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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402758

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402758

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS
Avocat requérantGOURGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 et 29 octobre 2024, M. B, représenté par Me Gourgues, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer une autorisation de séjour sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elles emportent sur sa situation personnelle ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2024, la préfète des Landes conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, et à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle ne comporte aucun moyen ni fondement juridique ;

- à supposer que des moyens soient soulevés par M. B, ils ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique tenue le 30 octobre 2024 à 14h30, en présence de Mme Strzalkowska, greffière, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Gourgues, représentant M. B, qui confirme ses conclusions.

La préfète des Landes n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 16 octobre 1978, est entré régulièrement en France le 1er avril 1979. Il a bénéficié de certificats de résidence renouvelés jusqu'au 7 novembre 2016. La demande de renouvellement de son titre de séjour ayant été adressée hors délai le 26 avril 2017, a en conséquence été considérée comme une première demande, en application de l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, et rejetée le 11 février 2021 par le préfet de la Haute-Garonne, après avis défavorable à la délivrance du titre de séjour, émis par la commission du titre de séjour le 18 novembre 2021. Par un arrêté du 21 octobre 2024, la préfète des Landes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 20 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (), soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, d'accorder au requérant le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

5. La décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions sur lesquelles elle se fonde et rappelle que M. B est actuellement détenu en exécution de deux condamnations à six ans et deux ans d'emprisonnement, prononcées respectivement par un jugement du 16 octobre 2020 du tribunal correctionnel de Toulouse et par un arrêt du 18 mai 2022 de la Cour d'appel de Toulouse, pour des faits d'acquisition, récidive et détention, récidive et transport, offre ou cession, non autorisés, de stupéfiants, récidive et participation à association de malfaiteur en vue de la préparation d'un délit puni de 10 ans d'emprisonnement. La décision attaquée rappelle en outre les six autres condamnations renseignées sur le bulletin n° 2 de son casier judiciaire, représentant une durée de peines d'emprisonnement cumulées de plus de cinq ans. La menace grave à l'ordre public que constitue son comportement a conduit le préfet de la Haute-Garonne à refuser, le 11 février 2021, de lui délivrer le titre de séjour sollicité. La décision attaquée fait état de sa situation personnelle et administrative telle qu'il l'a déclarée aux services de la police aux frontières le 8 octobre 2024, de ce qu'il est en situation irrégulière depuis le 11 février 2021 et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français, prononcée dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, rappelle que malgré la durée de présence de l'intéressé en France depuis de nombreuses années et l'absence de précédente mesure d'éloignement, son comportement, qui l'a d'ailleurs conduit à passer de nombreuses années incarcéré, n'a pas changé en dépit de ses multiples condamnations et représente une menace grave, sérieuse et actuelle pour l'ordre public. La décision attaquée estime qu'aucune atteinte disproportionnée n'est portée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale et qu'elle ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. B se borne à soutenir que l'essentiel de ses attaches se situe en France où il est parent d'un enfant français âgé de 10 ans qu'il a reconnu et qu'il s'occupe de son père âgé et malade. Toutefois, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations de nature à établir sa présence auprès de son père ni davantage la stabilité et l'intensité de ses liens qu'il entretiendrait avec sa fille, ou sa participation à l'entretien et à l'éducation de cette dernière. En outre, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle par la seule déclaration, lors de son audition par les services de la police aux frontières, de ce qu'il détenait, avant son incarcération, un emploi en contrat à durée indéterminé et percevait 1 600 euros ainsi que des prestations sociales. Par ailleurs, il ne conteste pas qu'il a commis de très nombreux faits délictueux, la plupart en infraction avec la législation sur les stupéfiants, dont certains en état de récidive, pour lesquels il a été condamné à huit reprises, entre 2003 et 2022, à une durée cumulée de peines d'emprisonnement de plus de treize ans. Par son comportement, marqué par ce parcours de délinquance, il ne justifie d'aucune insertion particulièrement forte dans la société française. Enfin, bien qu'il soit constant que le requérant est arrivé en France en 1979 avec ses parents, alors qu'il était âgé de seulement six mois et qu'il y est présent depuis plus de 45 ans, et s'il soutient qu'il n'a plus aucun lien en Algérie, pays dont il n'a aucun souvenir, il n'établit cependant pas avoir tissé en France des liens particulièrement intenses et stables. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

10. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

11. Il ressort de la décision attaquée que pour fixer à trois ans la durée d'interdiction de retour, la préfète des Landes a tenu compte des circonstances de l'espèce, notamment de la situation personnelle dont le requérant a fait état lors de son audition par les services de la police aux frontières, de ce que malgré la durée de présence de l'intéressé en France depuis de nombreuses années et l'absence de précédente mesure d'éloignement, son comportement, qui l'a d'ailleurs conduit à passer de nombreuses années incarcéré, n'a pas changé en dépit de multiples condamnations et représente une menace grave, sérieuse et actuelle pour l'ordre public. Alors qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ, M. B, ne justifie, ainsi qu'il a été exposé au point 8, ni d'attaches familiales ou professionnelles conséquentes en France ni de circonstances à caractère humanitaire. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans prononcée à l'encontre de M. B ne présente pas un caractère disproportionné.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. B demande le versement à son conseil, sur le fondement desdites dispositions et celles de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la préfète des Landes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

M. CLe greffier,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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