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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402851

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402851

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 octobre et 13 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet du Gers a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre par lequel le préfet du Gers l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet du Gers de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder à la restitution de son passeport ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant refus de titre de séjour qui est elle-même entachée d'un défaut de motivation ne permettant pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ; d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6 de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même entachée d'un défaut de motivation ne permettant pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ; qui est elle-même illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de droit au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il fonde sa décision sur une obligation de quitter le territoire français en date du 2 septembre 2024 mais qui n'est pas exécutoire dès lors qu'un recours à son encontre est pendant devant le tribunal administratif de Pau.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant refus de titre de séjour qui est elle-même entachée d'un défaut de motivation ne permettant pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ; d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 6 de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même entachée d'un défaut de motivation ne permettant pas de s'assurer que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ; qui est elle-même illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- le préfet du Gers a commis une erreur de droit et un détournement de pouvoir dès lors que la décision attaquée ne pouvait être fondée sur l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Portès, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 13 novembre 2024 à 14h30, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Portès, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Ortego Sampedro qui confirme ses écritures et les moyens soulevés à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 14 octobre 1980 à Oued Fodda (Algérie), déclare être entré sur le territoire français le 14 août 2010. Débouté de sa demande d'asile, il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours pris par le préfet de police de Paris, le 22 juin 2012, qu'il n'a pas exécuté. Il a de nouveau fait l'objet de mesures d'éloignement, le 22 mai 2015 et le 9 novembre 2023, qu'il n'a pas non plus exécuté. Il a sollicité, en février 2024, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais cette demande a été rejetée par le préfet du Gers par arrêté du 2 septembre 2024 qui l'a également obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par deux arrêtés en dates du 29 octobre 2024, le préfet du Gers lui a fait interdiction de retour en France pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2.Il résulte des dispositions combinées des articles L. 614-7 à L. 614-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-1 et R. 776-14 du code de justice administrative que seules les requêtes dirigées contre les décisions d'assignation à résidence prises sur le fondement des articles L. 731-1, L. 751-2, L. 752-1 et L. 753-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou contre une mesure d'éloignement prévue au livre VI de ce code assortie d'une de ces assignations à résidence doivent être jugées selon la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il n'appartient pas au juge statuant selon la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de connaître des conclusions tendant à l'annulation d'une décision assignant un étranger à résidence sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet du Gers l'a assigné à résidence pour une durée de six mois sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être renvoyées devant une formation collégiale du présent tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

3.Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1. ". Aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ".

4.Par les articles précités, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a organisé une procédure particulière de contestation de la légalité d'un arrêté obligeant un étranger à quitter le territoire français. Cette procédure se traduit notamment par le caractère non exécutoire d'un tel arrêté pendant le délai de recours ouvert à son encontre, par l'effet suspensif attaché à la demande formée devant le tribunal administratif jusqu'à ce que le président du tribunal ou son délégué ait statué, ainsi que par l'existence d'une procédure d'appel.

5.Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Gers a fondé la décision attaquée sur les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il en ressort également que l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en date du 2 septembre 2024, sur laquelle se fonde l'autorité administrative, n'est pas exécutoire dès lors qu'elle fait l'objet d'un recours contentieux devant le présent tribunal. Dans ces conditions, M. B, ne s'est pas maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire et ne rentre ainsi pas dans le cadre des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet du Gers a méconnu ces dispositions.

6.Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet du Gers lui a fait une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7.L'exécution du présent jugement qui annule la décision portant interdiction de retour en France implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de prendre toutes mesures utiles aux fins de supprimer le signalement de M. B dans le système d'information Schengen dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros sous réserve que Me Pather renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet du Gers a assigné M. B à résidence pour une durée de six mois sont renvoyées en formation collégiale.

Article 2 : L'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le préfet du Gers a pris à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Gers de prendre toutes mesures utiles aux fins de supprimer le signalement de M. B dans le système d'information Schengen dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Pather, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 (mille deux cent euros) en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Gers.

Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La magistrate désignée,

E. PORTES La greffière,

M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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