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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2500320

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2500320

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2500320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Pau a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant un arrêté préfectoral du 5 février 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans et une assignation à résidence. Le tribunal a jugé que la décision d’éloignement était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l’article 6-5 de la convention franco-algérienne, en l’absence de liens personnels et familiaux intenses en France. La légalité de l’interdiction de retour et de l’assignation à résidence a été confirmée, cette dernière reposant sur une base légale valide et une adresse exacte. La solution s’appuie sur les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que sur l’accord franco-algérien de 1968.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2025, et des pièces produites le 22 février 2025, M. A B, représenté par Me Harroch, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 5 février 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que, d'autre part, l'arrêté du même jour portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département des Pyrénées-Atlantiques ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques, à titre principal de lui délivrer un certificat de résidence algérien, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer son droit au séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de la convention franco-algérienne ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit sur les quatre critères devant être pris en compte ;

- elle est entaché d'erreur dans l'appréciation de ces critères, et d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il réside à Montreuil, le préfet n'ayant pas tenu compte de cette adresse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Perdu, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 25 février 2025, en présence de la greffière, présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente ou représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né en 1995 en Algérie, de nationalité algérienne, déclare être entrée en France en 2020, sans visa. Par arrêté du 5 février 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par une décision du même jour, cette même autorité a assigné M. B à résidence. Par la présente requête, ce dernier demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire et qu'il lui interdit le retour en France, et de la décision l'assignant à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne et cite expressément, en ce qui concerne la décision obligeant M. B à quitter le territoire français, les articles L. 611-1 et L. 612-2 et 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que M. B a été interpelé le 5 février 2025 en situation irrégulière en France, et qu'il n'a nullement sollicité de délivrance d'un titre de séjour. Ainsi l'arrêté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, n'est pas insuffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que si M. B allègue, dans la présente instance, être entré en France en 2020, il a cependant déclaré lors de son audition après son interpellation du 4 février 2025, vivre à Porto au Portugal où il a déclaré qu'il effectuait des " petits boulots ", et il est ajouté en défense qu'il a précisé qu'il allait rendre visite à un oncle résidant à Montreuil. En outre, il est constant qu'il est célibataire et sans enfant, et que des membres de sa famille résident en Algérie, à savoir ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Aucune méconnaissance des stipulations précitées de l'accord franco-algérien ne peut donc être retenue.

5. En troisième et dernier lieu, au vu de ce qui précède, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle doit être également écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

7. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

8. La décision attaquée se fonde sur l'entrée récente de M. B sur le territoire français, sur la nature de ses liens avec la France, ce dernier ayant déclaré avoir travaillé au Portugal, et sur ses déclarations selon lesquelles il ne se conformerait pas à la mesure l'obligeant à quitter le territoire, M. B ayant déclaré vouloir retourner au Portugal sans justifier qu'il est légalement admissible dans ce pays ou qu'il détient un titre de séjour délivré par les autorités portugaises. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En deuxième lieu, aucune erreur d'appréciation des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant assortie d'aucune précision, et aucune erreur manifeste du préfet dans l'appréciation des conséquences de cette décision d'interdiction de retour en France sur la situation de M. B, qui a déclaré vouloir vivre au Portugal, ne sauraient être accueillies.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :

10. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire () ".

11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision portant assignation à résidence n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale et n'est donc pas dépourvue de base légale.

12. En outre, si le requérant allègue, dans la présente requête, qu'il habite à Montreuil, et produit des pièces notamment des déclarations de revenus en 2022 et en 2023 comportant la mention " M. B chez Ahmed Sedjai, 26 avenue Jean Moulin, 93100 Montreuil " il n'établit pas qu'à la date de la décision en litige il résidait à cette adresse, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré lors de son interpellation le 4 février 2025, ainsi que déjà précisé, qu'il vivait à Porto et se rendait chez un oncle à Montreuil pour lui rendre visite une semaine. Dans ces conditions, le préfet précisant en défense qu'il a été interpelé à Biriatou, le moyen tiré de ce que la décision l'assignant à résidence dans le département des Pyrénées-Atlantiques serait entaché d'une erreur de fait, tel que soulevé, doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, l'ensemble des conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles aux fins de prononcé d'astreintes, doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, une somme que M. B réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

La magistrate désignée,

S. PERDULa greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière,

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