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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402744

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402744

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS
Avocat requérantGOURGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 22 et 23 octobre 2024, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de fixer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français durant trois ans.

Il soutient que :

- les délais de recours lui sont inopposables au regard de l'absence d'accès effectif à ses droits durant sa rétention ;

- la requête est recevable dès lors que la notification de la mesure lui a été faite en l'absence d'interprète alors qu'il ne comprend pas suffisamment bien le français ;

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024 le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision contestée est suffisamment motivée en droit comme en fait ;

- le requérant n'établit pas le caractère ancien, intense et stable de ses relations en France ;

- rien ne fait obstacle à ce que les membres de sa famille, présents en France, puissent lui rendre visite dans son pays d'origine ;

- le requérant ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine ;

- il ne dispose pas d'un logement propre et personnel ;

- il ne démontre pas avoir effectivement occupé un emploi avant son incarcération ;

- il n'est détenteur d'aucun titre de séjour et n'est pas autorité à travailler en France ;

- le comportement du requérant représente une menace à l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Selles en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Selles, magistrate désignée ;

- les observation de Me Gourgues, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant est en France depuis 2007, que sa famille et notamment ses frères sont en France alors qu'il ne dispose plus d'aucune attaches en Tunisie, qu'il vit en réalité avec sa compagne et qu'il est en cours de divorce avec son épouse. Par ailleurs elle soulève de nouveaux moyens soit l'incompétence matérielle de l'auteur de l'acte dès lors que le requérant n'a jamais été dans le département de la Vienne ainsi que le défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, l'erreur de fait et l'erreur manifeste d'appréciation des dispositions de l'article L. 611-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'intéressé avait introduit une nouvelle demande de titre de séjour auprès de la préfecture de la Charente-Maritime.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 29 juin 1998 à Zarzis en Tunisie, ressortissant tunisien, est entré irrégulièrement en France en 2009, selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français le 26 avril 2022 auprès de la préfecture de la Charente-Maritime et par un courrier du 3 mai 2022, cette même autorité a refusé la délivrance dudit titre en raison de l'absence de justificatif d'entrée régulière sur le territoire français. Par une décision du 25 juillet 2024, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français durant trois ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente [] est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. ". Le préfet territorialement compétent pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français est celui qui constate l'irrégularité de la situation au regard du séjour de l'étranger concerné, que cette mesure soit liée à une décision refusant à ce dernier un titre de séjour ou son renouvellement, au refus de reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire, ou encore au fait que l'étranger se trouve dans un autre des cas énumérés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Tel est, en toute hypothèse, le cas du préfet du département où se trouve le lieu de résidence ou de domiciliation de l'étranger. En outre, si l'irrégularité de sa situation a été constatée dans un autre département, le préfet de ce département est également compétent. Il ressort en l'espèce de la fiche pénale du requérant, produite en défense, que celui-ci a fait l'objet d'un transfert de la maison d'arrêt de Rochefort vers le centre pénitencier de Poitiers-Vivonne situé dans le département de la Vienne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence territoriale du préfet manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, la convention Schengen signée le 19 juin 1990, l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne du 17 mars 1988, le code des relations entre le public et l'administration et enfin le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'arrêté mentionne que l'intéressé n'est en possession d'aucun document d'identité ou titre l'autorisant à séjourner en France alors que le préfet de la Charente-Maritime, le 3 mai 2022, a pris une décision portant refus de délivrance d'un tel titre et qu'il n'est pas en mesure de justifier de son entrée régulière sur le territoire. La décision relève également qu'il représente une menace à l'ordre public au regard des condamnations pour violence dont il a fait l'objet, qu'il est marié avec une ressortissante française avec laquelle il ne vit plus et qu'il déclare ne pas avoir d'enfant, bien qu'il se prévale sur le territoire d'un frère et de deux tantes sans établir l'intensité des liens qu'il entretient avec eux. Enfin, l'arrêté mentionne que M. B déclare travailler dans le bâtiment alors qu'il n'est pas autorisé à travailler sur le sol français. Par suite, la décision attaquée, qui tient compte du parcours personnel de l'intéressé, satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

6. Si le requérant apparaît fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui ne mentionne pas la demande récente de régularisation de sa situation, est entaché d'une erreur de fait et procède d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve dans le cas mentionné au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, y compris si un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour lui a été délivré pendant la durée d'instruction de cette demande de titre de séjour. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour au demandeur, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Or, le requérant ne soutient pas remplir les conditions de délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Dans ces conditions, la circonstance que M. B ait déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de la Charente-Maritime ne fait pas obstacle à ce que le préfet de la Vienne édicte une mesure d'éloignement.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. B soutient que le centre de ses intérêts se situe en France, il ressort toutefois des pièces du dossier que la relation de l'intéressé avec sa compagne est récente, qu'il n'a pas d'enfant, qu'il a déclaré être entré en France en 2009 alors qu'aucun élément ne permet de l'établir et que sa première demande de titre de séjour date du 26 avril 2022. Par ailleurs, il se prévaut mais ne justifie pas de la présence de frères et de sœurs en France ni ne démontre l'intensité de leurs liens. En outre, il ne démontre aucune intégration professionnelle significative dès lors qu'il n'est pas autorisé à travailler en France. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2024 pris par le préfet de la Vienne à son encontre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La magistrate désignée,

M. SELLESLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2402744

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