vendredi 8 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2402785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCES ETRANGERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Cazau, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2024 par lequel la préfète des Landes l'a assigné à résidence dans le département des Landes pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter tous les jours, entre 8h00 et 9h00, au commissariat de police de Mont-de-Marsan ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son signataire, en l'absence de délégation de signature ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du principe de sécurité juridique dès lors que la préfète des Landes ne pouvait fonder l'assignation à résidence sur un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français qui n'était plus exécutoire à la date de l'adoption de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a indiqué aux services de police avoir son domicile chez sa concubine à Bordeaux ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du droit à l'hébergement dès lors qu'il ne dispose pas de domicile dans les Landes.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Portès, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique tenue le 7 novembre 2024 à 14 heures 30, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 21 novembre 1991 à Constantine (Algérie), a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département des Landes par arrêté du 19 octobre 2024 de la préfète des Landes. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté du 19 octobre 2024 a été signé par Mme Stéphanie Monteuil, secrétaire générale de la préfecture des Landes, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du 3 mai 2024 de la préfète des Landes, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture en date du 6 mai 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue du 2° du VI de l'article 72 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 susvisée, publiée le 27 janvier 2024 au Journal officiel de la république française : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Et aux termes de l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée : " () IV. - L'article 72, à l'exception du 2° du VI, l'article 73, le I de l'article 74, les 6° à 10° de l'article 75, l'article 76 et les 2°, 8° et 11° du II de l'article 80 entrent en vigueur à une date fixée par décret en Conseil d'État, et au plus tard le premier jour du septième mois suivant celui de la publication de la présente loi. Ces dispositions s'appliquent à la contestation des décisions prises à compter de leur entrée en vigueur. () ".
5. Il résulte des dispositions précitées que la rédaction précitée de l'article L. 731-1 issue du 2° du VI de l'article 72 de la loi n° 2024-42 est entrée en vigueur dès le lendemain de sa publication, soit le 28 janvier 2024, conformément à la règle fixée à l'article 1er du code civil dès lors que les dispositions du IV de l'article 86 de cette loi ne prévoyaient pas d'entrée en vigueur différée de cette nouvelle rédaction modifiant de une à trois années la condition d'ancienneté de la décision d'éloignement dont l'exécution est envisagée. Il ne ressort ni des articles 72 et 86 de la loi n° 2024-42 ni d'aucune autre disposition de ce texte que le législateur aurait souhaité limiter les effets de cette modification à certaines décisions portant obligation de quitter le territoire français et il ne résulte d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les mesures d'éloignement antérieures à l'entrée en vigueur de la nouvelle rédaction de l'article L. 731-1 ne peuvent pas justifier la mise en œuvre d'une mesure d'assignation à résidence dès lors qu'elles n'ont pas été prises plus de trois années auparavant. La prise en compte dans de telles conditions d'une décision préexistante, qui n'avait pas été abrogée et qui n'avait pas disparu de l'ordonnancement juridique, ne méconnaît ni le principe de non-rétroactivité de la loi ni le principe de sécurité juridique. La préfète des Landes pouvait, par suite, légalement se fonder sur la décision portant obligation de quitter le territoire français du 30 novembre 2022. Le moyen d'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il aurait souhaité être assigné à résidence dans le département de la Gironde où il vit habituellement chez sa compagne et avec laquelle il a un projet de mariage. S'il verse, à cet égard au dossier une attestation de sa compagne rédigée le 25 octobre 2024, soit postérieurement à la date de la décision attaquée, par laquelle celle-ci certifie l'héberger à son domicile depuis le 10 novembre 2022, une facture d'électricité en date du 15 septembre 2024, au nom de cette dernière et la première page d'un dossier de mariage avec leur deux noms et l'inscription : " date du mariage souhaitée : 15 janvier 2024 ", ces éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à établir que le requérant entretient avec sa compagne une relation ancienne, stable et intense. En tout état de cause, il n'établit ni même n'allègue qu'elle serait dans l'impossibilité de venir le voir à Mont-de-Marsan durant la période où il est assigné à résidence dans le département des Landes. Dans ces conditions, la préfète des Landes n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respecte de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, la préfète des Landes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces deux moyens doivent être écartés.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
9. En l'espèce, si M. A soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son droit à disposer d'un hébergement, en ce qu'il le place dans une situation de grande vulnérabilité dès lors qu'il l'assigne dans un département autre que son lieu de résidence et qu'il se " retrouverait ainsi devoir dormir à la rue ", il ne produit aucun justificatif , en dehors des pièces citées au point 7 du présent jugement, de nature à corroborer ses allégations. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2024 par lequel la préfète des Landes l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Landes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.
La magistrate désignée,
E. PORTES La greffière,
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026