jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402471 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. B agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur, M. B, représenté par Me Gourgues, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 septembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer la situation de M. B et de prendre, le cas échéant, une décision compatible avec la mesure de contrôle judiciaire ordonnée le 4 septembre 2024 par le juge des enfants près le tribunal judiciaire de Pau ainsi qu'avec des activités extra-scolaires, en l'autorisant à se déplacer au-delà de la seule commune de Pau et en modifiant la fréquence et l'heure de pointage au commissariat ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est établie dès lors que la décision en litige l'empêche d'effectuer des sorties scolaires, de pratiquer une activité extra-scolaire, de rechercher un stage, et que les mesures s'ajoutent à celles résultant de son placement sous contrôle judiciaire ;
- la décision est irrégulière faute de comporter les mentions permettant de connaître sa date de notification et la signature de l'agent qui a procédé à cette notification ;
- la décision notifiée ne comporte pas le nom et la signature de son auteur et l'administration devra produire une copie de l'original de cette décision, et démontrer que l'auteur de la mesure disposait d'une délégation régulière ;
- elle préjudicie de manière grave et illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit à mener une vie privée normale ;
- l'exécution de cet arrêté ministériel emporte des obligations disproportionnées en raison, notamment, de la mesure de contrôle judiciaire ordonnée par le juge des enfants le 4 septembre 2024 qui lui impose des obligations déjà très strictes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B., en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En outre, en vertu de l'article L.522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ;/ 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour () ; / 3° Déclarer son lieu d'habitation et tout changement de lieu d'habitation. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. Au-delà d'une durée cumulée de six mois, chaque renouvellement est subordonné à l'existence d'éléments nouveaux ou complémentaires. La durée totale cumulée des obligations prévues aux 1° à 3° du présent article ne peut excéder douze mois. Les mesures sont levées dès que les conditions prévues à l'article L. 228-1 ne sont plus satisfaites. / (). / La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, ou à compter de la notification de chaque renouvellement lorsqu'il n'a pas été fait préalablement usage de la faculté prévue au huitième alinéa, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. Ces recours () s'exercent sans préjudice des procédures prévues au huitième alinéa du présent article ainsi qu'aux articles L. 521-1 et L. 521 2 du même code ".
3. Par un arrêté du 2 septembre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. B, né le 9 août 2007 à Baksan (Russie), une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance (MICAS) en se fondant notamment sur ce que l'intéressé a eu, dès le mois de mars 2024, une activité numérique révélant ses convictions religieuses radicales et pro-djihadistes, a été identifié comme administrateur de plusieurs comptes sur les réseaux sociaux partageant de nombreux contenus de propagande de groupes terroristes, en langues française, anglaise et russe, a publié en mai 2014 une vidéo de même contenu et a fait l'objet d'un signalement aux autorités judiciaires le 17 mai 2024 pour des faits d'apologie publique d'actes de terrorisme, et le ministre considère qu'il existe ainsi des raisons sérieuses de penser que le comportement de ce mineur constitue toujours une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre public, dans un contexte, précisément détaillé, où la menace terroriste sur le territoire national se maintient à un niveau élevé, et que les conditions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure sont ainsi réunies.
4. Aux termes de cette mesure, M. B ne peut se déplacer en dehors du territoire de la commune de Pau, où il vit chez ses parents, doit se présenter une fois par jour, à 18 heures, au commissariat de police de Pau, cette obligation s'appliquant tous les jours de la semaine, y compris les dimanches, les jours fériés ou chômés, et il ne peut se déplacer en dehors de ce périmètre géographique sans avoir obtenu préalablement une autorisation écrite (sauf-conduit), toutes ces obligations étant applicables à compter du 14 septembre 2024 et pour une durée de trois mois.
5. M. B, agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur, demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 septembre 2024, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Eu égard à son objet et à ses effets, notamment aux restrictions apportées à la liberté d'aller et venir, une décision prise par l'autorité administrative en application des articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, porte, en principe et par elle-même, sauf à ce que l'administration fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de cette personne, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, puisse prononcer dans de très brefs délais, si les autres conditions posées par cet article sont remplies, une mesure provisoire et conservatoire de sauvegarde.
7. Le requérant précise que la décision en litige porte renouvellement d'une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance, et se borne à faire état de ce que cette mesure l'empêche d'effectuer des sorties scolaires et de pratiquer une activité sportive qui lui permettrait de tisser des relations sociales, et limite également ses possibilités d'effectuer un stage alors qu'il suit une formation en vue d'obtenir un baccalauréat professionnel " métiers et relations clients " au sein du lycée professionnel Honoré Baradat. Il soutient surtout que la mesure en litige porte une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir et au droit à mener une vie privée normale de son fils, dès lors que le juge des enfants près le tribunal judiciaire de Pau l'a placé sous contrôle judiciaire par une décision du 4 septembre 2024, ce qui lui imposerait des obligations déjà très strictes, lesquelles ne seraient en outre pas compatibles avec la mesure individuelle de contrôle et de surveillance dont il fait l'objet.
8. Cependant, au vu des faits retenus par le ministre de l'intérieur pour considérer que les conditions posées à l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure sont réunies, les circonstances de fait et les moyens invoqués par le requérant, ne permettent manifestement pas de caractériser une atteinte suffisamment grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir et à la vie privée de M. B, justifiant qu'une mesure provisoire et conservatoire de sauvegarde soit prononcée dans de très brefs délais.
9. Il y a donc lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter l'ensemble des conclusions de M. B, en ce comprises les conclusions aux fins de suspension et aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, l'État n'ayant pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. B, agissant en qualité de représentant légal de son fils M. B, est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Pau
Fait à Pau, le 26 septembre 2024.
Le juge des référés,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026