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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402430

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402430

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPECASSOU LOGEAIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024, et un mémoire enregistré le 9 octobre 2024, Mme A D, représentée par Me Mandile, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Jean-de-Luz ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme C en vue de réaliser une ouverture dans le mur en pierre de clôture pour la création d'un accès depuis la rue Biscarbidea ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'intérêt à agir de la requérante n'est pas contestable en sa qualité de copropriétaire de l'ensemble immobilier composant la villa Hergaray et de propriétaire du lot n° 3 de cet ensemble qui dispose d'une jouissance exclusive d'une partie du jardin-cour longé par le muret dont la destruction partielle est autorisée ; son cadre de vie et son intimité sont ainsi directement atteints, tandis que les nuisances liées au passage de véhicules par ce nouvel accès sont incontestables ;

- l'urgence est présumée et, en tout état de cause, caractérisée, en raison de l'imminence de la réalisation des travaux contestés, un architecte ayant été chargé du projet et un artisan d'ores et déjà mandaté pour réaliser un devis estimatif desdits travaux ;

- il existe, en outre, un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté :

* le projet méconnait les dispositions combinées de l'article 3.G A.5 et 3.G A.6 relatifs aux murs de soutènement, du règlement du site patrimonial remarquable (SPR) dans lequel est situé l'immeuble en cause, ainsi que les dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme : la destruction de murs de soutènement en pierre est strictement interdite, tandis que le portail prévu porte une atteinte majeure au parti architectural préservé de la rue Biscarbidea et aux murs de clôture réalisés en pierre de Bidache ; à cet égard, l'avis favorable de l'architecte des bâtiments de France ne lie pas le maire qui peut toujours le contester s'il l'estime illégal, ce qu'il aurait dû faire en l'espèce au vue de l'erreur commise, expressément reconnue par une autre architecte des bâtiments de France alertée par la requérante ; en outre, le mur en cause était surmonté d'une haie et le règlement du SPR impose de maintenir de telles clôtures mixtes ;

* il méconnait également les dispositions de l'article 3.G A.3 de ce même règlement qui imposent que les murs de soutènement soient revêtus soit de pierre soit de végétaux, l'ouverture supplémentaire créée, alors qu'il existe déjà un portail, portant atteinte au mur de soutènement en pierre et aux caractéristiques patrimoniale de cette rue ;

* la création de cette nouvelle ouverture avec portail contredit les dispositions du II.1.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, ainsi que celles de l'article II.2.1 du même règlement qui concernent les prescriptions applicables aux clôtures ;

* le maire en ne s'opposant pas à cette déclaration de travaux a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le mur concerné par les travaux protège l'ensemble du bâti d'une déstabilisation des terrains ; par ailleurs, le maire n'a pas pris en compte la sécurité des piétons à cet endroit où le trottoir est étroit, où se trouve également un poteau électrique ainsi qu'un îlot équipé de bornes anti-stationnement réalisé par les services municipaux afin de faciliter le passage des véhicules de collecte des ordures ménagères ; enfin, les risques pour la solidité de l'ensemble immobilier sont également avérés et ce deuxième portail accroit l'ensemble de ces risques ;

* le dossier de déclaration est entaché de fraude : le mur de soutènement est qualifié de muret de clôture afin de contourner les règles applicables du site patrimonial remarquable (SPR) et de tromper le service instructeur et l'architecte des bâtiments de France ; le nom de la rue mentionné dans la demande est erroné, tandis qu'aucune photographie ne permet de prendre en compte la composition architecturale de l'ensemble de la rue Biscarbidea ;

* les travaux nécessitaient le dépôt d'une demande de permis de démolir en application des dispositions des articles L. 421-3, R. 421-3 et R. 431-26 du code de l'urbanisme ;

* ils nécessitaient aussi la délivrance d'une permission de voirie, conformément aux dispositions de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme en raison de la destruction partielle de l'ilot édifié sur le domaine public.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 et le 9 octobre 2024, la commune de Saint-Jean-de-Luz, représentée par Me Logeais, conclut au rejet de la demande et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune précise qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige :

- le terrain d'assiette du projet est situé dans le secteur 3 de l'Aire de mise en valeur de l'architecture (AVAP) valant site patrimoine remarquable (SPR), approuvé en 2011, modifié en 2015, et l'architecte des bâtiments de France a émis, le 30 janvier 2023, un avis favorable, un autre avis favorable ayant été émis en phase d'avant-projet, par un autre architecte des bâtiments de France, tandis que surtout les dispositions applicables n'interdisent aucunement la démolition d'une partie limitée de ce mur par ailleurs conservé dans son ensemble ; le plan d'insertion du projet permet de constater que le portail créé s'insère parfaitement dans l'environnement immédiat, lequel doit tenir compte, en tout état de cause, de l'immeuble situé en face de la maison ; par ailleurs, les dispositions du plan local d'urbanisme applicables étant identiques au contenu de l'article R. 111-27, la méconnaissance de ces dernières dispositions ne peut être utilement invoquée ;

- aucune manœuvre frauduleuse ni méconnaissance de l'article R. 111-2 ne peut être retenue : à cet égard, aucune atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique ne pourrait justifier une opposition à cette déclaration préalable, les services techniques de la ville ayant d'ailleurs émis une prescription interdisant de modifier le profil en travers du trottoir sans avoir préalablement recueillir leur avis et ayant rappelé la nécessité d'une permission de voirie en amont des travaux pour définir les conditions d'aménagement de ce nouvel accès à la voie publique ; ces prescriptions ont été reprises dans l'arrêté en litige ;

- enfin, aucun permis de démolir n'est en l'espèce nécessaire, en raison de l'absence de démolition du mur dans son ensemble ou d'une partie substantielle de ce dernier ; en tout état de cause, ce vice serait régularisable ; et les dispositions du II.2.1 du règlement du PLU de la commune ne sont pas applicables à la pose d'un portail.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 mai 2024 sous le n° 2401277 par laquelle la requérante demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024, à 14h00, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, Mme Perdu a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Mandile, représentant Mme D, présente, qui rappelle qu'une précédente déclaration préalable de travaux déposée par Mme B, pour un projet identique, a fait l'objet d'un arrêté de refus du maire de la commune du 23 novembre 2020, fondé sur un avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France et la méconnaissance du règlement du SPR ainsi que sur le risque de fragilisation des terres, et que l'avis favorable émis à l'occasion de l'instruction de la présente demande déposée par Mme C est erroné, ainsi que l'a reconnu une autre architecte des bâtiments de France ; il est également précisé que le mur ici en cause est expressément protégé par le règlement du SPR et que ce document édicte une protection stricte qui interdit de le détruire ; les atteintes que le projet porte au cadre de vie de la requérante sont également développées pour justifier de l'urgence à suspendre la décision en litige, ainsi que l'ensemble des moyens soulevés ;

- et les observations de Me Logeais, représentant la commune de Saint-Jean-de-Luz, qui conclut aux mêmes fins et maintient l'ensemble de ses écritures en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 5 avril 2023 le maire de la commune de Saint-Jean-de-Luz ne s'est pas opposé à la déclaration de travaux déposée par Mme C en vue de créer une ouverture dans le mur de clôture de la villa Hergaray afin de créer un accès depuis la rue Biscarbidea, sous réserve du respect de prescriptions relatives aux réseaux et à la voirie. Par la présente requête, Mme D demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, au vu la dimension de l'ouverture autorisée et des prescriptions assortissant l'arrêté en litige, aucun des moyens invoqués par la requérante n'est propre à créer un doute sérieux sur l'arrêté de non opposition à déclaration préalable de travaux du maire de Saint-Jean-de-Luz du 5 avril 2023.

4. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cet arrêté doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Jean-de-Luz qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

6. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Le requête présentée par Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à la commune de Saint-Jean-de-Luz la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, à la commune de Saint-Jean-de-Luz et à Mme C.

Fait à Pau, le 10 octobre 2024.

La juge des référés, La greffière,

S. PERDU M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière :

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