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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2500264

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2500264

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2500264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS
Avocat requérantBIEHLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2025, et un mémoire complémentaire, enregistré le 25 février 2025, M. B, représenté par Me Gourgues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 janvier 2025 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la préfète n'a pas saisi la commission du titre de séjour et la décision est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur d'appréciation ; il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et la préfète n'a pas suffisamment pris en compte sa situation familiale et personnelle ;

- il est exposé à des risques de traitements inhumain et dégradants en cas de retour en Azerbaïdjan ; sa famille s'est vue reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire le 1er février 2022.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle lui refusant un délai de départ volontaire ;

- la préfète des Landes a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside en France depuis plus de sept ans et que tous ses liens privés et familiaux sont en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2025, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

La préfète fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique de 14h00, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :

- le rapport de M. Pauziès, président ;

- et les observations de Me Gourgues, qui confirme ses écritures et soutient en outre que l'insuffisante motivation des décisions en litige révèle un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B ;

- la préfète des Landes n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 10 novembre 2004, de nationalité azerbaïdjanaise, est entré en France en 2018 avec ses parents selon ses déclarations. Par une décision du 1er février 2022, C nationale du droit d'asile (CNDA) a admis M. B au bénéfice de la protection subsidiaire, alors qu'il était mineur. Cette protection a été maintenue après sa majorité. Par décision du 31 mai 2024, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a mis fin à sa protection subsidiaire, en application du 3° de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le recours de M. B contre cette décision a été rejeté par ordonnance de la CNDA du 11 octobre 2024. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel la préfète des Landes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions sur lesquelles elle se fonde et rappelle que M. B est actuellement détenu en exécution de quatre condamnations pénales, prononcées respectivement par un jugement du tribunal correctionnel de D du 4 janvier 2024, un arrêt de la chambre spéciale des mineurs de C d'appel de D du 11 janvier 2023, un jugement du tribunal correctionnel de D du 5 octobre 2023 et un jugement du tribunal pour enfant de D du 5 avril 2023. La décision attaquée rappelle en outre que M. B est très défavorablement connu des services de police. La décision attaquée fait état de sa situation personnelle et administrative telle qu'il l'a déclarée aux services de la police aux frontières le 28 janvier 2025, et précise qu'il s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire et qu'il a été mis fin à la protection subsidiaire par décision de l'OFPRA du 31 mai 2024. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait.

3. En deuxième lieu, cette motivation ne révèle pas un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B.

4. En troisième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet est tenu de consulter la commission du titre de séjour lorsqu'il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour prévu notamment par les articles L. 423-12 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsqu'il statue sur une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par un étranger justifiant de plus de dix ans de présence sur le territoire. Toutefois, par l'arrêté attaqué, la préfète des Landes n'a refusé à M. B ni la délivrance d'un titre de séjour ni son admission au séjour à titre exceptionnel mais s'est borné à prendre à son encontre, sur le fondement des dispositions du 1°) et du 5°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français au motif qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français et que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. Dès lors, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France, avec ses parents, en 2018 alors qu'il était âgé de 14 ans. Par une décision du 1er février 2022, C nationale du droit d'asile a admis M. B au bénéfice de la protection subsidiaire et cette protection a été maintenue après sa majorité. Par décision du 31 mai 2024, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a mis fin à sa protection subsidiaire, en application du 3° de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le recours de M. B contre cette décision a été rejetée par ordonnance de la CNDA du 11 octobre 2024. M. B fait valoir qu'il a été scolarisé en France, qu'il a trouvé un emploi, qu'il vit en concubinage et que son grand-frère et lui subviennent aux besoins de leurs parents. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant a été condamné à plusieurs reprises, notamment le 4 janvier 2024 par le tribunal correctionnel de D à une peine de treize mois d'emprisonnement assortie de l'interdiction de conduire un véhicule pendant un an pour refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter exposant directement un agent chargé de constater les infractions à un risque de mort ou d'infirmité permanente en récidive légale et conduite d'un véhicule sans permis en récidive légale et le 11 janvier 2023 par la chambre spéciale des mineurs de C d'appel de D à une peine de deux mois d'emprisonnement pour agression sexuelle sur un mineur de plus de quinze ans. Ainsi, son comportement doit être regardé comme constituant une menace à l'ordre public. Compte tenu des conditions de son séjour en France et en dépit de sa durée, la préfète des Landes n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise. Par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues. Pour les mêmes raisons, la préfète des Landes n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

7. En dernier lieu, M. B ne peut utilement invoquer, au soutien de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de la contraindre à retourner vers un pays déterminé, ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles s'opposent à l'éloignement d'un étranger à destination d'un pays dans lequel il établit que sa vie ou sa liberté sont menacées ou qu'il y est exposé à la torture, ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. B n'établit pas être exposé à des traitements inhumains et dégradants, contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour dans son pays d'origine ou vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

9. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui imposent de façon générale le respect d'une procédure contradictoire en préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation, sont inopérantes à l'encontre de la décision contestée dès lors que les dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déterminent l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que des décisions les assortissant. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut, par suite, qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou C nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/ () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

11. Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. M. B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il risque d'être soumis à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des persécutions subies par sa famille du fait des autorités azerbaïdjanaises, persécutions liées aux ressources financières de sa famille qui sont à l'origine de leur départ du pays en 2018 et qui ont justifié leur admission au bénéfice de la protection subsidiaire en 2022. Toutefois, au soutien de ses allégations, M. B n'apporte aucun élément précis permettant de tenir pour établi le caractère réel, personnel et actuel des craintes dont il fait état en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.

13. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs énoncés au point 6.

14. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard de ce qui a été dit au point précédent, que la préfète des Landes aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

16. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment des éléments précis et non stéréotypés concernant la situation personnelle de M. B, est suffisamment motivée.

17. Eu égard à ce qui a été précédemment exposé, notamment aux points 2 et 6, la préfète des Landes n'a pas commis une erreur d'appréciation en prenant à l'encontre du requérant une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence que les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme dont M. B demande le versement à son conseil, sur le fondement desdites dispositions et celles de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gourgues et à la préfète des Landes.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le président,

J-C. PAUZIÈS La greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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