vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402442 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 septembre 2024 et le 17 octobre 2024, la société à responsabilité limitée SUO énergie, représentée par Me Larrouy-Castéra, avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques l'a mise en demeure de cesser l'exploitation de l'usine hydroélectrique d'Orthez en la rendant transparente pour le cours d'eau, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée par les circonstances que l'arrêté attaqué a pour conséquence l'interruption totale de toute activité de la centrale hydroélectrique, ce qui la place dans une situation financière précaire et entraîne le licenciement des trois salariés employés, ainsi que l'absence de surveillance des installations destinées à en assurer leur conservation, qu'il méconnaît ses droits fondés en titre, pour lesquels elle n'a toujours pas été désintéressée, que la production de cette centrale contribue à remplir l'objectif de production de 42,5 % d'énergies renouvelables à compter de 2030 prévu par la directive RED III du Parlement européen du 12 septembre 2023, que les services de l'État ont tardé pour engager et faire progresser la procédure de fin de concession, et que la décision attaquée n'aura pas pour conséquence de restaurer la continuité écologique à hauteur des installations de la centrale hydroélectrique ;
- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé de la mise en demeure prévue par l'article L. 142-31 du code de l'énergie ;
- il méconnaît son droit fondé en titre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition urgence n'est pas remplie dès lors que la situation économique et sociale dont se prévaut la société requérante est consécutive à la suspension de son contrat d'accès au réseau de distribution par la société Enedis, que la conservation des installations de la centrale hydroélectrique incombe à l'État, que l'impossibilité de mettre en œuvre la procédure de fin de concession n'est imputable qu'à la société requérante, qui conteste systématiquement ses différents aspects en vue de se maintenir sur les lieux, que cette dernière n'a pas réalisé les travaux nécessaires permettant d'assurer la restauration de la continuité écologique, qu'il a été constaté le piégeage de poissons dans le bras mort du cours d'eau, ainsi que le non-respect du débit réservé, et que l'État constate un manque à gagner résultant de la fin de la perception de la redevance liée à la production d'électricité par la centrale hydroélectrique compte tenu que le titre de concession est échu ;
- aucun des moyens de la requête de la société SUO énergie n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 23 septembre 2024 sous le n° 2402440 par laquelle la société SUO énergie demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2024 en présence de Mme Séguéla, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :
- Me Larrouy-Castéra, représentant la société SUO énergie ;
- M. A, gérant de la société SUO énergie ;
- Mme B, représentant le préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Considérant ce qui suit :
1. Par décret du 3 mars 1924, la société des usines d'Orthez a été autorisée à entreprendre des travaux pour l'aménagement d'une chute sur le barrage des usines d'Orthez et à exploiter celui-ci sous le régime de la concession, pendant une durée de 75 ans, expirant le 30 décembre 2000. Par arrêté du 13 mars 2017, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté la demande d'autorisation unique présentée le 5 octobre 2016 par la société SUO énergie en vue de l'exploitation de l'aménagement hydroélectrique de la centrale d'Orthez en rive droite du gave de Pau. Par jugement du 1er octobre 2019, le tribunal a annulé cet arrêté. Toutefois, par arrêt du 30 août 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé ce jugement et, par décision du 17 janvier 2024, le Conseil d'État a rejeté le pourvoi formé par la société SUO énergie contre cet arrêt. Par arrêté du 10 septembre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a mis en demeure la société SUO énergie de cesser l'exploitation de l'usine hydroélectrique d'Orthez. Cette société demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par la société SUO énergie n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions de la requête de cette société présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
5. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le juge des référés ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société SUO énergie doivent dès lors être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société SUO énergie est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société à responsabilité limitée SUO énergie et au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Fait à Pau, le 18 octobre 2024.
Le juge des référés,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
S. SEGUELA
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition :
La greffière :
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026