mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2500362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | URGENCES ETRANGERS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 février 2025, Mme D E, représentée par Me Sanchez Rodriguez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2025 par lequel le préfet des Pyrénées-Atlantiques lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'annuler la décision du 11 février 2025 par laquelle cette même autorité l'a assignée à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle est insuffisamment motivée faute de viser l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que des instances judiciaires en cours pour des faits d'agression sexuelle et de viol dans laquelle elle et sa fille mineure sont victimes constituent une circonstance humanitaire susceptible de justifier un droit au séjour ;
- elle méconnaît l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et l'article préliminaire du code de procédure pénale dès lors la mesure d'éloignement nuira au bon déroulé de l'instruction et à l'exercice de ses droits, ainsi que de ceux de sa fille mineure dont elle est la représentante légale, dans le cadre des instances judiciaires précédemment mentionnées ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour le même motif ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant pour le même motif ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de sa fille mineure du fait des instances judiciaires en cours ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle revêt un caractère disproportionné au regard des liens de nature exceptionnelle ou humanitaires qui la lie à la France et est, à ce titre, entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile dès lors qu'il n'existe pas de perspectives raisonnables d'éloignement en raison des procédures judiciaires en cours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relatives aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Sanchez Rodriguez, représentant Mme E qui insiste sur la qualification criminelle du dossier de la fille de Mme E, sur la difficulté matérielle pour cette dernière à pouvoir organiser des entretiens par des moyens de télécommunication audiovisuelle depuis la Colombie, sur ce que la possibilité d'obtenir un visa pour revenir en France dans le cadre de la procédure judiciaire se heurte à l'interdiction de retour sur le territoire français qui a été prononcée à son encontre, sur ce que son absence du territoire français durant la procédure judiciaire nuit à ses droits à avoir un procès équitable et sur ce que la sécurité de l'intéressée et de sa fille ne serait pas garantie en Colombie du fait de la nationalité du l'accusé des faits d'agression sexuelle et de viol également ressortissant colombien ;
- et de Mme E assistée de Mme B, interprète en langue espagnole qui confirme s'être constituée partie civile pour sa fille dans les procédures en cours et qui déclare craindre pour sa sécurité en Colombie en raison de la criminalité et la violence qui y sévit.
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Une note en délibéré présentée pour Mme E a été enregistrée le 24 février 2025.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante colombienne est entrée régulièrement en France au mois de novembre 2021 muni d'un passeport colombien valide jusqu'au 7 septembre 2031. Par arrêté du 11 février 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a fait obligation à Mme E de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, et a prononcé à l'encontre de l'intéressée une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par une décision du même jour, cette même autorité l'a assignée à résidence. M. E demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ".
3. La décision attaquée vise le 1° de de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les éléments communiqués par la requérante lors de son audition le 11 février 2025 par le service interdépartemental de police aux frontières d'Hendaye et se fonde sur ce que la requérante détient un passeport colombien valide jusqu'au 7 septembre 2031, qu'elle se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis plus de trois mois sans avoir entrepris de démarche de régularisation de sa situation administrative et qu'elle ne détient aucun document en cours de validité autorisant son séjour dans un autre Etat de l'espace Schengen.
Il n'en résulte dès lors pas que le préfet des Pyrénées-Atlantiques, qui a tenu compte de la situation personnelle de Mme E telle que cette dernière la lui a décrite lors de son audition n'a pas vérifié le droit au séjour de l'intéressée, en particulier de considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de la déclaration du 26 août 1789 des droits de l'homme et du citoyen : " La loi est l'expression de la volonté générale. (). Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. () ". Le principe d'égalité devant la loi ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des différences de situation susceptibles de la justifier.
5. D'autre part, aux termes de l'article préliminaire du code de procédure pénale : " I. La procédure pénale doit être équitable et contradictoire et préserver l'équilibre des droits des parties () ". Le code de procédure pénale reconnaît à la partie civile le droit d'accéder à la procédure et d'être informée de son déroulement. Il résulte de l'ensemble des dispositions du code de procédure pénale relatives à l'action publique et aux droits de la partie lésée que si le législateur a renforcé, au cours de l'instruction et dans le déroulement du procès pénal, la place et les droits des victimes, les prérogatives dont celles-ci disposent ainsi ne leur sont reconnues que pour concourir à la recherche et à la manifestation de la vérité, indépendamment de la réparation du dommage causé par l'infraction à laquelle tend l'action civile. L'action publique qui peut être mise en mouvement par une partie lésée, dès lors qu'elle peut se prévaloir de l'existence d'un intérêt personnel et direct à cette action, ne peut être exercée que par les seules autorités publiques, au nom et pour le compte de la société. Si le procès pénal peut avoir pour effet de répondre aux attentes des victimes, il a pour objet de permettre à l'État, par la manifestation de la vérité et le prononcé d'une peine, d'assurer la rétribution de la faute commise par l'auteur de l'infraction et le rétablissement de la paix sociale. Par ailleurs, aux termes de l'article 80-3 du code de procédure pénale : " Dès le début de l'information, le juge d'instruction doit avertir la victime d'une infraction de l'ouverture d'une procédure, de son droit de se constituer partie civile et des modalités d'exercice de ce droit. Si la victime est mineure, l'avis est donné à ses représentants légaux. L'avis prévu à l'alinéa précédent indique à la victime qu'elle a le droit, si elle souhaite se constituer partie civile, d'être assistée d'un avocat qu'elle pourra choisir ou qui, à sa demande, sera désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats, en précisant que les frais seront à sa charge, sauf si elle remplit les conditions d'accès à l'aide juridictionnelle ou si elle bénéficie d'une assurance de protection juridique. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a été destinataire d'avis à victime du cabinet de la vice-présidente chargée de l'instruction du tribunal judicaire de Bayonne du 28 octobre 2024 l'informant de ce qu'une information concernant un individu mis en examen du chef d'agression sexuelle, dans laquelle elle est victime, et du chef de viol commis sur un mineur de 15 ans, dans laquelle sa fille mineure est victime, est ouverte et qu'elle a la possibilité de se constituer partie civile pour elle-même ainsi qu'en qualité de représentante légale de sa fille.
En tout état de cause, la décision attaquée n'a d'abord pas pour effet de priver la requérante de la possibilité de défendre ses intérêts, ou ceux de sa fille, en se constituant partie civile dans le cadre des procédures pénales en cours dès lors qu'elle conserve la faculté de se faire représenter, comme le permet l'article 80-3 du code de procédure pénale, par un conseil dans ces procédures judiciaires. Ainsi la seule circonstance que la possibilité de recourir au cours de la procédure pénale, si le magistrat en charge de la procédure ou le président de la juridiction saisie l'estime justifié, à un moyen de télécommunication audiovisuelle puisse être compromise, en particulier à partir du territoire d'un Etat non membre de l'Union européenne, ne suffit pas à remettre en cause des droits de la requérante ou de sa fille. La décision en litige n'a ensuite ni pour objet, ni pour effet de méconnaître le principe d'égalité devant la loi, les droits de la requérante, exercés pour elle-même ou pour sa fille, dans les procédures judiciaires en cours lui étant applicables demeurant identiques qu'elle soit présente sur le territoire français ou qu'elle en soit éloignée. Par ailleurs, la requérante dispose toujours de la faculté, sur le fondement de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la condition de justifier résider hors de France, de solliciter de l'autorité administrative à tout moment l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français et de solliciter et d'obtenir, le cas échéant, un visa pour lui permettre de se rendre en France dans le cadre de sa procédure dans des délais compatibles avec les démarches administratives à conduire. Enfin, si l'intéressée soutient que son éloignement nuirait au bon déroulé de l'instruction, elle n'établit pas de mesures sollicitées par le juge dans le cadre de l'instruction qu'elle ne pourrait exécuter, ni n'étaye cet argument des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, en particulier dans le cadre de la réparation des dommages causés par l'infraction à laquelle tend l'action civile. Dans ces conditions, la décision attaquée ne prive la requérante pour elle-même ou en qualité de représentante légale de sa fille mineure, d'aucun droit qui lui appartient dans le cadre de l'action civile. Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a ni méconnu l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ni n'a porté atteinte à l'exercice des droits de la requérante en qualité de victime, ou de représentant légal de sa fille mineure également victime, garantis par le code de procédure pénale aux parties civiles dans le cadre des procédures pendantes devant le tribunal judicaire de Bayonne.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si Mme E soutient que la décision attaquée porte atteinte à sa vie privée dès lors qu'elle ne pourra exercer ses droits dans le cadre de l'instance judiciaire en cours dans laquelle elle a la qualité de victime, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Si Mme E soutient qu'elle ne pourra exercer, en sa qualité de représentante de sa fille mineure, ses droits dans le cadre de l'instance judiciaire en cours dans laquelle sa fille a la qualité de victime, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, l'intérêt supérieur sa fille n'a pas été méconnue par la décision attaquée. Par suite, cette dernière n'a pas été prise en violation de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise sur le fondement d'une décision faisant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, à supposer, qu'en soutenant que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de sa fille mineure du fait des instances judiciaires en cours, Mme E ait entendu invoquer la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, en tout état de cause, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 et 10.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
14. A supposer qu'en soutenant que sa sécurité et celle de sa fille ne seraient pas assurées en Colombie du fait de la nationalité colombienne du prévenu, actuellement en détention provisoire en France dans le cadre des procédures dans lesquelles elles sont victimes, et de l'insécurité générale sévissant dans ce pays, Mme E ait entendu invoquer la méconnaissance de de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle ne produit aucun élément de preuve au soutien de cette allégation. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L.613-2 du même code : " Les décisions () d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
16. Si la requérante ne s'est pas soustraite à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public, elle ne conteste d'abord pas être entrée en France au mois de novembre 2021 et s'y être maintenue irrégulièrement au-delà de l'expiration du délai de trois mois à compter de son arrivée, et n'allègue ni n'établit être totalement dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. S'il ressort ensuite des pièce du dossier que ses deux enfants inscrits à l'école primaire et maternelle au titre de l'année scolaire 2023-2024, qu'elle a conclu un contrat de travail à durée indéterminée pour exercer les fonctions d'agent de propreté à compter du 20 novembre 2023 à raison de 10 heures par semaine pour lequel elle justifie de bulletins de salaire jusqu'au mois de février 2024, qu'elle a également exercé en parallèle un emploi familial auprès d'un particulier du 1er juillet 2023 au 29 février 2024, et que son époux a travaillé qualité d'ouvrier carrossier au cours des mois de novembre 2024 et janvier 2025, ces circonstances ne caractérisent pas des liens personnels en France singularisés par leur intensité et leur ancienneté. Enfin, la décision attaquée se fonde sur ce que l'examen d'ensemble de la situation de Mme E a été effectué au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce motif atteste donc que le préfet a pris en compte, dans l'examen de la situation de l'intéressé, l'ensemble des critères prévus par cet alinéa. L'existence des procédures judiciaires en cours précédemment mentionnés, dont la requérante n'a aucunement fait état lors de son audition le 11 février 2025 par le service interdépartemental de police aux frontières d'Hendaye, ne permet pas davantage de caractériser l'existence de liens intenses avec la France. Par suite, en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant assignation à résidence :
17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
18. Comme il a été dit au point 6, les procédures judiciaires en cours, qui ne font pas obstacle à l'éloignement de Mme E, ne sont pas de nature à constituer un obstacle à la perspective d'éloignement de cette dernière qui n'allègue ni n'établit que les diligences utiles ne pourraient être réalisées durant la période d'assignation. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme E doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
20. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme E n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance
21. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
22. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par de Mme E doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
Le magistrat désigné
F. A
La greffière
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026