mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCES ETRANGERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. E B, représenté par Me Sanchez-Rodriguez, demande au tribunal de :
1°) l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour en France durant deux ans ;
3°) enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et ce à compter de la notification du jugement à venir ;
4°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 31 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la recevabilité de la requête :
- la requête est recevable dès lors que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 613-4 du CESEDA et que le délai prévu par l'article L. 614-6 du CESEDA ne lui est donc pas opposable ;
Sur la décision portant l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que le préfet de la Corrèze ne pouvait pas la prendre sans avoir statué, au préalable, sur sa demande de carte de séjour ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux dès lors que le requérant a effectivement réalisé une démarche en vue d'être régularisé ;
Sur les décisions portant refus de délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :
- elles sont privées de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête. Il soutient que la requête est irrecevable dès lors que la décision litigieuse est devenue définitive.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Selles en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Selles, magistrate désignée ;
- les observation de Me Sanchez-Rodriguez, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que M. B a exécuté l'obligation de quitter le territoire français et que c'est au titre de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'il est actuellement placé en rétention administrative. Il ajoute que le requérant est parent d'un enfant français qu'il a reconnu et qu'il attend un nouvel enfant avec sa nouvelle compagne avec qui il réside. Il relève que l'intéressé est entré en France en 2022 selon ses déclarations. Par ailleurs, Il soulève le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé.
L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée pour le requérant a été enregistrée le 29 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 12 décembre 2022 à Hammam Bouhadjar en Algérie, ressortissant algérien, est entré irrégulièrement en France en 2022, selon ses déclarations. Par une décision du 23 janvier 2024, le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français durant deux ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 25 octobre 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il s'ensuit que sa demande d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur la recevabilité de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;( ) ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; ".
4. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. La circonstance que la décision attaquée ait été entièrement exécutée à la date à laquelle il est statué sur la présente requête n'est pas de nature à priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de cette décision administrative, qui n'a été ni définitivement retirée, ni définitivement abrogée. C'est pourquoi, s'il ressort des pièces du dossier que M. B est retourné en Algérie le 19 février 2024 en exécution de l'arrêté en litige, celui-ci n'ayant été ni rapporté ni abrogé, la requête n'est pas devenue sans objet.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. / Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix ". Aux termes de l'article L. 613-4 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II ". L'article L. 141-3 du même code dispose : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire ". Aux termes des dispositions de l'article L. 614-6 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. (). ".
6. Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " () II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Aux termes de l'article R. 776-5 de ce code : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnées aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. ".
7. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Enfin, aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet de la Corrèze du 23 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français pendant deux ans a été notifié à M. B par voie administrative le même jour. La notification de cet arrêté était accompagnée des mentions des voies et délais de recours qui étaient parfaitement claires, et notamment, comportaient l'indication mentionnée en caractère gras du délai de quarante-huit heures dont disposait l'intéressé pour former son recours devant le tribunal administratif. Cependant le requérant soutient qu'il ne sait pas lire le français et que contrairement à l'arrêté de placement en rétention, à la notification de ses droits inhérents, à la notification de ses droits au titre de l'asile et à la notification de ses droits au centre de rétention administrative le 18 septembre 2024, qu'il produit au tribunal, il ne ressort pas des mentions concernant la notification de l'arrêté contesté que l'agent notificateur lui ait donné lecture de la décision alors qu'il ne lit pas le français. Par suite, la fin de non-recevoir tiré de la tardiveté du recours opposée à ce titre par le préfet de la Corrèze ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. M. B soutient que la décision litigieuse est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux dès lors qu'il est le père d'un enfant français qu'il a reconnu de façon anticipée le 27 novembre 2023 et qu'il attend un enfant avec sa nouvelle compagne avec qui il vit en concubinage. Il allègue également être en France depuis 2022. Le préfet de la Corrèze ne soulevant que la fin de non-recevoir tiré de la tardiveté du recours ne répond à aucun autre des moyens soulevés et ne produit pas le procès-verbal d'audition du 17 septembre 2024 ce qui ne permet pas de s'assurer de la concordance des versions relatives à la vie privée et familiale du requérant. Enfin, M. B soutient, sans être contredit, avoir déposé au mois de décembre 2023 une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de la Corrèze, recommandé accusé de réception fourni, alors que l'arrêté préfectoral attaqué mentionne qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans avoir sollicité de titre de séjour. Dans ces conditions, et alors que le préfet de la Corrèze n'a apporté aucune précision ni versé aux débats aucune pièce utile permettant de s'assurer qu'il aurait effectivement procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B s'agissant de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé à ce titre doit être accueilli.
10. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête soulevés à l'encontre de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français, cette dernière doit être annulée.
Sur les décisions portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :
11. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français durant deux ans.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet de la Corrèze du 23 janvier 2024 doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Eu égard aux motifs qui fondent l'annulation, le présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros sous réserve que Me Sanchez Rodriguez renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle de M. B.
Article 2 : L'arrêt du 23 janvier 2024 pris par le préfet de la Corrèze est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Sanchez-Rodriguez, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 (mille deux cent euros) en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. E B, au préfet de la Corrèze et à Me Sanchez Rodriguez.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu publique par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La magistrate désignée,
M. SELLESLa greffière,
M. CALOONE
La République mande et ordonne au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2402739
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026