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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402468

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402468

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSP AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 4 juillet 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A B, ressortissant camerounais. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment l'insuffisance de motivation, l'erreur de droit concernant l'examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour (articles L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile), et l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme), n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La condition d'urgence n'a pas été examinée en raison de l'absence de doute sérieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Pather, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays a destination duquel il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en tant qu'il emporte refus de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer, à titre provisoire, dans l'attente du jugement au fond, un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de prendre une décision explicite dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de procéder au renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de

l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée dès lors que l'administration a opposé un refus à sa demande de renouvellement de titre ;

- des moyens, en outre, sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision :

* la décision est insuffisamment motivée et ne permet pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

* le requérant devait être regardé comme ayant déposé une demande de titre de séjour " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : le préfet n'a pas examiné sérieusement sa demande en faisant application des dispositions de l'article L. 435-3 du même code ;

* la décision est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet n'a pas examiné sa demande d'admission exceptionnelle au titre du travail ;

* le préfet a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* la décision est entachée d'une erreur dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale, protégé notamment par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation du requérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux sur la décision en litige :

- le caractère stable et sérieux de la vie privée du requérant est contestable dès lors qu'il soutient entretenir une relation avec Mme C, avec laquelle il dit avoir eu un enfant né le 7 août 2018, soit un mois après la date de son arrivée en France, alors qu'il a produit lors de sa demande de renouvellement de titre un acte attestant de son mariage en 2023, au Cameroun, avec une ressortissante camerounaise ;

- sa situation professionnelle ne justifie pas davantage qu'un titre de séjour lui soit délivré sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le contrat à durée indéterminée conclu en 2023 a été rompu, tandis qu'il avait, auparavant, suivi un apprentissage en serrurerie, puis un CAP de plâtrier, et avait travaillé en qualité d'intérimaire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 24 septembre 2024 sous le n° 2402466 par laquelle le requérant a sollicité l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 15 octobre 2024, ont été entendus le rapport de Mme Perdu, juge des référés, ainsi que :

- les observations de Me Pather, qui maintient l'ensemble de ses demandes et souligne, notamment, que le requérant a reconnu le fils qu'il a eu avec Mme C sans qu'une contestation de paternité ne soit intervenue, et qu'il a toujours travaillé, de sorte que la décision du préfet, qui ne contient d'ailleurs aucune précision sur l'insertion professionnelle du requérant, est illégale ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 10 juillet 2002 à Douala (Cameroun), de nationalité camerounaise, a été confié au département des Pyrénées-Atlantiques par un jugement en assistance éducative du juge pour enfants du 11 septembre 2019, et sa prise en charge à l'aide sociale à l'enfance a pris fin le 30 septembre 2021. Il a obtenu la délivrance, le 20 juillet 2020, d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a bénéficié de deux renouvellements de ce titre, le dernier expirant le 11 décembre 2023. Le 25 octobre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès de la préfecture du Val-de-Marne, département dans lequel il avait déménagé et trouvé un employeur, puis il a rejoint le département des Hautes-Pyrénées. Il a déposé, le 25 mars 2024, une demande de renouvellement d'admission exceptionnelle au séjour et, après s'être vu délivrer un récépissé de dépôt de sa demande de renouvellement, renouvelé à deux reprises, M. B a reçu notification de l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays a destination duquel il pourrait être éloigné, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision en tant qu'elle rejette sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés ne paraît propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, notamment pas l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige dès lors, d'une part, que la demande de renouvellement de titre présentée par M. B ne fait pas mention du fils qu'il a reconnu, né en France en 2018, de sorte qu'il ne peut être reproché à la préfecture de ne pas avoir tenu compte de cette situation, et que, d'autre part, le contrat à durée indéterminé conclu en septembre 2023, rompu à l'initiative de l'employeur, a été pris en compte pour conclure à une insuffisante " ancienneté professionnelle " de M. B, ou le moyen tiré de l'erreur manifeste commise dans l'application des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui correspondent à la situation du requérant, et non de l'article L. 435-3 pris en compte dans l'arrêté en litige, le préfet ayant un large pouvoir d'appréciation dans ces deux cas d'admission exceptionnelle au séjour.

5. Dans ces conditions, les conclusions aux fins de suspension présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en sera de même des demandes aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Fait à Pau, le 17 octobre 2024.

La juge des référés,

S. PERDULa greffière,

S. SEGUELA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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