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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2402991

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2402991

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2402991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 novembre 2024, et une pièce produite le 2 décembre 2024, Mme C A, représentée par Me Dumaz-Zamora, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

1°) avant dire droit d'enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Pyrénées de produire l'entier dossier constitué pour le renouvellement de ses droits à l'aide médicale d'État ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 5 septembre 2024 rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé contre le refus initial de renouvellement de ses droits en date du 18 juillet 2024 ;

3°) d'enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Pyrénées, à titre principal, de lui accorder, à titre provisoire, dans l'attente du jugement au fond, le bénéfice de l'aide médicale rétroactivement à compter de sa demande du 7 juin 2024, dans un délai d'une semaine à compter de l'ordonnance à venir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer ses droits, à titre provisoire également, et de statuer par une décision explicite dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à venir ;

4°) de mettre à la charge de la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Pyrénées la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que, dépourvue de titre de séjour et d'autorisation de travail, elle ne dispose d'aucune ressource et se trouve dans une situation d'extrême précarité ; en raison des pathologies dont elle souffre, à savoir un diabète et de graves problèmes cardiaques, elle fait l'objet d'une surveillance médicale rapprochée et bénéficie d'un lourd traitement médicamenteux qu'elle ne peut payer ; depuis le mois de juillet dernier elle accumule des dettes auprès du centre hospitalier de Tarbes-Lourdes, notamment en raison de son hospitalisation, durant 48 heures, en septembre dernier et a reçu des avis de sommes à payer ; elle va être contrainte d'arrêter son traitement ainsi que les soins dont elle a besoin ;

- un doute sérieux sur la légalité de la décision de refus de renouvellement du bénéfice de l'aide médicale d'Etat existe dès lors que la décision méconnait les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles applicable : la CPAM doit produire l'entier dossier de la requérante, ainsi que l'exigent les dispositions de l'article R. 772-8 du code de justice administrative, et au vu de ces éléments, le juge pourra annuler ou réformer la décision en litige, la période de référence à prendre en compte étant du 1er mai 2023 au 30 avril 2024, et les ressources du couple, provenant de deux mois de travail de M. A en 2024 et d'aides, sont inférieures au plafond fixé par les dispositions applicables des articles L. 861-1 et R. 861-2 et suivants du code de la sécurité sociale ;

Par ailleurs, Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 novembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2402690 enregistrée le 16 octobre 2024 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision en litige ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées.

Ont été entendus au cours de l'audience qui s'est tenue le 2 décembre 2024 à 11h, en présence de la greffière, le rapport de Mme Perdu, ainsi que :

- les observations de Me Dumaz-Zamorra qui maintient l'ensemble de ses écritures et précise que le pharmacien que connaît Mme A refuse désormais de lui avancer des médicaments et elle va se retrouver sans médicaments alors qu'est également produit, avant l'audience, l'avis du 23 janvier 2023 par lequel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré, dans le cadre de l'instruction d'une demande de titre " étranger malade " que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; l'urgence est satisfaite ainsi que l'erreur d'appréciation commise par la caisse primaire d'assurance maladie ;

- la CPAM des Hautes-Pyrénées n'étant ni présente ni représentée, et n'ayant pas produit de mémoire en défense.

L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, né en 1976 à Baz (Albanie), de nationalité albanaise, a déposé une demande d'asile. Par un arrêté du 20 février 2023, qu'elle a contesté par une requête enregistrée sous le n°2300755 au greffe du tribunal, non encore jugée, le préfet des Hautes-Pyrénées a refusé de lui accorder un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Elle a bénéficié de l'aide médicale d'Etat et la dernière carte qui lui a été délivrée arrivait à expiration le 1er juillet 2024. Elle a déposé une demande de renouvellement de cette aide, le 7 juin 2024, par l'intermédiaire de l'assistante sociale qui l'aide dans ses démarches mais, par une décision du 18 juillet 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande au motif que des incohérences existaient entre les ressources qu'elle avait déclarées et " les charges constatées " lors d'un entretien. Le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé contre cette décision a été également rejeté par une décision du 5 septembre 2024. Par la présente requête, Mme A demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative () fait l'objet d'une requête en annulation (), le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision () lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. D'une part, Mme A justifie de la lourdeur de ses pathologies, de la nécessité de maintenir une prise en charge médicale comprenant des visites médicales au centre hospitalier de Tarbes-Lourdes ainsi que la prise de nombreux médicaments, et fait état des dettes qu'elle accumule à l'égard du centre hospitalier ainsi que, plus récemment, du refus du pharmacien qu'elle connaît de continuer à lui délivrer les médicaments qu'elle doit prendre, en acceptant un paiement différé. La condition d'urgence doit donc être considérée comme satisfaite.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que la décision rejetant le recours préalable obligatoire formé par Mme A à l'encontre du refus opposé à sa demande de renouvellement de l'aide médicale d'État dont elle bénéficie est fondé sur ce qu'avait été observée une incohérence entre les ressources déclarées et " les charges que nous avons constatées lors de l'entretien du ", sans plus de précisions. La requérante soutient et justifie, sans être contredite sur ce point par la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Pyrénées, que le couple qu'elle forme avec son mari n'a déclaré aucun salaire pour l'année 2023, et que les salaires perçus par M. A pour des travaux réalisés durant deux mois, en 2024, ainsi que les aides financières qui leur sont apportées, représentent, pour la période de référence à prendre en compte en application des dispositions de l'article R. 861-8 du code de la sécurité sociale, la somme totale de 7 334 euros, et que ce montant est inférieur au plafond de ressources calculé en tenant compte des dispositions applicables des articles L. 251-1 et R. 861-1 et suivants du même code, ainsi que de l'arrêté du 26 mars 2024 fixant le montant du plafond de ressources de la protection complémentaire en matière de santé. Dès lors, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de ladite décision.

5. Il résulte de ce qui précède que les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision en litige du 5 septembre 2024, sans qu'il y ait lieu de demander à la caisse primaire d'assurance maladie de produire l'entier dossier médical de la requérante.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. La présente ordonnance implique nécessairement, compte-tenu de son motif, que la CPAM des Hautes-Pyrénées accorde à Mme A, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide médicale d'Etat, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête en annulation présentée contre la décision en litige

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil Me Dumaz Zamorra la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cette avocate à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

O R D O N N E:

Article 1er : L'exécution de la décision du 5 septembre 2024 par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Pyrénées a rejeté le recours préalable obligatoire formé par Mme A contre le refus opposé à sa demande de renouvellement de l'aide médicale d'État est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Pyrénées d'accorder à Mme A, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide médicale d'État, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision du 5 septembre 2024.

Article 3 : L'État versera à Me Dumaz Zamorra la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Pyrénées.

Fait à Pau, le 5 décembre 2024.

La juge des référés La greffière

S. PERDU M. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins et au ministre de l'intérieur, chacun en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition,

La greffière

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