fait à Pau, le 2 octobre 2024.

La juge des référés,

S. PERDU

La greffière,

A. STRZALKOWSKA La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

La greffière,

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