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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402399

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402399

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES ETRANGERS
Avocat requérantMASSOU DIT LABAQUERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2024, M. A se disant D C, représenté par Me Massou-dit-Labaquere , demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale compte tenu de ses liens familiaux en France, intenses et stables ;

- son expulsion vers la Tunisie porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour sont disproportionnées.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée, après appel de leur affaire à l'audience publique, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 28 mai 2001, a été interpellé en situation irrégulière en France et placé en retenue aux fins de vérification de son droit au séjour et de circulation. Par un arrêté en date du 17 septembre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour pour une durée de deux ans. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ().

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'aurait pas examiné le droit au séjour du requérant avant de décider son éloignement du territoire français.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. C soutient qu'il bénéficie de relations personnelles et familiales à la fois intenses, stables puisque deux de ses cousins habitent à Pau et cinq de ses cousins, trois cousines et ses deux oncles habitent à Bordeaux et disposent de titres de séjours. Toutefois, le requérant, qui n'établit pas ni même n'allègue être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine est célibataire et sans charge de famille, et il n'apporte aucun élément précis et étayé de nature à établir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences au regard de sa situation personnelle.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes même de la décision attaquée, que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de sa situation avant de prendre l'arrêté attaqué.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Le premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

8. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité. A cet égard, si, après prise en compte de chacun de ces quatre critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

9. En l'espèce, d'une part, le préfet a refusé d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire et ce dernier se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un maximum de trois ans. A cet égard, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction.

10. D'autre part, M. C soutient que les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire et fixant une interdiction de retour de deux ans sont disproportionnées. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C, entré irrégulièrement en France en 2021 selon ses déclarations, n'a jamais cherché à régulariser son séjour depuis son arrivée. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, ce dernier ne justifie pas de liens suffisamment intenses, anciens et stables sur le territoire français et enfin, M. C est défavorablement connu des services de police ayant fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Pau en date du 13 juin 2024 à une peine d'emprisonnement délictuel de quatre mois pour des faits de violence aggravé par deux circonstances, suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Par suite, alors même que l'intéressé n'aurait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour de M. C sur le territoire français, qu'en fixant à deux ans la durée de cette interdiction le préfet aurait fait une inexacte application de l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024 .

La magistrate désignée,

F. ELa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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