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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2500013

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2500013

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2500013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Pau a été saisi en référé suspension par Mme B, qui contestait le refus du préfet des Pyrénées-Atlantiques de renouveler son titre de séjour pour raisons de santé. La requérante invoquait l'urgence liée à sa précarité administrative et des moyens créant un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le juge des référés a rejeté la requête, considérant que l'urgence n'était pas établie et qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 4 et 16 janvier 2025, Mme C B , représentée par Me Ducoin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 5 novembre 2024 par laquelle le préfet des Pyrénées-Atlantiques a refusé de renouveler son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors que la décision attaquée est un refus de renouvellement de son titre de séjour qui la fait basculer dans l'illégalité, lui fait perdre la possibilité d'honorer la promesse d'embauche dont elle bénéficie et porte ainsi une atteinte grave et immédiate à ses intérêts privés, vitaux et personnels ;

- des moyens sont, en outre, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que :

* la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

* elle est entachée d'un vice de procédure résultant de l'irrégularité formelle de l'avis médical du collège de médecins de l'OFII ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

* la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son état de santé n'a pas évolué et la contraint à un suivi médical strict et qu'elle ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

* elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la présomption d'urgence est renversée par la circonstance qu'il n'est pas démontré que son état de santé se serait dégradé à un point tel qu'il serait impératif de lui délivrer très rapidement le titre sollicité alors que le certificat médical établi le 26 novembre 2024, postérieurement à sa décision et insuffisamment circonstancié pour remettre en cause l'avis de l'OFII, ne pouvait être pris en compte et qu'en outre, le précédent avis du collège de l'OFII indiquait une poursuite des soins d'une durée limitée de 6 mois de sorte qu'elle ne pouvait ignorer qu'à l'issue de cette période elle ne pourrait certainement pas se maintenir sur le territoire ;

- la requérante admet nécessairement le bien-fondé de son admission au séjour pour une durée de six mois dès lors qu'elle fait état d'une amélioration de son état de santé et d'une stabilisation, son hospitalisation ayant pris fin en mars 2023 ;

- la situation professionnelle de la requérante ne saurait démontrer l'urgence tandis qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour sur un autre fondement que celui qui lui a été refusé ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de sa décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 4 janvier 2025 sous le numéro 2500012 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 16 janvier 2025 à 15h en présence de Mme Caloone, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Ducoin, représentant Mme B, présente, qui confirme ses écritures en insistant sur l'urgence à suspendre la décision en litige qui la place dans une situation de précarité administrative, n'ayant plus d'hébergement elle est contrainte de faire appel au 115, le versement de son allocation adulte handicapé a été suspendu, sa formation a pris fin et l'ouverture d'un compte bancaire lui a été refusé ; sans prise en charge de ses frais de santé, le professionnel qui assure habituellement son suivi l'obligera à changer de soignant, sachant que beaucoup refuse les patients bénéficiaires de l'aide médicale d'Etat ; si le préfet relève dans son mémoire que son état de santé s'est stabilisé ou amélioré, il s'agit seulement du constat qu'elle n'est plus hospitalisée mais son état rend nécessaire la poursuite des soins, ce que ne conteste pas le préfet ; enfin, elle souligne qu'en 2023, le préfet a estimé que les traitements n'étaient pas disponibles en Iran, alors qu'en 2024 il retient l'inverse sans démontrer l'évolution du système de soin, les documents qu'il a produits sont tous antérieurs à 2023. L'Iran est pourtant frappé, depuis l'adoption des sanctions américaines, par une pénurie de médicaments, au nombre desquels figure la fluoxetine, qui est un antidépresseur.

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h30.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante iranienne née le 11 juillet 1968, est entrée en France le 11 novembre 2021 et a vainement sollicité l'asile. Le 31 octobre 2023, elle a obtenu un premier titre de séjour pour raison de santé valable jusqu'au 30 mai 2024 dont elle a demandé le renouvellement. Par une décision du 5 novembre 2024, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision dont elle a sollicité l'annulation par une requête enregistrée le 4 janvier 2025.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, notamment de l'ancienneté des pièces produites quant à la situation de pénuries de médicaments en Iran, aucun des moyens soulevés par Mme B, tels qu'ils ont été visés et analysés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 5 novembre 2024 du préfet des Pyrénées-Atlantiques refusant de de renouveler son titre de séjour. Par suite, les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'une situation d'urgence. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au ministre de l'intérieur.

Copie pour information sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Fait à Pau, le 29 janvier 2025.

La juge des référés, La greffière,

M. A M. CALOONE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°

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