jeudi 25 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2502629 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TREBESSES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2025, le préfet des Landes demande au juge des référés, saisi en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir de Mme C et de son enfant mineur, de l'appartement du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par le groupe SOS Solidarités, 13 place des Chênes verts à Biscarrosse ;
2°) d'autoriser, passé ce délai, le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation des lieux de l'intéressée et de donner toutes instructions utiles au groupe SOS Solidarités, afin d'évacuer les biens meubles se trouvant dans les lieux, à ses frais et risques, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies du fait de son refus de quitter le lieu d'hébergement qu'elle occupe et de son obstruction à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile au centre d'accueil des demandeurs d'asile, laquelle compromet le bon fonctionnement du service public ;
- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors qu'elle se maintient illégalement dans le centre d'accueil pour demandeurs d'asile sans fondement juridique et sans justification utile ;
- il n'est justifié d'aucune circonstance exceptionnelle justifiant que soit mis à sa charge le soin de trouver un hébergement d'urgence ; l'intéressée a été informée de la possibilité de solliciter auprès de l'OFII le bénéfice d'un hébergement et d'une prise en charge par le centre de préparation au retour, et y a opposé son refus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2025, Mme C, représentée par Me Trebesses, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de trois mois soit accordé à Mme C pour quitter le logement qu'elle occupe et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de la loi du 10 juillet 1991.
Elle fait valoir que :
- le préfet ne justifie pas de la compétence du signataire de la requête en référé mesure utiles ;
- le préfet ne démontre pas l'urgence et l'utilité de la mesure d'expulsion ;
- la requête se heurte à une contestation sérieuse, dès lors qu'il appartient à la préfecture de justifier de la compétence du signataire de la lettre de mise en demeure qui lui a été adressée ; son droit au logement doit être garanti ; elle est isolée et ne bénéficie d'aucun soutient amical ou familial.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience, le rapport de M. Pauziès, juge des référés.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet des Landes demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme C, de l'appartement du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), 13 place des Chênes verts à Biscarrosse, au besoin avec le concours de la force publique.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Par un arrêté du préfet des Landes du 22 avril 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°40-2025-106 du même jour, Mme Stéphanie Monteuil, secrétaire générale de la préfecture des Landes, et signataire de la requête introductive d'instance, bénéficiait d'une délégation à l'effet de signer notamment les requêtes juridictionnelles et mémoires en défense concernant les attributions de l'Etat dans le département des Landes. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par Mme C et tirée de l'incompétence de la signataire de la requête doit être écartée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ".
4. D'autre part, l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
5. Enfin, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'un demandeur d'asile hébergé durant le temps d'instruction de sa demande d'asile mais dont l'hébergement a pris fin dans les conditions prévues à l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
7. Par ailleurs, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent prétendre à un accueil dans une structure d'hébergement, sauf circonstances exceptionnelles le justifiant.
8. En premier lieu, et d'une part, le 22 février 2023, Mme C et son enfant mineur ont été admis dans un appartement du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA), géré par le Groupe SOS Solidarités le temps de l'instruction de sa demande d'asile. Il résulte de l'instruction que par une décision du 31 juillet 2023 notifiée le 4 août suivant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de Mme C. Cette décision a ensuite été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 26 avril 2024 notifiée le 6 mai suivant. Il résulte également de l'instruction que par un courrier en date du 8 juillet 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé Mme C que sa demande d'asile avait fait l'objet d'une décision définitive défavorable et qu'elle devrait quitter l'hébergement qui lui était jusqu'alors accordé au sein du CADA des Grands Lacs. Par une lettre du 23 juillet 2025 la directrice du CADA des Grands Lacs lui a enjoint de quitter l'hébergement dans un délai de 15 jours. Enfin, par une lettre du 23 juillet 2025, notifiée le 28 juillet suivant et restée infructueuse, le préfet des Landes a mis en demeure Mme C de quitter les lieux dans un délai de quinze jours suivant notification. Par ailleurs, par arrêté du 27 novembre 2024, notifié le 4 décembre 2024, Mme C s'est vu délivrer une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours.
9. D'autre part, l'arrêté du préfet des Landes du 22 avril 2025 cité au point 2, donne également délégation de signature à Mme A à l'effet de signer notamment les correspondances et les documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes, parmi lesquels ne figurent pas les lettres de mise en demeure. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la mise en demeure datée du 23 juillet 2025 ne peut qu'être écarté.
10. Enfin, la circonstance que l'état de santé du fils Mme C nécessiterait un suivi médical, ne remet pas en cause le caractère d'urgence et d'utilité de la mesure sollicitée, laquelle n'a ni pour objet ni pour effet d'entraver ce suivi. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la demande de Mme C auprès de la préfecture des Landes pour bénéficier du dispositif de parcours de sortie de la prostitution a été rejetée par décision de la préfète des Landes du 24 janvier 2025. Pour l'ensemble de ces raisons, dès lors que, comme il a été dit, Mme C ne remplit plus les conditions pour se maintenir dans le logement qu'elle occupe, la mesure sollicitée ne rencontre aucune contestation sérieuse.
11. En deuxième lieu, compte tenu de la situation de tension élevée relevée par la préfète dans ses écritures quant aux places disponibles dans les diverses structures d'accueil des demandeurs d'asile dans le département des Landes, le maintien de l'intéressée dans le centre d'accueil pour demandeurs d'asile dénommé Grands Lacs fait obstacle au bon fonctionnement du service public et présente ainsi un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. Contrairement à ce que fait valoir Mme C dans ses écritures en défense, l'urgence à prononcer la mesure utile sollicitée est suffisamment démontrée par les données chiffrées actualisées fournies par le préfet des Landes alors que l'état de saturation du dispositif d'hébergement est de notoriété publique et que rien au dossier ne permet de penser que les indications fournies par le préfet seraient inexactes.
12. Il y a dès lors lieu, dans ce contexte, d'ordonner à Mme C de quitter le logement qu'elle occupe avec son fils au centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 13 place des Chênes verts à Biscarrosse, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, délai fixé compte tenu des circonstances de l'espèce, en particulier de la circonstance que Mme C se maintient dans son logement depuis le 1er octobre 2023. A défaut pour Mme C d'avoir quitté les lieux dans le délai ainsi prescrit, le préfet des Landes est autorisé à procéder à son évacuation forcée des lieux. Il y a lieu en outre d'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement concerné afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C, à défaut pour cette dernière de les avoir emportés.
Sur les conclusions présentées à titre reconventionnel par la défenderesse :
13. Mme C demande, à titre subsidiaire, par voie reconventionnelle, que lui soit octroyé un délai de trois mois de sursis pour son expulsion. Toutefois, il n'appartient au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'accorder au défendeur, en dehors de dispositions expresses en ce sens, un délai pour l'exécution de la mesure d'expulsion d'un hébergement affecté, en vertu des articles L. 552-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'accueil temporaire des demandeurs d'asile. Ces conclusions ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme C, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de libérer les lieux qu'elle occupe dans le centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par le groupe SOS Solidarités, situé au 13 place des Chênes verts à Biscarrosse.
Article 2 : Le préfet des Landes est autorisé à procéder, à l'issue de ce délai, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de Mme C et à donner toutes instructions au gestionnaire de centre d'accueil afin de débarrasser les lieux des biens et meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme C, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Article 3 : Les conclusions de Mme C présentées à titre reconventionnel ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, au préfet des Landes et à Mme B C.
Fait à Pau, le 25 septembre 2025.
Le juge des référés,
J-C. PAUZIÈS
La greffière,
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2502629
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026