mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402531 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SP AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, et une pièce produite le 1er octobre 2024, M. B D, représenté par Me Pather, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire, a désigné le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, à titre provisoire, dans l'attente du jugement au fond ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre dans un délai de deux mois et, dans l'intervalle, de le munir d'un récépissé ou d'une autorisation provisoire l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 31 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite dès lors que le refus opposé à sa demande de titre met un terme à sa formation suivie avec succès à l'AFPA ; il est placé dans une situation d'extrême précarité, et est dépourvu de toute aide familiale puisqu'il se trouve isolé sur le territoire français ;
- des moyens sont, en outre, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision de refus de titre :
* ce refus n'est pas motivé, au regard des exigences découlant des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
* il n'est pas démontré que le préfet a procédé à un examen sérieux de sa situation ;
* le refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* le refus de titre est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et méconnait le droit à mener une vie privée et familiale normale, garanti notamment par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* les conséquences de cette décision sur sa vie privée sont manifestement disproportionnées.
Par un mémoire, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de séjour en litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 31 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 15 octobre 2024 à 11h00, au cours de laquelle ont été entendus le rapport de Mme Perdu, ainsi que :
- les observations de Me Pather, pour le requérant, présent, accompagné de Mme A et M. C, éducateurs, intervenus pour attester du sérieux et de l'implication du requérant dans sa formation diplômante suivie à l'AFPA, qui maintient l'ensemble de ses demandes et souligne le caractère rapide du refus opposé à la demande de titre déposée en avril 2024 par un jeune majeur qui n'a jamais posé de difficulté et qui est très investi dans sa formation ; les moyens soulevés sont de nouveau développés ;
- le préfet des Hautes-Pyrénées n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né en 2006 à Douala (Cameroun), de nationalité camerounaise, est entré en France en juillet 2022, âgé de 16 ans, et la chambre des mineurs de la cour d'appel de Toulouse a ordonné son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance des Hautes-Pyrénées à compter du mois de décembre 2022. Il a été scolarisé et suit une formation à l'AFPA de Pau depuis le mois de mai 2024. Il a déposé le 5 avril 2024 une première demande de titre de séjour et, par un arrêté du 9 juillet 2024, le préfet a opposé un refus à cette demande de titre. Par la présente requête, M. D demande la suspension de l'exécution de ce refus de titre.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
4. Il résulte de l'instruction que M. D est entré sur le territoire alors qu'il était mineur, a été confié à l'aide sociale à l'enfance et, il est précisé à l'audience, qu'il bénéficie toujours d'un contrat de jeune majeur pour l'accompagner dans son insertion. Il a été scolarisé en " prépa-apprentissage " au CFA de Tarbes, puis a conclu un contrat d'apprentissage pour obtenir un diplôme de plaquiste, et a continué à suivre une scolarité au CFA lorsque ce contrat ne s'est pas poursuivi, pour des raisons étrangères au comportement du requérant, puis a intégré l'AFPA de Tarbes où, à compter du mois de mars 2024, des stages " en immersion ", en entreprises, se sont très bien déroulés, de sorte qu'il a pu intégrer en mai 2024 la formation permettant de se voir délivrer un titre professionnel, toujours dans la même spécialité. Le récépissé qui lui a été remis lors du dépôt de sa demande de titre le 5 avril 2024, l'autorisait à travailler, mais avait une durée de validité qui expirait en octobre 2024, de sorte que l'AFPA a été contrainte de mettre fin à sa prise en charge, alors qu'il est précisé à l'audience par les éducateurs qui suivent ce jeune adulte, qu'il était à deux mois seulement de la fin de sa formation et de l'obtention du titre professionnel, préparé avec sérieux et application.
5. Ainsi, le refus de titre opposé dès le 9 juillet 2024 à M. D place ce dernier en situation irrégulière et est susceptible de mettre un terme à la formation qu'il s'apprêtait à terminer et qu'il devait valider, et porte ainsi une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme réunie en l'espèce.
6. En second lieu, au terme de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
7. En l'état de l'instruction, au vu notamment des attestations élogieuses d'éducateurs suivant le parcours et l'évolution de M. D, ainsi que des précisions apportées à l'audience, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît propre à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de titre que lui a opposé le préfet des Hautes-Pyrénées le 9 juillet 2024.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de cette décision du préfet des Hautes-Pyrénées doit être suspendue.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Il ne résulte nullement de l'instruction que la demande de titre de séjour déposée par M. D est incomplète. Ainsi, l'exécution de la présente ordonnance implique, dès lors que le requérant est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que le préfet des Hautes-Pyrénées délivre à titre provisoire à M. D le titre de séjour prévu à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et lui délivre un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour, l'autorisant à travailler, dans l'attente de la remise de ce titre.
Sur les frais du procès :
10. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet des Hautes-Pyrénées du 9 juillet 2024 rejetant la demande de titre de séjour présentée par M. D est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer à titre provisoire à M. D le titre de séjour prévu à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'État versera à M. D, la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et au ministre de l'intérieur.
Copie pour information sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.
Fait à Pau, le 16 octobre 2024.
La juge des référés
S. PERDULa greffière
S. SEGUELA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026