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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402685

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402685

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS
Avocat requérantDUMAZ ZAMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 17, 25 et 31 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Dumaz-Zamora, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été édictée en méconnaissance du principe du contradictoire et de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en sa qualité de parent d'enfant français, il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Neumaier en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 31 octobre 2024 à 10h30, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Neumaier, magistrate désignée ;

- les observations de Me Dumaz-zamora, qui reprend l'ensemble des moyens soulevés dans sa requête, rappelle, notamment, que M. C est entré en France il y a plus de six ans, alors qu'il avait entrepris des démarches aux fins de régulariser sa situation, qu'il est le père d'un enfant français, que séparé depuis de la mère sa fille, il est aujourd'hui en concubinage avec une ressortissante française enceinte de son enfant à naître à la date de la décision attaquée, et insiste notamment sur le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. C ainsi que sur les moyens tirés de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant et de ce qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein-droit en sa qualité de parent d'enfant français dès lors qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ;

- les observations de M. C, qui indique notamment avoir été présent dès la naissance de sa fille et avoir contribué à son entretien et son éducation malgré sa séparation avec sa compagne, qu'il souhaite être présent pour son enfant à naître, et que les seuls liens personnels et familiaux dont il dispose se trouvent en France ;

- ainsi que celles de Mme D, compagne de M. C.

L'instruction a été close après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français en 2018 à l'âge de 16 ans, avant d'avoir été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Il justifie être le père de la jeune B, enfant de nationalité française née le 1er juillet 2023 de sa précédente union avec une ressortissante française, dont il participe à l'entretien et à l'éducation depuis sa naissance, ainsi que l'établissent les photographies versées au dossier, les attestations rédigées par la mère de l'enfant, ainsi que les justificatifs de virement bancaires effectués au profit de cette dernière par le requérant. M. C établit également être en situation de concubinage avec une ressortissante française, qui était enceinte de trois mois à la date de la décision attaquée, ainsi qu'il résulte du certificat médical établi à l'issue du premier examen médical prénatal versé au dossier. Ainsi, en dépit de la circonstance que des membres de sa famille résideraient en Guinée, M. C doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardé, compte tenu notamment des conditions de son arrivée et de son séjour sur le territoire français, comme y ayant fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux. Pour considérer que la présence en France de M. C constitue une menace pour l'ordre public, le préfet des Pyrénées-Atlantiques indique qu'il est connu du fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de viol, vol à l'étalage, conduite d'un véhicule sans permis, recel de biens provenant d'un vol et port d'arme sans motif légitime. Néanmoins, les extraits de ce dernier fichier sur lesquels s'est fondé le préfet, s'ils permettent de constater que le requérant a été entendu par des services d'enquête pour de tels faits, ne permettent pas, en revanche, d'établir la réalité des faits reprochés, en l'absence à ce stade de condamnations pénales ou de la production d'autres éléments de nature à établir leur matérialité, laquelle est au demeurant contestée par M. C. Dans ces conditions, le comportement de M. C, qui n'a fait l'objet que d'une seule condamnation le 30 septembre 2024, soit postérieurement à l'édiction de la décision attaquée, ne saurait être regardé, à la date d'édiction de celle-ci, comme constituant une menace pour l'ordre public. Dès lors, compte tenu de la situation personnelle et familiale de M. C, celui-ci est fondé, dans les circonstances particulières de l'espèce, à soutenir que l'arrêté litigieux portant obligation de quitter le territoire français a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de renvoi et interdisant à M. C de retourner sur le territoire français pendant une durée de cinq ans, et ce, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".

8. Eu égard aux motifs du présent jugement, son exécution implique qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du présent arrêt.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. L'exécution de la présente décision implique nécessairement que soit enjoint, compte tenu de l'annulation de l'interdiction de circulation prononcée, à l'autorité préfectorale de faire procéder, dans le même délai qu'indiqué au point précédent, à l'effacement du signalement de M. C aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais de l'instance :

11. M. C a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que M. C soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et Me Dumaz Zamora renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Dumaz Zamora.

D E C I D E:

Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est accordé, à titre provisoire, à M. C.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Pyrénées-Atlantiques en date du 26 septembre 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Atlantiques ou tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. C et de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Dumaz-Zamora, conseil de M. C, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dumaz-Zamora renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Atlantiques et à Me Dumaz Zamora.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée,

L. NEUMAIERLa greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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