lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402401 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GUYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées respectivement le 18 septembre 2024 et le 3 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Guyon, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 29 juin 2024 par laquelle la commission de l'académie de Bordeaux a rejeté le recours administratif préalable qu'elle a formé contre la décision du 22 mai 2024 par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale des Pyrénées-Atlantiques a refusé de lui délivrer une autorisation d'instruction en famille pour sa fille, A C ;
2°) d'enjoindre au rectorat de lui délivrer l'autorisation d'instruction en famille sollicitée, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 480 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la suspension du refus en litige ne porte pas atteinte à l'intérêt général alors que la rentrée scolaire serait imminente et que la requérante a été mise en demeure de scolariser sa fille avant le 27 septembre 2024 ; la requérante dispose d'une expérience pédagogique solide et des contrôles en cours d'année auront lieu afin de vérifier le programme suivi et les compétences attendues ; la prise en compte de l'intérêt supérieur de sa fille et du sérieux du projet éducatif présenté commandent de considérer que la condition d'urgence est réunie ;
- des moyens sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité du refus en litige :
o il appartiendra à M. Le Gall, secrétaire général de l'académie, signataire de la décision de rejet du recours obligatoire préalable, de justifier de sa compétence matérielle, territoriale et temporelle pour prendre une telle décision ;
o l'administration devra également justifier de la composition de la commission qui a examiné le recours préalable obligatoire, laquelle doit respecter les dispositions de l'article D. 131-11-11 du code de l'éducation ;
o le rejet du recours préalable est insuffisamment motivé et méconnaît ainsi les dispositions des articles L. 211-2 et 5 du code des relations entre le public et l'administration ;
o il méconnait également l'intérêt supérieur de cette enfant dès lors que le programme pédagogique mis en place est efficace et un rapport positif a été établi pour les années précédentes ; le projet pédagogique n'est d'ailleurs pas remis en cause, le rectorat se contentant d'affirmer qu'il n'existe pas une situation propre de cet enfant justifiant une instruction en famille ; les besoins particuliers de l'enfant n'ont pas été pris en compte ;
o le rectorat méconnaît les dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et en fait une application restrictive, contraire à l'interprétation donnée par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2021-823 DC ;
o le refus contesté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des besoins de A C.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, le rectorat de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucune des deux conditions posées à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est réunie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 2021-1109 du 24 août 2022, notamment son article 49 ;
- le décret n° 2022-182 du 15 février 2022 ;
- la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 4 octobre 2024 à 10h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, le rapport de Mme Perdu, juge des référés, ainsi que :
- les observations de Me Romazzotti, substituant Me Guyon, en présence de Mme C, qui développe l'ensemble de ces conclusions et moyens, et précise que depuis le mois de juin, la fille de la requérante est angoissée et que cela est médicalement attesté ; le sérieux du projet pédagogique est souligné, ainsi que la compétence, d'ailleurs non remise en cause par le rectorat, de Mme C pour se charger de l'instruction de sa fille ;
- et les observations de M. D, pour le rectorat de Bordeaux, qui maintient l'ensemble de ses conclusions.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Un mémoire présenté pour le rectorat a été enregistré le 7 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est la mère de A C née le 17 mars 2013. Elle a sollicité l'autorisation d'instruire en famille sa fille, pour l'année scolaire 2024-2025 et, par la présente requête, elle demande la suspension de l'exécution de la décision du 29 juin 2024 rejetant le recours préalable obligatoire formé contre la décision du 22 mai 2024 du directeur des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) des Pyrénées-Atlantiques refusant de lui délivrer une autorisation d'instruction en famille pour sa fille.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. En vertu, par ailleurs, de l'article L. 131-1 du code de l'éducation, l'instruction est obligatoire pour chaque enfant entre trois et seize ans. Cette instruction obligatoire est " assurée prioritairement dans les établissements d'enseignement ", ainsi que l'énonce l'article L. 131-1-1 du même code qui dispose, en outre, que : " Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté ".
4. Aux termes de l'article L. 131-2 du même code, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics ou privés. Elle peut également, par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5 ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. / () L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / () / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l'année scolaire. Elle peut être accordée pour une durée supérieure lorsqu'elle est justifiée par l'un des motifs prévus au 1° () ".
5. Ces dernières dispositions, telles qu'elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d'instruction dans la famille et qu'il est justifié, d'une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de cet enfant, d'autre part, de la capacité des personnes chargées de l'instruction de l'enfant à lui permettre d'acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire
6. Il ressort des pièces soumises au juge des référés que le projet éducatif présenté au soutien de la demande d'instruction en famille présenté par Mme C pour sa fille A, née le 17 mars 2013, la présente comme une enfant gaie et sociable, que sa mère a souhaité maintenir dans le cadre bienveillant d'une instruction en famille à la suite de la crise sanitaire, ce mode d'enseignement convenant à tous les membres de la famille et en particulier à cette enfant décrite comme parfaitement épanouie. En outre, Mme C souligne qu'elle s'est inspirée de ses lectures de pédagogues tels que Mmes E et Réggio, qui placent l'enfant comme principal acteur de ses apprentissages, et respectent son individualité et son rythme de développement. Elle présente les manuels et méthodes choisis, ainsi qu'un emploi du temps d'une semaine type.
7. Au vu des éléments portés à la connaissance du juge des référés, en l'état, à supposer même que la condition d'urgence puisse être considérée comme remplie, aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité du refus opposé à la demande d'instruction en famille présentées par Mme C pour sa fille A.
8. Une des deux conditions posées à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas réunie, les demandes de suspension et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction, doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et au ministre de l'éducation nationale.
Copie sera transmise pour information à la rectrice de l'académie de Bordeaux.
Fait à Pau, le 7 octobre 2024.
La juge des référés, La greffière,
S. PERDU A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,
N°2402401
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026