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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402786

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402786

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 26 octobre 2024 et 4 novembre 2024, M. D A B, représenté par Me Crescence Marie France, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète des Landes l'a assigné à résidence dans le département des Landes pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter tous les jours, entre 8h00 et 9h00, au commissariat de police de Mont-de-Marsan ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision l'assignant à résidence est entachée d'une insuffisance de motivation, en méconnaissance de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire prévu par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations préalablement à l'édiction de cette décision ;

- la préfète des Landes n'a pas tenu compte de sa situation personnelle et notamment de la circonstance qu'il a un logement à Bordeaux, chez l'une de ses amies ;

- la décision l'assignant à résidence a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète des Landes ne justifie pas en quoi son éloignement demeure une perspective raisonnable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Portès, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 8 novembre 2024 à 14h00, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Portès, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Crescence Marie France, qui confirme ses écritures et indique notamment que M. A B ne peut matériellement exécuter la décision attaquée, n'a pas été mis à même de présenter ses observations en application du principe du contradictoire et n'a pas de perspectives d'éloignement raisonnables.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant libyen né le 28 octobre 2000 à Tripoli (Lybie) aussi connu sous le nom de M. C, ressortissant algérien né le 10 décembre 1996 à Oran (Algérie) a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département des Landes par arrêté du 21 octobre 2024 de la préfète des Landes. Par sa requête, M. A B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à M. A B le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à savoir, notamment le 1° de l'article L. 731-1. La préfète des Landes mentionne la circonstance que M. A B alias C fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour d'une durée de trois ans, pris et notifié par le préfet de la Gironde le 22 mars 2024 et que cette mesure est toujours exécutoire. Elle fait également état de ce que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peuvent être utilement invoqués par M. A B.

5. En troisième lieu, si le requérant soutient que la préfète des Landes n'a pas tenu compte de sa situation personnelle et notamment de la circonstance qu'il est hébergé à Bordeaux, chez l'une de ses amies, alors qu'il n'a pas de logement à Mont-de-Marsan, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait eu connaissance de ces éléments avant de prendre la décision attaquée. Au demeurant, il se borne à produire, au soutien de ces allégations, une attestation, non datée, de son amie vivant à Bordeaux certifiant héberger M. A B à son domicile, du 17 octobre 2024 jusqu'au 19 octobre 2024 ainsi qu'une autre attestation de cette même amie, en date du 16 septembre 2024 certifiant héberger le requérant, cette fois, depuis le 15 septembre 2024. Ces éléments ne suffisent pas à établir qu'il aurait son logement habituel à Bordeaux. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète des Landes n'aurait pas tenu compte de la situation personnelle de M. A B. Par suite, tel que soulevé, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue du 2° du VI de l'article 72 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 susvisée, publiée le 27 janvier 2024 au Journal officiel de la république française : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

7. M. A B, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français datée du 22 mars 2024, se trouve dans l'une des hypothèses permettant au préfet de prononcer à son égard une mesure d'assignation à résidence en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Pour contester la décision prise à son encontre, il se borne à faire valoir que rien ne permet de considérer que son éloignement demeure une perspective raisonnable dès lors que les diligences faites par les services de l'Etat en vue d'obtenir un laissez-passer consulaire n'ont pas abouti. Toutefois, les seules circonstances dont se prévaut le requérant, et qui ne sont pas établies par les échanges de mail entre les services de la préfecture des Landes et le service juridique du consulat algérien à Bordeaux, ne sont pas de nature à remettre en cause l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel la préfète des Landes l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et à la préfète des Landes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

La magistrate désignée,

E. PORTES La greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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