lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402472 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCES ETRANGERS |
| Avocat requérant | IRIART |
Vu la procédure suivante :
Procédure devant le tribunal de Montreuil :
Par une ordonnance du 19 septembre 2024, la présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Pau, la requête M. A, enregistrée le 14 septembre 2024, sous le n°2403160.
Procédure devant le tribunal administratif de Pau :
Par cette requête, le mémoire en production de pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 septembre, 17 septembre 2024 et le 10 octobre 2024, M. B F A, représenté par Me Iriart, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures:
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 24 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ et fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques a interdit le retour sur le territoire français sur une période d'un an ;
4°) en tout état de cause d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui communiquer l'arrêté du 24 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative combiné à l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le tribunal administratif de Montreuil est compétent pour connaître le litige ;
- le recours est recevable : la décision contestée a été envoyée à l'adresse de résidence de M. A à laquelle il résidait pendant le traitement de la demande d'asile or deux mois suivant la décision de la cour nationale des demandeurs d'asile, M. A n'habitait plus à cette adresse ; l'arrêté n'a pas été distribué de sorte qu'il n'a jamais eu connaissance de cette décision ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile combiné à l'article L. 611-1 du même code en ce que la décision de quitter de quitter le territoire français est intervenue antérieurement à la décision de la CNDA ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde et des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet de police a commis une erreur dans l'appréciation de la situation de M. A dès lors qu'il justifie de circonstances postérieures à la date de la décision attaquée de sorte qu'il établit bénéficier d'une situation professionnelle ; ainsi l'admission au séjour doit lui être délivrée conformément aux critères établis par la circulaire Valls du 28 novembre 2012.
Sur la décision lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an :
- le recours est recevable ;
- le signataire de l'acte est incompétent ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde et des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet des Pyrénées-Atlantiques a commis une erreur dans l'appréciation de la situation de M. A.
Par un mémoire enregistré le 2 octobre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Crassus en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 à 15 heures, le rapport de Mme Crassus, magistrate déléguée et les observations de Me Iriart qui insiste sur la non-opposabilité des délais de contestation de l'arrêt portant obligation de quitter le territoire français et persiste dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F A, né le 23 décembre 1997 à Maulvi Bazar (Bangladesh), ressortissant bangladais, soutient être entré en France en octobre 2021. Le 28 octobre 2022, l'office français des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile formulée le 10 décembre 2021. La cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet par une décision du 24 mars 2023. Par l'arrêté du 24 mai 2024, le préfet de police de Paris a fait obligation à M. A de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi. Par arrêté du 7 septembre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur la compétence du tribunal administratif de Pau :
2. Aux termes de l'article R. 312-8 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions ".
3. Il ressort des pièces du dossier que si M. A conteste la compétence territoriale du tribunal administratif dès lors que l'une des décisions contestées a été prise par le préfet de police de Paris, il a été entendu par les forces de l'ordre dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Au surplus il n'a produit, aucun document permettant d'attester de cette domiciliation. Dès lors, alors que le tribunal administratif de Montreuil a transféré le dossier au tribunal administratif de Pau, le tribunal administratif de Pau est territorialement compétent pour connaître des conclusions dirigées contre les décisions du 24 mai 2023 et du 7 septembre 2024.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 24 mai 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a fait obligation à M. A de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire :
4. Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément.() ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
5. Il ressort des pièces versées par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui produit l'avis de passage du facteur concernant le pli recommandé contenant l'arrêté attaqué, que ce pli a été présenté à la dernière adresse connue à M. A. Dans ces conditions, cet arrêté doit être réputé avoir été notifié, alors même qu'il n'a pas été distribué car non réclamé, dès sa date de présentation au domicile du requérant, soit le 30 mai 2023, au demeurant, date postérieure à la date de la décision de la CNDA. Il ressort également des pièces du dossier que l'arrêté attaqué mentionnait les voies et délais de recours. Dès lors, M. A disposait, à compter de cette date, d'un délai de trente jours pour déférer l'ensemble ou une partie des décisions contenues dans cet arrêté au tribunal en application des dispositions citées au point précédent. Or, la requête présentée par l'intéressé n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil que le 14 septembre 2024, soit après l'expiration du délai de recours contentieux. Si le requérant invoque ne plus résider à la date de présentation du pli, il ne l'établit pas.
6. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées à l'encontre de la décision du 24 mai 2023 doivent être rejetées comme irrecevables, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées à l'encontre de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 7 septembre 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an :
7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 26 août 2024 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, le préfet de ce département a donné délégation à M. E C, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les interdictions de retour sur le territoire français pris en période de permanence les fins de semaines, or la date de l'arrêté attaqué est le samedi 7 septembre. Par suite, le moyen tiré de ce que ces dernières ont été prises par une autorité incompétente manque en fait.
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
9. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences d'une mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), désormais repris aux articles L. 612-6 et suivants du même code, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
10. La décision attaquée se fonde sur ce que l'examen d'ensemble de la situation de M. A a été effectué au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce motif atteste donc que le préfet a pris en compte, dans l'examen de la situation de l'intéressé, l'ensemble des critères prévus par cet alinéa. Cette décision se fonde également sur ce que M. A est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France, sur ce qu'il ne se prévaut pas de liens personnels en France caractérisés par leur intensité et leur ancienneté et sur ce qu'il ne justifie pas être totalement dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa famille. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées de L.613-2 du même code.
11. En troisième lieu, si M. A soutient qu'il ne s'est pas soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public, il reconnaît être entré sur le territoire national en 2021 et il ne conteste pas utilement ne pas avoir de liens personnels en France caractérisés par leur intensité et leur ancienneté. La circonstance qu'il verse aux débats une attestation employeur par laquelle il est précisé qu'il est embauché depuis le 1er mars 2024 alors qu'il se maintenait irrégulièrement sur le territoire ne suffit pas à considérer que le préfet a méconnu les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-7 et L.612-10 du code précité.
12. En quatrième lieu et dernier lieu moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 10 et 11. Par suite le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas commis une erreur dans l'appréciation de la situation de M. A.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulations formées à l'encontre de la décision du 7 septembre 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a interdit à M. A le retour sur le territoire français durant une période d'un an sont rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fin d'injonctions et les conclusions au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions aux fins d'annulation présentées à l'encontre de la décision du 24 mai 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a fait à M. A obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire sont rejetées comme étant irrecevables.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F A, à Me Iart et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
La magistrate désignée,
L. CRASSUSLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026