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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402576

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402576

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau, statuant en référé, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées avait fait obligation de quitter le territoire français à M. B, ressortissant afghan. La juridiction a jugé que la condition d'urgence était remplie, compte tenu de la cessation imminente des conditions matérielles d'accueil et des conséquences graves sur la situation personnelle du requérant. Elle a également retenu l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté, dès lors que M. B avait sollicité l'aide juridictionnelle pour former un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, ce qui lui conférait, en application des articles L. 542-1 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de se maintenir sur le territoire jusqu'à la décision de cette cour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2024 et un mémoire enregistré le 9 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Ducoin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire avec délai de départ de 30 jours assorti une interdiction de retour d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande d'admission au séjour dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamnation l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie compte tenu de la décision implicite de cessation des conditions matérielles d'accueil et qu'il va être contraint de quitter son hébergement alors qu'il est sans ressources ; le suivi social dont il a besoin dans le cadre de son recours devant la commission de recours va très certainement prendre fin également ; les conséquences qu'emporte l'arrêté attaqué, portent ainsi une atteinte grave et immédiate à ses intérêts privés, vitaux et personnels ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il s'est vu notifier une obligation de quitter le territoire, alors que sa demande d'aide juridictionnelle était en cours d'instruction au BAJ de la CNDA : en vertu de l'article L. 542-1 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il devait bénéficier du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile dès lors que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 21 juin 2024, qu'elle lui a été notifiée le 19 juillet 2024 et que le 22 juillet 2024, il a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, qui a été reçue le jour même par le bureau d'aide juridictionnelle de la Cour.

Par un mémoire enregistré le 9 octobre 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées indique qu'il n'entend pas produire de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée le 3 octobre 2024 sous le n° 2402575.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Madelaigue pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, le 10 octobre 2024 à 9h30.

Ont été entendus aux cours de l'audience publique, en présence de Mme Caloone, greffière :

- le rapport de Mme Madelaigue, juge des référés ;

- les observations de Me Dumaz-Zamora, substituant Me Ducoin, représentant M. B, qui conclut à ce que soit enjoint au préfet de ne pas retirer son attestation de demandeur d'asile, en insistant sur l'urgence de la situation du requérant dès lors que l'OFII a mis implicitement fin aux au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. B.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience du 10 octobre 2024, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan, né le 15 juin 2000, présente, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, des conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire avec délai de départ de 30 jours et interdiction de retour pour une durée d'un an.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

5. Il résulte des dispositions de la section 3 du chapitre I du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, qui comprennent des prestations d'hébergement et l'allocation dénommée " allocation pour demandeur d'asile ", peuvent être refusées dans les cas et conditions prévus à l'article L. 551-15 et qu'il peut y être mis fin dans ceux prévus à l'article L. 551-16. Il en résulte également que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile prend automatiquement fin dans les cas prévus aux articles L. 551-11 à L. 551-14. L'article L. 551-11 et le premier alinéa de l'article L. 551-13 énoncent ainsi notamment, dans les mêmes termes, que l'hébergement des demandeurs d'asile et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile cessent " au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ".

6. À cet égard, d'une part, il résulte des dispositions des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le droit au maintien sur le territoire français prend normalement fin à la date de notification de la décision de l'OFPRA en cas d'absence de recours formé contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) dans le délai prévu à l'article L. 532-1 du même code. Ce délai est fixé à un mois à compter de la notification de la décision de l'OFPRA. L'article R. 532-10 du même code précise qu'il n'est opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, avec les voies de recours, dans cette notification.

7. D'autre part, aux termes de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 : " Devant la Cour nationale du droit d'asile, le bénéfice de l'aide juridictionnelle est de plein droit, sauf si le recours est manifestement irrecevable. L'aide juridictionnelle est sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Lorsqu'une demande d'aide juridictionnelle est adressée au bureau d'aide juridictionnelle de la cour, le délai prévu au premier alinéa de l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est suspendu et un nouveau délai court, pour la durée restante, à compter de la notification de la décision relative à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ces délais sont notifiés avec la décision de l'office [] ". Il résulte de ces dispositions que le délai de recours aujourd'hui prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être suspendu par la présentation d'une demande d'aide juridictionnelle après son expiration.

8. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'arrêté du 24 septembre 2024, le requérant fait valoir que le refus du préfet va le priver du droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de tout hébergement. Toutefois, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que l'office français de l'immigration et de l'intégration aurait pris à son encontre une décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche Telemofpra produite en défense que la demande d'asile de M. B a été rejetée par une décision du 21 juin 2024 notifiée le 19 juillet 2024, et qu'il a déposé un recours devant la CNDA le 3 octobre 2024. Si le requérant fait valoir qu'il a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, introduite via Cndm@t par son conseil, le 22 juillet 2024, il n'en justifie pas et il ressort du courrier du bureau d'aide juridictionnel de la CNDA du 18 septembre 2024 que ce bureau n'a accusé réception d'une demande d'aide juridictionnelle formulée par le Cada FTDA de Lourdes que le 6 septembre 2024 et qui a été enregistrée à cette date sous le n° 2436421. Dans ces conditions, la demande d'aide juridictionnelle qu'il a présenté n'a pu avoir pour effet de suspendre le délai de recours d'un mois ouvert contre la décision en cause de l'OFPRA. Il s'ensuit que son droit de se maintenir sur le territoire français a pris fin à la date de notification de la décision de rejet de sa demande d'asile. Ainsi, la condition tenant à l'urgence ne peut dans ces conditions, être regardée comme satisfaite.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent pas être accueillies.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet des Hautes-Pyrénées.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La juge des référés La greffière,

F. Madelaigue M. Caloone

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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