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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402931

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402931

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2024, M. C B, représenté par Me Moura, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination d'un éventuel éloignement, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Atlantiques, à titre principal, de lui délivrer, à titre temporaire, un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de se prononcer sur sa situation dans un délai d'un mois, en attendant la décision du juge du fond ;

3°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée par la circonstance qu'il a été placé dans une situation de précarité économique et sociale en raison des récépissés qui lui ont été successivement délivrés et qui ne lui permettaient pas de conclure un contrat de travail, alors qu'il souhaite travailler, pour subvenir aux besoins de sa famille, et qu'il bénéfice d'une promesse d'embauche, en contrat à durée déterminée en qualité de plongeur, en particulier pour la saison estivale de 2025, dans un secteur en tension à savoir la restauration ;

- en outre, des moyens sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige :

* en ce qui concerne le refus de titre :

- la décision est signée par la secrétaire générale de la préfecture, par délégation, sans que soit apportée la preuve que cette délégation a été publiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur de droit et d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il entre, également, dans les prévisions de l'article L. 435-1 du même code ;

* en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- cette décision n'est pas motivée ;

- son droit d'être entendu garanti à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux a été méconnu ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* en ce qui concerne le pays de destination :

- cette décision n'est pas motivée ;

- son droit d'être entendu garanti à l'article 7 de la directive 2008/115 relative aux modalités de retour a été méconnu ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet ne pouvant s'en remettre à l'appréciation de la CNDA sur les risques encourus dans le pays d'origine, aurait dû réexaminer sa situation ;

- elle méconnait également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que l'intérêt supérieur de son enfant, né en France, accompagné de sa mère qui vit en France depuis 12 ans, n'a pas été pris en compte.

, Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2024, le préfet des Hautes Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il est fait état de ce qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur l'arrêté en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les requêtes enregistrées le 16 octobre 2024 sous le n° 2402679 par laquelle le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 28 novembre 2024 en présence de la greffière d'audience, le rapport de Mme Perdu, ainsi que les observations de :

- Me Moura, en présence de M. et Mme B et de leur fille, qui maintient l'ensemble de ses demandes et souligne que Mme vit en France depuis 12 ans, de manière régulière et qu'elle a toujours travaillé ; Mme B précise à l'audience qu'elle est retournée dans son pays, pour se marier car il lui avait été dit en mairie qu'elle ne pouvait se marier en France, et elle a constaté qu'elle ne connaissait plus personne, son père étant décédé et sa mère vivant en Italie, tandis que M. B n'a plus que sa mère en Géorgie, son père étant décédé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1987, de nationalité géorgienne, déclarant être entré en France en 2018 pour fuir les persécutions qu'il subissait en Géorgie, a vu sa demande d'asile définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 14 juin 2019. Il a fait l'objet d'un arrêté de la préfecture de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français en date du 14 juin 2019. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Toulouse, confirmé par une ordonnance du 23 novembre 2020 de la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux. Il a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 20 juillet 2023 en se prévalant de son mariage avec une compatriote et de la naissance d'un enfant en 2020, à Tarbes. Par un arrêté du 19 mars 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays de destination d'un éventuel éloignement. Par la présente requête, il demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ". Aux termes de l'article L. 722-8 du même code : " Lorsque l'étranger ne peut être éloigné en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut pas procéder à l'exécution d'office de l'interdiction de retour assortissant cette obligation de quitter le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que le dépôt, dans le délai de recours, d'une requête en annulation contre l'arrêté refusant la délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français suspend l'exécution de cette obligation ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour sur le territoire français.

4. Il ressort des pièces portées à la connaissance du juge des référés que le requérant a saisi le présent tribunal d'une requête n° 2402679 tendant à obtenir l'annulation de l'arrêté en litige du 19 mars 2024. Le dépôt de cette requête aux fins d'annulation, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas été déposée dans les délais de recours, a eu pour effet de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle fixant le pays de destination d'une mesure d'éloignement, prononcées à l'encontre de M. B. Il ne saurait donc être demandé au juge des référés de suspendre l'exécution de ces décisions, dont le recours en annulation formé contre elles a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de ces décisions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne le refus de titre :

5. D'une part, si les circonstances d'ordre général selon lesquelles le défaut de titre de séjour en cause entraverait la liberté d'aller et de venir et le droit au travail de M. B, qui sont communes à l'ensemble des étrangers ayant sollicité un titre de séjour, ne sauraient à elles seules caractériser l'existence d'une situation d'urgence, il n'en va pas de même de celle précisée à l'audience selon laquelle M. B, marié depuis 2023 à une compatriote qui vit régulièrement en France depuis douze ans et qui travaille, père d'une enfant née en France en 2020 de cette relation, sans avoir conservé d'attaches particulières dans son pays d'origine, est susceptible de porter dans les circonstances particulières de cette espèce, une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant. Par suite, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie dans les circonstances de l'espèce.

6. D'autre part, au vu de l'ancienneté du séjour régulier en France de son épouse et de son insertion professionnelle, de la promesse d'embauche dont bénéficie M. B, de la naissance de leur fille en France et de l'absence d'attaches particulières conservées en Géorgie, tant par ce dernier que par son épouse, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour en France et de l'atteinte disproportionnée portée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale, paraît propre, en l'état, à créer un doute sérieux sur le refus de titre en litige opposé le 19 mars 2024.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions cumulatives de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies en ce qui concerne la demande de suspension du refus de titre opposé à M. B, ce dernier est fondé à demander la suspension de l'exécution de cette décision prise par le préfet des Hautes-Pyrénées dans son arrêté du 19 mars 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Eu égard au motif retenu pour suspendre l'exécution du refus de titre opposé à M. B, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer au requérant un titre de séjour, provisoirement jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté du 19 mars 2024, l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 19 mars 2024 est suspendue en ce qui concerne la décision de refus de titre opposée à M. B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Pyrénées de délivrer à M. B, dans un délai de quinze jours, un titre de séjour l'autorisant à travailler, à titre provisoire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté du 19 mars 2024.

Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Fait à Pau, le 2 décembre 2024.

La juge des référés, La greffière,

S. PERDU M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

La greffière :

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