jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2403062 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCES ETRANGERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 26 novembre 2024 et le 29 novembre 2024, M. D A, représenté par Me Bédouret, avocat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2024 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Pyrénées de lui délivrer le titre sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, et ce, sous astreinte de 100 € par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
en ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est privée de base légale ;
en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 4 décembre 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Bédouret, représentant M. A, et de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité haïtienne, est entré en France en 1995 selon ses déclarations alors qu'il était mineur. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français au titre de la période du 28 novembre 2019 au 27 novembre 2020. Il a déposé le 21 décembre 2020 une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Par arrêté du 19 novembre 2024, le préfet des Hautes-Pyrénées a rejeté cette demande, a fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à l'encontre de l'intéressé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de la présente instance, de faire droit à la demande de M. A tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. La décision attaquée se fonde sur ce que M. A est père de deux enfants de nationalité française, dont l'un n'a été reconnu que 11 mois après sa naissance et l'autre pour lequel l'intéressé ne produit aucun élément, sur ce qu'il ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, à l'exception d'une attestation établie en 2020 par la mère de l'un de ces derniers, sur ce que le comportement de M. A représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave affectant l'ordre public au regard des 14 condamnations figurant sur son casier judiciaire, et sur ce qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale compte tenu qu'il est séparé de la mère de ses enfants, qu'il ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ces derniers, qu'il ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux intenses, suffisamment anciens et stables en France, bien qu'il soit entré sur le territoire national le 6 septembre 1995 et que sa mère et ses frères et sœurs soient présents en France, et qu'il ne démontre pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hautes-Pyrénées n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et dans asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
8. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a reconnu ses enfants nés respectivement le 15 juillet 2017 et le 21 novembre 2021, que la mère de ces enfants, sa mère, son frère, sa sœur, et sa concubine ont attesté qu'il subvient aux besoins de la famille, et qu'à l'occasion de l'audience qui a donné lieu à un jugement du tribunal judiciaire de Tarbes du 15 novembre 2024 statuant sur une demande d'aménagement de peine, l'intéressé a déclaré avoir un attachement certain pour ses enfants, il ne produit aucune autre pièce justifiant qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ces derniers. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet des Hautes-Pyrénées n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
10. Si M. A soutient qu'il vit en France depuis 1995, accompagné de sa mère et de ses frères et sœurs, il est constant qu'il est séparé de la mère de ses enfants dont il n'est pas justifié qu'il contribue, ainsi qu'il a été dit au point 8, à l'entretien et à l'éducation. S'il rajoute qu'il vit en concubinage, il résulte du jugement du tribunal judiciaire de Tarbes du 15 novembre 2024 rappelé au point 8 qu'il a déclaré à l'audience qu'il était séparé de sa concubine, victime de faits de violence conjugale. Par ailleurs, il résulte du casier judiciaire de M. A qu'il a été condamné respectivement par jugement du tribunal correctionnel de Bobigny du 4 juin 2007 à une peine de trois mois d'emprisonnement pour remise ou sortie irrégulière de correspondance, ou de somme d'argent ou d'objet de détenu, par jugement du tribunal correctionnel de Bobigny du 18 septembre 2007 à une peine d'amende de 300 € pour conduite d'un véhicule sans permis, par jugement du tribunal correctionnel de Pontoise du 9 janvier 2009 à une peine de six mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis et usage illicite de stupéfiants, et à une peine de deux mois d'emprisonnement pour prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, par jugement du tribunal correctionnel de Tarbes du 12 novembre 2009 à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour violence commise en réunion sans incapacité, par jugement du tribunal correctionnel de Pau du 8 décembre 2011 à une peine de trois mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis et sous l'empire d'un état alcoolique, par arrêt de la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Pau du 2 février 2012 à une peine de quatre ans d'emprisonnement pour transport et détention non autorisée de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants et conduite d'un véhicule sans permis en ayant fait usage de stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique, ainsi qu'à une peine de huit mois d'emprisonnement pour prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, par jugement du tribunal correctionnel de Tarbes du 16 octobre 2012 à une peine de sept mois d'emprisonnement pour détention et usage illicite de stupéfiants, et recel de bien provenant d'un délit, par jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 17 mai 2017 à une peine d'un an d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants et menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, par jugement du tribunal de grande instance de Tarbes du 10 mai 2019 à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, conduite d'un véhicule sans permis et usage illicite de stupéfiants, par jugement du tribunal correctionnel de Tarbes du 23 septembre 2020 à une peine d'un an d'emprisonnement pour violence suivie d'incapacité d'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, par jugement du tribunal correctionnel de Tarbes du 26 novembre 2021 à une peine de deux mois d'emprisonnement pour prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, et six mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis, par jugement du tribunal correctionnel de Tarbes du 24 juin 2022 à une peine de trois mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire, par jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 2 janvier 2023 à une peine de huit mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule à moteur malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire, et récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, et par jugement du tribunal correctionnel de Tarbes du 18 septembre 2023 à une peine de neuf mois d'emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Eu égard à la gravité des faits pour lesquels M. A a été condamné, et à leur caractère répété et récent, le comportement personnel du requérant doit être regardé comme constituant une menace à l'ordre public, alors même qu'il est suivi par l'association Addictions France au sein du centre pénitentiaire où il est détenu, et qu'il a bénéficié de remises de peine. Par suite, alors même que le requérant serait dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine, compte tenu des circonstances de l'espèce, notamment des conditions de séjour en France de M. A, lequel constitue une menace à l'ordre public, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
12. La décision attaquée vise notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi qu'il a été dit au point 5 la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est suffisamment motivée en fait. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du même code, la décision attaquée doit être regardée comme satisfaisant également à l'exigence de motivation en fait.
13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hautes-Pyrénées n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A.
14. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision portant refus de renouvellement du titre de séjour illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
16. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A ne résidait pas régulièrement en France. Dans ces conditions, le motif de cette décision tiré de ce que ce dernier se trouvait dans le cas prévu par le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché d'erreur de fait. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 12, la décision attaquée a également été pris sur le motif tiré de ce que M. A se trouvait également dans le cas prévu par le 3° du même article, lequel permettait à lui seul de fonder légalement cette décision.
17. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 10.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
18. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :
1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()
3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
20. La décision attaquée se fonde sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision a été prise en méconnaissance du 3° du même article est inopérant.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".
22. La décision attaquée se fonde sur ce que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
23. En second lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
25. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
26. La décision attaquée se fonde sur ce que M. A est séparé et père de deux enfants, dont un qu'il a reconnu tardivement, sur ce qu'il est entré en France le 6 septembre 1995, sur ce qu'il ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses fils, sur ce que son casier judiciaire démontre son défaut d'intégration sur le territoire et sa méconnaissance des valeurs fondamentales de la République française, et sur ce que son comportement doit être regardé comme représentant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave affectant l'ordre public. Cette motivation n'atteste donc pas que le préfet a pris en compte la circonstance que l'intéressé a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement, Par suite, cette décision ne satisfait pas à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L.613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
27. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 19 novembre 2024, en tant qu'il prononce à l'encontre de M. A une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, doit être annulé.
Sur les conclusions fins d'injonction :
28. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
29. L'annulation de l'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 19 novembre 2024, en tant qu'il prononce à l'encontre de M. A une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, n'implique pas qu'il soit délivré au requérant le titre de séjour sollicité. Par suite, les conclusions fins d'injonction de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
30. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () ".
31. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'avocat du requérant renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 700 euros à verser à Me Bédouret.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 19 novembre 2024, en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français, est annulé.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bédouret, avocat de M. A une somme de 700 (sept cents) euros sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Hautes-Pyrénées.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à Me Bédouret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière :
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026