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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2403017

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2403017

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2403017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CHAPON & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2024, M. C D et Mme E F épouse D, représentés par Me Vimini, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n° DP06412223B0405 par lequel le maire de la commune de Biarritz ne s'est pas opposé, en 2023, à la déclaration préalable déposée par M. B A en vue de réaliser un garage sur sa propriété, sans création de surface de plancher ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- son intérêt à agir est justifié, en sa qualité de voisin immédiat de M. A, lequel a commencé des travaux sur le fond situé à l'arrière de la propriété du requérant située 18 bis avenue de la Milady, l'impasse de Madrid séparant les deux fonds ; lors du commencement des travaux, il a été procédé à l'affichage d'un arrêté de non opposition prétendument délivré en 2023, cet arrêté n'étant ni daté ni signé ; ce projet impacte les conditions de vie du requérant dès lors que le toit terrasse du garage prévu à une hauteur de trois mètres, accessible aux occupants de cette propriété, surplombera la propriété du requérant et créera une vue directe sur leur jardin d'agrément ; le requérant justifie d'une perte d'intimité ainsi que d'une perte de luminosité en fin de journée et, en conséquence, une perte de valeur vénale ;

- l'urgence est présumée et, en tout état de cause, caractérisée en l'espèce par le commencement de ces travaux et le caractère difficilement réversible de ces derniers ;

- il existe, en outre, un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté dès lors que :

* l'arrêté n'est revêtu d'aucune signature, en méconnaissance des exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, et ne mentionne pas le nom et le prénom, ainsi que la qualité, de son auteur ;

* l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le projet étant situé à l'intérieur du Site Patrimonial remarquable (SPR), la commune doit justifier de la consultation de l'architecte des bâtiments de France ; la simple mention, dans les visas de l'arrêté en litige, d'un avis favorable tacite en date du 19 juillet 2023 ne suffisant pas à justifier de la régulière consultation de ce dernier, d'autant que la demande a été complétée le 21 juillet 2023 ; * le projet nécessitait la délivrance d'un permis de construire en raison de l'emprise au sol de 43,40 m2 du garage projeté, de sorte que le maire de la commune a méconnu les dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-11 du code de l'urbanisme ;

* le maire a également méconnu les dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives à l'insertion des constructions dans l'environnement immédiat et dans les paysages lointains en autorisant une toiture-terrasse accessible, alors que les maisons de ce quartier comportent majoritairement des boiseries en bois peint et une toiture revêtue de tuiles, de style traditionnel basque ;

* le projet méconnaît enfin le règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP), devenu SPR, en ce que le projet, situé en zone PB de ce règlement, ne respecte pas d'une part, les règles relatives à la volumétrie des constructions ainsi que, d'autre part, celles relatives aux façades ; enfin, les règles relatives aux couvertures des constructions interdisent les toitures terrasses, ainsi que les menuiseries en plastique (PVC) et les garde-corps en aluminium ; l'ensemble de ces dispositions sont ici méconnues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2024, la commune de Biarritz, représentée par Me Cambot, conclut au rejet de la demande, à titre principal pour irrecevabilité et, à titre subsidiaire, au fond, et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune précise que :

- l'intérêt à agir des requérants ne peut être retenu : ils ne sont pas voisins immédiats et la visibilité du projet, depuis leur propriété, est des plus limitée ; la façade de la maison des requérants est tournée dans une direction opposée à la construction projetée et les voies de desserte sont différentes ; le projet ne modifie en rien les conditions de vie des requérants, aucune perte de luminosité n'étant crédible ;

- en outre, aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2024, M. A, représenté par Me Chapon, conclut au rejet de la présente requête, à titre principal pour irrecevabilité et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il précise que :

- l'arrêté en litige a été pris le 12 septembre 2023 et il est justifié de son affichage, sur un panneau règlementaire disposé en limite de l'impasse de Madrid, dès le 25 septembre 2023 ; ce panneau était encore en place le 2 décembre 2023 ; en tout état de cause, le principe de sécurité juridique fait obstacle à ce qu'une autorisation d'urbanisme puisse être contestée indéfiniment par des tiers ;

- en outre, les époux D ne justifient pas de leur intérêt à agir : ils ne peuvent revendiquer la qualité de voisin immédiat et le projet ne va nullement modifier leur situation, la maison des requérants étant tournée vers le sud et l'est alors le terrain d'assiette du projet se situe à l'ouest, tandis que le garage sera à plus de 15 mètres de la terrasse des requérants ;

- par ailleurs, aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 20 novembre 2024 sous le n° 2403015 par laquelle les requérants demandent l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 4 décembre 2024, à 10 h 00, en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, Mme Perdu a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Vimini qui conteste les fins de non-recevoir opposées en défense, rappelle qu'aucune justification d'un affichage régulier n'est en l'espèce produite, notamment pas par des attestations rédigées en des termes identiques, datées de 2023, ce qui est considéré comme pour le moins étonnant ; il souligne, en outre, que les terrains connaissent une certaine déclivité ce qui explique qu'une vue, depuis le toit-terrasse du garage projeté, lequel est accessible, sera créée sur la terrasse des requérants ; par ailleurs, les travaux ont commencé, de sorte que la condition d'urgence est satisfaite ; enfin, les moyens invoqués sont repris, en particulier l'irrégularité de l'avis obligatoire émis par l'ABF, la méconnaissance du champ de la déclaration préalable, le projet étant soumis à permis de construire, ainsi que les méconnaissances des règles d'insertion, dans le secteur couvert par le SPR dans lequel se situe le terrain d'assiette du projet ;

- les observations de Me Coto, représentant la commune de Biarritz, qui maintient l'ensemble de ses écritures en défense, en développant, notamment, l'absence d'intérêt à agir des requérants dès lors notamment que la configuration des lieux démontre que la visibilité du projet depuis la propriété des requérants est des plus limitée, leur propriété étant tournée à l'opposé de l'endroit où se trouve la construction projetée, tandis qu'une impasse sépare le toit-terrasse du garage de la propriété des requérants et que ce toit sera végétalisé, limitant ainsi les vues vers la propriété des requérants ;

- et les observations de Me Chapon qui maintient l'ensemble de ses écritures, en particulier la double irrecevabilité de la requête, et rappelle qu'une photographie produite montre que toute personne empruntant l'impasse de Madrid a des vues sur la terrasse des requérants, tandis que la toiture-terrasse sera végétalisée, ainsi que cela ressort des pièces du dossier de demande ; les moyens soulevés sont également considérés comme ne pouvant être retenus, en tous les cas de manière certaine s'agissant de la contestation de l'insertion de ce garage dans le quartier dans lequel sa construction a été autorisée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de la commune de Biarritz ne s'est pas opposé, par un arrêté du 12 septembre 2023, à la déclaration de travaux déposée par M. B A en vue de construire un garage sur sa propriété située 7 impasse de Madrid, sous réserve du respect des prescriptions du service d'assainissement de la communauté d'agglomération Pays Basque. Par la présente requête, M. et Mme D demandent la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir, d'aménager ou d'une non-opposition à travaux, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il résulte de l'instruction que le projet de construction d'un garage comportant un toit-terrasse accessible en litige se situe sur une parcelle comprise dans un secteur densément urbanisé, composé de maisons plutôt individuelles, implantées sur des terrains de superficie assez réduite. La construction doit être implantée en limite de propriété, le long de l'impasse de Madrid, de faible largeur, et se trouvera sur le côté opposé de l'impasse et au dos de la construction à usage d'habitation des époux D, dont la façade est tournée vers le sud et l'est, et à laquelle on accède par l'avenue de la Milady. En outre, la parcelle des requérants comprend de la végétation arbustive et il est versé au dossier une photographie attestant de l'existence de vues, pour des piétons empruntant cette impasse, à travers la végétation, sur la terrasse des requérants située sur le long de leur maison. Ainsi, si les requérants font état de la création d'une vue sur la terrasse latérale à leur construction, depuis le toit-terrasse du garage projeté, ainsi que d'une perte de luminosité, en l'état, au vue de la configuration des lieux, de la nature et des dimensions du projet et en tenant compte notamment de la végétalisation prévue sur le toit-terrasse en litige, quand bien même une déclivité des terrains existe en direction de la propriété des requérants, ces derniers ne justifient pas d'atteintes susceptibles d'affecter directement les conditions actuelles d'occupation de leur bien et, par suite, d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre l'arrêté du 12 septembre 2023.

6. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cet arrêté doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Biarritz qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme au titre des frais exposés par la commune et par M. A, non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Le requête présentée par M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Biarritz sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Mme E F épouse D, à la commune de Biarritz et à M. B A.

Fait à Pau, le 6 décembre 2024.

La juge des référés, La greffière,

S. PERDU M. CALOONE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière :

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