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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402634

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402634

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 10, 14 et 18 octobre 2024, M. C B A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure et l'a interdit de retour en France durant un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet du Gers l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Gers de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant " et ce, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 31 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de l'acte était incompétent pour le prendre ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a méconnu les conventions franco-sénégalaises dès lors que la décision attaquée ne les vise pas alors qu'elles priment sur les loi internes ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Gers n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et qu'il n'a pas été porté à sa connaissance que son dossier avait été clôturé ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a effectué une demande de titre de séjour auprès de la préfecture du Rhône qui est en cours d'instruction et qu'il a eu un rendez-vous le 21 octobre 2024 auprès de la préfecture du Gers pour déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet a méconnu la particularité de sa situation et les conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation familiale et professionnelle ;

- elle porte atteinte à son droit à la vie privée et familiale dès lors qu'il a travaillé dans plusieurs domaines, qu'il a tissé des liens amicaux et professionnels très forts en France, qu'il est hébergé par sa tante maternelle de nationalité française qui subvient à ses besoins, que le centre de ses intérêts matériels, économiques et sociaux est en France, qu'il remplit l'ensemble des conditions fixée par la loi pour se voir délivrer une carte de séjour " étudiant " et qu'il entretient d'excellente relations avec le corps enseignant et les étudiants de l'université ;

Sur la décision portant refus de départ volontaire :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a introduit une demande de titre de séjour mention " étudiant " qui n'est pas manifestement infondée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 612-1 et 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Gers ne justifie pas d'éléments qui l'ont amené à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie mener une vie privée et familiale en France depuis plusieurs années et qu'il est un étudiant dévoué ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle constitue une atteinte à la liberté d'aller et venir alors que sa présence ne constitue pas une atteinte à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions du 8 octobre 2024 :

- l'auteur des décisions était compétent pour les prendre ;

- les décisions attaquées énoncent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui les fondent et sont donc suffisamment motivées ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle ne méconnaît pas les conventions franco-sénégalaises et les dispositions des articles L. 422-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son visa D mention " étudiant " a expiré le 5 septembre 2023 et qu'à l'occasion de son interpellation par la gendarmerie d'Auch il n'a pas été en mesure de présenter des documents en cours de validité établissant sa présence régulière sur le sol français ;

- le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il ne justifie pas d'une vie familiale au caractère stable, ancien et intense en France, qu'il était présent sur le territoire depuis deux ans après avoir vécu vingt ans dans son pays d'origine, qu'il était autorisé à séjourner en France dans l'unique but de poursuivre ses études alors qu'il ne présente aucun relevé de notes pour le second semestre de l'année 2022-2023 ni aucune inscription dans un établissement universitaire pour l'année 2023-2024 à la date de la décision attaquée, qu'il est hébergé sans ressources propres, sans emploi, qu'il est célibataire et sans enfant alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'intéressé est entré régulièrement sur le territoire français, qu'il a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant, infondée et qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière qui pourrait justifier de lui accorder un délai de départ volontaire ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas privée de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est légale ;

- elle ne méconnaît pas les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lorsqu'elle ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familial et que le requérant ne justifie pas de circonstance humanitaire particulière ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- le requérant ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 2 du protocole additionnel n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside en France de manière irrégulière et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- au regard des objectifs poursuivis, l'obligation de pointage ne fait pas peser sur le requérant une atteinte disproportionnée à ses droits et libertés dès lors qu'il n'est pas autorisé à travailler ou à poursuivre ses études et qu'il n'établit pas que la mesure serait incompatible avec une situation de vulnérabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Selles en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Selles, magistrate désignée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 23 juin 2002 à Dakar (Sénégal), de nationalité sénégalaise, est entré régulièrement en France le 21 septembre 2022 sous couvert d'un passeport biométrique valable jusqu'au 31 août 2025 revêtu d'un visa D portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 5 septembre 2023. Le 1er septembre 2023, le requérant a déposé une demande de titre de séjour. Le 8 octobre 2024, il a été interpellé par la gendarmerie d'Auch à l'occasion d'un contrôle routier et n'a pas été en mesure de présenter les documents attestant de la régularité de sa présence en France et par deux arrêtés du même jour, le préfet du Gers l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français durant un an et l'a assigné à résidence.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 611-1, 2°, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an.

En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré régulièrement sur le territoire français le 21 septembre 2022 sous couvert d'un passeport biométrique valable jusqu'au 31 août 2025 revêtu d'un visa D portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 5 septembre 2023. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A a effectué une demande de titre de séjour le 1er septembre 2024, qu'en l'attente de l'instruction de son dossier une attestation d'instruction lui a été délivrée et que cette attestation a été renouvelée pour la période allant du 19 juin 2024 au 18 septembre 2024 alors que le 8 septembre 2024, son dossier a été clôturé par la préfecture du Rhône, faute pour le demandeur d'avoir fourni les documents complémentaires exigés. Cependant, le 8 octobre 2024, le préfet du Gers a adressé au requérant un courrier portant convocation de ce dernier à un rendez-vous le 21 octobre 2024 concernant sa demande de titre séjour et le même jour et à l'occasion de son interpellation, le requérant a pu communiquer à la préfecture du Gers les documents manquants à l'instruction de sa demande de titre de séjour " mention étudiant ". Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé était en situation irrégulière le 8 octobre 2024, date à laquelle le préfet du Gers a pris l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français à son encontre ni même que cette autorité a procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête soulevés à l'encontre de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français, cette dernière doit être annulée.

7. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, interdisant le retour sur le territoire français durant un an et portant assignation à résidence.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les arrêtés du préfet du Gers du 8 octobre 2024 doivent être annulés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

9. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle et résultant de l'instruction, le présent arrêt implique nécessairement que le préfet du Gers délivre un titre de séjour mention " étudiant " au requérant. Par suite, il y a lieu d'ordonner au préfet du Gers de délivrer un titre de séjour mention " étudiant " à M. A dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent arrêt. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gueye, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de État le versement à Me Gueye de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les deux arrêtés du 8 octobre 2024 pris par le préfet du Gers sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gers de délivrer un titre de séjour mention étudiant dans un délai de quinze jours à compter de la mise à disposition au greffe de la présente décision sous réserve de modification dans les conditions de droit ou de fait.

Article 4 : L'Etat versera à Me Gueye, avocat de M. A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, la somme de 1 500 euros

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. C B et au préfet du Gers.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La magistrate désignée,

M. SELLESLa greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2402634

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