mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402384 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 septembre 2024 et le 3 octobre 2024, Mme C, représentée par Me Mindren, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 20 juin 2024 par laquelle la commission de médiation des Pyrénées-Atlantiques a refusé de la reconnaître comme prioritaire et devant être logé d'urgence, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre à la commission de médiation des Pyrénées-Atlantiques, à titre principal, de reconnaître le caractère prioritaire de sa demande de logement social dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer son dossier dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-l'urgence est caractérisée ;
-des moyens sont, en outre, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que :
*elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la composition de la commission ;
*sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;
*elle méconnaît le II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
*elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
*elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que Mme C occupe toujours le logement T3 de 63 m² adapté à ses besoins et à ses capacités, nonobstant l'engagement de la procédure d'expulsion, alors qu'elle s'est vue proposer un hébergement en centre d'hébergement et de réinsertion sociale qu'elle a refusé, ne répondant pas à ses exigences ; elle a par ailleurs déposé un recours amiable pour un hébergement en date du 29 août 2024 et a été déclarée prioritaire pour être accueillie dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale ;
-à la date de la décision en litige, la commission de médiation n'avait pas connaissance de l'expulsion prononcée par le jugement du tribunal judiciaire rendu le 18 juin 2024, tandis qu'elle était logée dans un logement non décent, et n'a pu retenir l'urgence de sa situation ;
-la composition de la commission de médiation était régulière ;
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 septembre 2024 sous le numéro 2402383 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 3 octobre 2024 à 14h30 en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Kirimov, substituant Me Mindren, représentant Mme C, qui reprend les termes de la requête, en insistant sur le fait qu'elle est arrivée en France avec ses deux enfants mineurs, après avoir fui l'Ukraine et subi le traumatisme de la guerre, qu'elle dispose de peu de ressources et veille donc à maîtriser ses dépenses, ce qui explique la dette d'électricité ; que la possibilité pour les personnels de l'association AJIR de réaliser des contrôles inopinés sans sa présence l'a inquiétée ; que la circonstance qu'elle soit reconnue prioritaire pour un hébergement n'enlève en rien l'urgence de sa situation puisqu'elle est sous la menace de l'expulsion de son logement et qu'elle a formulé une demande de logement social et non d'hébergement temporaire.
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h50.
Mme C a produit une note en délibéré enregistrée le 3 octobre 2024 à 16h24.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a saisi une nouvelle fois la commission de médiation des Pyrénées-Atlantiques d'un recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement. Par une décision du 20 juin 2024, la commission de médiation du droit au logement opposable des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision, dont elle a sollicité l'annulation par une requête enregistrée le 18 septembre 2024 sous le numéro 2402383.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 20 août 2024, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () "
4. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. () ". Aux termes du III de ce même article : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. () ". Aux termes du IV de ce même article : " IV.-Lorsque la commission de médiation est saisie d'une demande de logement dans les conditions prévues au II et qu'elle estime, au vu d'une évaluation sociale, que le demandeur est prioritaire mais qu'une offre de logement n'est pas adaptée, elle transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région cette demande pour laquelle doit être proposé un accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. ". De plus, aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). " Enfin, aux termes de l'article R. 441-18 de ce code : " Lorsqu'elle est saisie au titre du III de l'article L. 441-2-3, la commission rend sa décision dans un délai qui ne peut dépasser six semaines. Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3. () ".
5. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension de la décision attaquée, pour justifier de l'urgence, Mme C soutient qu'à son arrivée en France avec ses deux enfants mineurs, après avoir fui l'Ukraine, elle a d'abord été hébergée par une famille volontaire, elle a ensuite occupé un logement T3 d'une surface de 63 m² selon un bail tripartite conclu le 25 août 2022 entre un bailleur social, Domofrance, et l'association OGFA, cette dernière lui sous-louait les lieux, pour une durée de 6 mois, renouvelable deux fois, et pour un loyer de 480,09 euros. Elle dispose de faibles ressources et s'est rapidement opposée aux tarifs exorbitants du fournisseur d'électricité qui lui était imposé par le contrat. Un accord a été trouvé avec son bailleur pour qu'elle règle à ce titre une somme 200 euros au lieu de 1399 euros le 18 avril 2023, puis une somme de 199,07 euros au lieu de 1 194 euros le 13 juillet 2023. Elle se plaint aussi de ce que le logement serait indécent, en l'absence d'arrivée d'eau fonctionnelle dans la cuisine. Le contrat a ensuite été résilié au 31 août 2023. Par une ordonnance du 18 juin 2024, le juge des référés du tribunal judiciaire de Pau a relevé que Mme C occupait sans droit ni titre ce logement et a ordonné son expulsion. Par ailleurs, la requérante a refusé l'offre d'hébergement qui lui a été faite par l'association AJIR au centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) à compter du mois d'avril 2024, au motif que l'association a refusé de modifier l'article 7 du règlement intérieur de la structure permettant aux personnels de l'association de visiter les lieux, une fois par semaine, en présence ou non des hébergés. Elle s'inquiétait également de la population accueillie au CHRS.
6. C'est dans ce contexte qu'est intervenue la décision en litige du 20 juin 2024 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable des Pyrénées-Atlantiques a refusé de reconnaître prioritaire sa demande de logement social. A ce jour, bien qu'étant sous la menace de l'exécution de l'expulsion ordonnée par le juge judiciaire, la requérante occupe toujours sans droit ni titre ce logement. De plus, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de sa requête, nonobstant la circonstance que la requérante n'aurait pas formulé une telle demande, et ainsi que le lui permettent les dispositions précitées du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la commission de médiation des Pyrénées-Atlantiques, par une décision du 19 septembre 2024, l'a reconnue prioritaire pour être accueillie dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Le préfet dispose, en vertu de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation précité, d'un délai de six semaines à compter de cette décision pour proposer à la requérante un hébergement. Dans ces conditions, alors qu'elle ne conteste pas que la commission de médiation a pu estimer qu'une solution d'hébergement était mieux adaptée à sa situation, les éléments dont elle se prévaut ne suffisent pas, en l'état de l'instruction, à établir l'urgence à suspendre la décision attaquée.
7. Par suite, l'une des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, la demande de suspension de l'exécution de la décision ayant refusé de reconnaître prioritaire sa demande de logement social et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont Mme C demande le versement à son conseil, sur le fondement de ces dispositions et de celles de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par Mme C.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie pour information en sera adressé au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Fait à Pau, le 9 octobre 2024.
La juge des référés, La greffière,
M. B M. CALOONE
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026