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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2500464

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2500464

vendredi 21 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2500464
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du tribunal administratif de Pau, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, concerne la situation d'un jeune homme se présentant comme mineur isolé étranger, âgé de 17 ans et atteint d'une pathologie hépatique grave. Le juge a rejeté la requête de M. A qui demandait au département des Pyrénées-Atlantiques et à l'État de lui assurer un hébergement d'urgence. La solution retenue se fonde sur l'absence de preuve suffisante de sa minorité, l'évaluation sociale ayant conclu qu'il ne pouvait relever de la protection de l'enfance, et sur le fait que l'État justifiait avoir mis en œuvre les moyens nécessaires pour faire face à la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence, en application des articles L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et L. 521-2 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2025, M. C A, représenté par Me Gourgues, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques de l'orienter vers un hébergement, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Atlantiques de l'orienter vers un hébergement d'urgence, dans l'attente de la décision du juge des enfants dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques ou de l'Etat le paiement, au profit de son conseil, de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée dès lors qu'il est un mineur isolé sur le territoire français, âgé de 17 ans, vivant dans la rue dans des conditions précaires, alors même qu'il souffre de problèmes de santé importants nécessitant une prise en charge spécialisée au sein du centre hospitalier de Pau ; il a été diagnostiqué porteur d'une hépatite B à un stade très avancé et présente une complication de type cirrhose hépatique ;

- il incombe au département des Pyrénées-Atlantiques de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés à l'aide sociale à l'enfance ; la carence du département dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ;

- il appartient au juge des référés, lorsqu'il lui apparaît que l'appréciation portée par le département sur l'absence de qualité de mineur isolé de l'intéressé est manifestement erronée, et que ce dernier est confronté à un risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité, d'enjoindre au département d'organiser puis de poursuivre son accueil provisoire dans une structure adaptée à son âge ;

- il produit une copie de son acte de naissance ; le jugement supplétif qu'il produit est une présomption en faveur de sa minorité ;

- son récit sur les motifs de son départ est cohérent ; l'appréciation portée par le conseil départemental sur son absence de minorité est manifestement erronée ;

- à titre subsidiaire, il entre dans les prévisions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et il existe une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence compte tenu de sa situation médicale.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2025, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'obligation de moyen qui pèse sur l'Etat a été respectée ; alors que le parc d'hébergement d'urgence est passé dans le département des Pyrénées-Atlantiques de 139 places en 2018 à 289 places en 2023, et que le parc d'hébergement des demandeurs d'asile a augmenté de 200 % depuis 2015, l'Etat a recours aux hébergements hôteliers pour répondre au mieux aux besoins les plus urgents ; la demande d'hébergement dans le département est en constante augmentation depuis 10 ans ce qui conduit à une sur sollicitation du 115 et pour la seule période du 10 au 16 février 2025, 347 personnes qui ont sollicité le 115 n'ont pas pu être pris en charge dont 291 à cause de la saturation du dispositif d'hébergement ; M. A a ainsi été régulièrement hébergé, dans la limite des places disponibles ;

- d'autre part, M. A a été hébergé à sept reprises entre le 30/12/2024 et le 11/02/2025 et vient d'être orienté par le 115 vers un hébergement d'urgence au sein de la structure l'Estanguet à Pau à compter du 19 février jusqu'au 23 février 2025 ; ainsi, la situation du requérant ne caractérise pas une carence de l'Etat dans la mise en œuvre de l'accès à l'hébergement d'urgence, comparée à la situation de personnes encore plus vulnérables, dans le contexte de saturation des hébergements d'urgence ;

- il a été mis fin à l'accueil provisoire d'urgence de M. A à compter du 27 décembre 2024 car le rapport d'évaluation sociale en date du 10 décembre 2024 émet un doute quant à sa minorité ; sa requête auprès du Tribunal judiciaire de Pau tendant à sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance a été déposée le 12 février 2025.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2025, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la décision par laquelle il a refusé de prendre en charge M. A est fondée, en raison des incohérences de son récit et dès lors qu'il n'est pas possible de conclure à sa minorité ; la présomption de minorité a été contredite par l'évaluation pluridisciplinaire menée par l'association Isard Cos qui conclut que M. A " au vu des éléments recueillis lors de cette évaluation, des observations et des recherches () ne puisse pas relever de la protection de l'enfance au titre de la minorité " ; en outre, la chronologie qui ressort des propos de M. A lors de l'évaluation remet en cause ses motivations ; la demande de jugement supplétif laisse penser que le départ était prévu dès le 24 juillet ; de plus, s'il disposait de documents d'identité prouvant sa minorité pour prendre l'avion il aurait pu les produire lors de son évaluation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 20 novembre 2019 pris en application de l'article R. 221-11 du code de l'action sociale et des familles relatif aux modalités de l'évaluation des personnes se présentant comme mineures et privées temporairement ou définitivement de la protection de leur famille ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Madelaigue, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 février à 9 heures, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Madelaigue,

- les observations de Me Gourgues, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ; elle rappelle les motifs migratoires de M. A, souligne que l'évaluation de la minorité du requérant ne conclut à aucune certitude quant à sa majorité, et indique qu'une présomption de minorité doit s'appliquer d'autant que sont produits un jugement supplétif ainsi qu'un extrait d'état civil corroborant la date de naissance de M. A le 16 janvier 2008, alors qu'il n'existe plus de service consulaire en Guinée qui procède à la légalisation, ce qui ne saurait être reproché au requérant ; à titre subsidiaire, en raison de son état de santé, une hépatite B étant diagnostiquée ainsi qu'une suspicion de cancer pour lequel des examens sont en cours, il entre dans les prévisions de l'article L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles afin d'être hébergé et de ne pas dormir dehors ;

- les observations de Mme B, responsable juridique, qui rappelle les conditions dans lesquelles le département a pris en charge M. A à son arrivée à Pau, puis la fin de cette prise en charge en raison de la chronologie de l'établissement des documents produits par rapport à son départ de Guinée et de l'évaluation complète de sa minorité dont la conclusion en faveur de la majorité de M. A est clairement affirmée et n'est nullement manifestement erronée ; elle ajoute qu'une prise en charge par la permanence d'accès aux soins de santé pour les jeunes malades serait plus adaptée.

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A d'origine guinéenne déclare être né le 16 janvier 2008, et être arrivé à Pau le 14 novembre 2024 date à laquelle il a été pris en charge par les services du département des Pyrénées-Atlantiques. Il a fait l'objet d'une mise à l'abri dans l'attente de son entretien d'évaluation sociale. Par une décision du 27 décembre 2024, le conseil départemental a décidé de mettre fin à sa prise en charge, au vu de cette évaluation, au motif que sa minorité n'était pas avérée. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre, au département des Pyrénées-Atlantiques à titre principal ou à l'Etat à titre subsidiaire, d'assurer dans un délai de vingt-quatre heures son hébergement dans une structure adaptée.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. " Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu d'admettre à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

En ce qui concerne la demande principale :

4. L'article 375 du code civil dispose que : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public () ". Aux termes de l'article 375-3 du même code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article 375-5 de ce code : " A titre provisoire mais à charge d'appel, le juge peut, pendant l'instance, soit ordonner la remise provisoire du mineur à un centre d'accueil ou d'observation, soit prendre l'une des mesures prévues aux articles 375-3 et 375-4. / En cas d'urgence, le procureur de la République du lieu où le mineur a été trouvé a le même pouvoir, à charge de saisir dans les huit jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou rapportera la mesure. () ".

5. L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () / ; 3° Mener en urgence des actions de protection en faveur des mineurs mentionnés au 1° du présent article ; / 4° Pourvoir à l'ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation () ". L'article L. 222-5 du même code dispose que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ". L'article L. 223-2 de ce code dispose que : " Sauf si un enfant est confié au service par décision judiciaire ou s'il s'agit de prestations en espèces, aucune décision sur le principe ou les modalités de l'admission dans le service de l'aide sociale à l'enfance ne peut être prise sans l'accord écrit des représentants légaux ou du représentant légal du mineur ou du bénéficiaire lui-même s'il est mineur émancipé. / En cas d'urgence et lorsque le représentant légal du mineur est dans l'impossibilité de donner son accord, l'enfant est recueilli provisoirement par le service qui en avise immédiatement le procureur de la République. / () Si, dans le cas prévu au deuxième alinéa du présent article, l'enfant n'a pas pu être remis à sa famille ou le représentant légal n'a pas pu ou a refusé de donner son accord dans un délai de cinq jours, le service saisit également l'autorité judiciaire en vue de l'application de l'article 375-5 du code civil ". L'article R. 221-11 du même code dispose que : " I. - Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence d'une durée de cinq jours, à compter du premier jour de sa prise en charge, selon les conditions prévues aux deuxième et quatrième alinéas de l'article L. 223-2. / II. - Au cours de la période d'accueil provisoire d'urgence, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires en vue d'évaluer la situation de cette personne au regard notamment de ses déclarations sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. () / IV. - Au terme du délai mentionné au I, ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental saisit le procureur de la République en vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-2 et du second alinéa de l'article 375-5 du code civil. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I se prolonge tant que n'intervient pas une décision de l'autorité judiciaire. / S'il estime que la situation de la personne mentionnée au présent article ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions des articles L. 222-5 et R. 223-2. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I prend fin ".

6. Aux termes de l'article L. 221-2-4 du code de l'action sociale et des familles : " I. -Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence. / II. -En vue d'évaluer la situation de la personne mentionnée au I et après lui avoir permis de bénéficier d'un temps de répit, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires au regard notamment des déclarations de cette personne sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. / L'évaluation est réalisée par les services du département. Dans le cas où le président du conseil départemental délègue la mission d'évaluation à un organisme public ou à une association, les services du département assurent un contrôle régulier des conditions d'évaluation par la structure délégataire. / () / Il statue sur la minorité et la situation d'isolement de la personne, en s'appuyant sur les entretiens réalisés avec celle-ci, sur les informations transmises par le représentant de l'Etat dans le département ainsi que sur tout autre élément susceptible de l'éclairer. / () / V.- Les modalités d'application du présent article, notamment des dispositions relatives à la durée de l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I et au versement de la contribution mentionnée au IV, sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". L'article R. 221-11 du même code dispose que : " I. - Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence d'une durée de cinq jours, à compter du premier jour de sa prise en charge, selon les conditions prévues aux deuxième et quatrième alinéas de l'article L. 223-2. / II. - Au cours de la période d'accueil provisoire d'urgence, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires en vue d'évaluer la situation de cette personne au regard notamment de ses déclarations sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. () / IV. - Au terme du délai mentionné au I, ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental saisit le procureur de la République en vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-2 et du second alinéa de l'article 375-5 du code civil. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I se prolonge tant que n'intervient pas une décision de l'autorité judiciaire. / S'il estime que la situation de la personne mentionnée au présent article ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions des articles L. 222-5 et R. 223-2. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I prend fin ". L'article R. 223-2 du même code dispose que les décisions de refus de prise en charge sont motivées et mentionnent les voies et délais de recours.

7. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux autorités du département des Pyrénées-Atlantiques, le cas échéant dans les conditions prévues par la décision du juge des enfants ou par le procureur de la République ayant ordonné en urgence une mesure de placement provisoire, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu'un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et que sa santé, sa sécurité ou sa moralité est en danger. Lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

8. Si le président du conseil départemental ne peut, en aucun cas, décider d'admettre un mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire l'ait ordonné, sur sa saisine ou à la suite d'une requête de la personne concernée fondée sur les dispositions de l'article 375 du code civil, il appartient au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de poursuivre son accueil provisoire lorsqu'il lui apparaît que l'appréciation qu'elle a portée sur l'absence de qualité de mineur isolé de cette personne est manifestement erronée et que celle-ci est confrontée à un risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité.

9. Enfin, selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

10. M. A déclare être un ressortissant guinéen, né le 16 janvier 2008 et être âgé de 17 ans. A l'appui de ses allégations, il produit un jugement supplétif d'acte de naissance, et une copie d'extrait d'acte de naissance, dont l'original n'a pas été transmis, se fondant sur ce jugement supplétif. Le conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques oppose que ces documents ne comportent aucun élément permettant de les relier sans ambiguïté à M. A et que leur contenu apparaît contradictoire avec ses déclarations au cours de ses entretiens réalisés dans le cadre de l'évaluation de sa minorité et de son isolement dès lors qu'il indiquait lors de son évaluation que sa mère détenait un acte de naissance qu'il n'a pas produit, que le jugement supplétif n'indique pas le décès de son père contrairement à ce qui a été dit lors de l'évaluation et que M. A n'a pas mentionné le 1er enfant de sa mère alors que le jugement indique qu'il est son deuxième enfant. Le rapport d'évaluation en date du 10 décembre 2024 réalisé à l'issue d'entretiens avec deux évaluateurs, constate par ailleurs, que " s'il évoque une cause de départ qui nous parait tout à fait authentique et personnalisée. En revanche, il livre un parcours migratoire flou et s'énerve lorsque nous essayons d'avoir plus d'informations. Ce comportement nous laisse penser qu'il n'est pas authentique dans l'ensemble de ses déclarations et qu'il pourrait laisser, volontairement, une part d'ombre pour masquer d'autres aspects de son histoire. ", avant de conclure que les éléments recueillis ne permettent pas de caractériser la minorité de l'intéressé. Le département ajoute que la chronologie qui ressort des propos de M. A lors de l'évaluation remet en cause ses motivations et laisse penser que le départ était prévu dès le 24 juillet, en indiquant que le 25 juin 2024, il entre dans une école coranique dans laquelle il dit être resté deux mois, que le 24 juillet 2024, une requête en jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance est déposée devant le tribunal de première instance de Dixinn, que le 25 août, il est emprisonné pendant un mois et 10 jours car son maître coranique aurait découvert qu'il avait des relations sexuelles avec sa fille à la suite desquelles elle serait tombée enceinte, que le 5 octobre 2024, il est libéré et passe deux semaines et quelques jours à Conakry et enfin, que les 23 et 25 octobre le jugement supplétif est transcrit puis légalisé avant qu'il ne quitte la Guinée en avion mais sans produire de document d'identité en arrivant à Pau le 9 novembre 2024. Aucun des éléments retenus par les services du département pour conclure que M. A n'établissait pas être mineur, ce qu'il appartiendra au juge des enfants, saisi par M. A le 12 février 2025, de déterminer, ne révèle d'erreur manifeste d'appréciation. En particulier, la seule copie d'un acte de naissance établi dans des conditions présentant certaines incohérences avec les déclarations de M. A, et qui n'a pas été légalisée par les services diplomatiques français en Guinée, alors que M. A ne produit pas non plus d'autre document officiel pourvu d'une photographie susceptible d'établir un lien entre sa personne et l'acte d'état-civil qu'il produit, ne peut, en l'absence de tout autre élément d'état civil probant, suffire à établir une telle erreur. Enfin, il est constant que le juge des enfants, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article 375 du code civil, ne s'est pas encore prononcé sur sa demande et n'a pas davantage, à ce jour, ordonné l'une des mesures prévues à l'article 375-3 du code civil, notamment en le confiant provisoirement à un service d'aide sociale à l'enfance ainsi que l'article 375-5 du même code le lui permet. Dans ces conditions, l'appréciation portée par le département des Pyrénées-Atlantiques sur l'absence de qualité de mineur isolé de M. A n'apparaît pas, en l'état de l'instruction manifestement erronée et ne révèle, à la date de la présente ordonnance, au vu de la situation de l'intéressé, pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

En ce qui concerne la demande subsidiaire :

11. En vertu de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles, est mis en place, dans chaque département, sous l'autorité du préfet, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. L'article L. 345-2-2 de ce code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de son article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

12. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

13. M. A fait valoir qu'il présente une vulnérabilité particulière en se prévalant d'un certificat médical, établi le 16 janvier 2025 par le médecin responsable de la permanence d'accès aux soins et santé du centre hospitalier de Pau, indiquant qu'il présente une hépatite B découverte sur un bilan sanguin, avec des signes cliniques et biologiques très graves et qu'il présente déjà une complication de type cirrhose hépatique. Ce certificat ajoute que suite aux résultats de fibroscan montrant une fibrose hépatique F4, il reçoit un traitement par Entecavir et que d'autres explorations sont en attente, notamment à la recherche d'hépatocarcinome, lésion cancéreuse fréquente dans ce type de pathologie à ce stade. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment de ce certificat médical que le requérant bénéficie de soins adaptés à son état de santé pris en charge par la permanence d'accès aux soins de santé pour les jeunes malades. Par ailleurs, pour regrettable que soit une telle situation, il est constant que malgré les efforts importants de l'administration pour accroitre les capacités d'hébergement d'urgence à Pau et dans le département, ces capacités ne suffisent pas à satisfaire l'ensemble des demandes en constante augmentation depuis 10 ans et que pour la seule période du 10 au 16 février 2025, 347 personnes qui ont sollicité le 115 n'ont pas pu être pris en charge, dont 291 à cause de la saturation du dispositif d'hébergement. L'absence de proposition immédiate au bénéfice de M. A, ne révèle pas, compte tenu de la présence de familles encore plus vulnérables dans un contexte de saturation des hébergements d'urgence, une situation justifiant que soit ordonné, au motif d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'hébergement d'urgence, de prendre les mesures pour mettre à l'abri ce jeune-homme. Au demeurant, le requérant a bénéficié de nuitées à sept reprises entre le 30/12/2024 et le 11/02/2025 et vient également d'être orienté par le 115 vers un hébergement d'urgence au sein de la structure l'Estanguet à Pau à compter du 19 février jusqu'au 23 février 2025.

14. Il s'ensuit et sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur l'urgence, que les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A dirigées à l'encontre du conseil départemental et du préfet des Pyrénées-Atlantiques doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, au préfet des Pyrénées-Atlantiques et à Me Gourgues.

Fait à Pau, le 21 février 2025

La juge des référés,

F. MADELAIGUE

La greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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