mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204416 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ZIMMERMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Zimmermann, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée de défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle n'a pas été entendue par les services de la préfecture avant l'intervention de la décision attaquée ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision portant assignation à résidence est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée de défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Brodier, magistrate désignée ;
- les observations de Me Zimmermann, avocate de Mme C, absente à l'audience, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, souligne que cela fait vingt ans que l'intéressée réside en France, qu'elle est mère de deux enfants nés en France, que leur père est réfugié, soulève le nouveau moyen tiré de ce qu'elle ne représente aucune menace à l'ordre public, la préfecture ne donnant aucune information quant à la poursuite de la dernière infraction qui lui est reprochée, tandis que les autres infractions mentionnées figurent uniquement au fichier TAJ, ce qui ne permet pas de savoir si elle y a été visée en tant qu'auteur et dans ce cas quel a été l'issue de la procédure ou bien si elle était concernée comme victime, soulève également le nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et conteste enfin l'absence d'assignation à résidence à son domicile personnel.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
1. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
3. Pour faire obligation de quitter le territoire à Mme C, le préfet du Haut-Rhin s'est fondé notamment sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que le comportement de l'intéressée était de nature à menacer l'ordre public. Toutefois, le seul placement en garde à vue de la requérante le
4 juillet 2022 pour des faits de violences volontaires sur conjoint en présence de mineurs ne suffit pas à établir l'existence de cette menace. Par ailleurs, ainsi que la requérante le soutient, il n'est pas établi qu'elle aurait été condamnée pour les faits dont se prévaut le préfet dans la décision attaquée, de recel en mai 2011 à Lille et de vols simples en février 2017. Quant aux autres infractions évoquées dans le mémoire en défense, les signalements figurant dans les fichiers des services de police ne sont pas plus, en l'absence de condamnation, de nature à établir que Mme C constituerait une menace pour l'ordre public. Ainsi, la requérante est fondée à soutenir que le préfet du Haut-Rhin a fait une inexacte application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Par ailleurs, le préfet du Haut-Rhin, qui a également fondé la mesure d'éloignement sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'établit pas que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire auraient été définitivement refusés à Mme C. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision d'éloignement à l'encontre de la requérante s'il s'était fondé uniquement sur les dispositions de ce 4° de l'article L. 611-1.
5. En second lieu, et au surplus, il ressort des pièces produites par la préfecture du Haut-Rhin que Mme C, qui est âgée de 29 ans, est entrée sur le territoire français le 22 février 2002, à l'âge de 9 ans, qu'elle a bénéficié d'un document de circulation pour mineur le 28 avril 2008, puis s'est vu délivrer par la préfecture du Nord une carte de séjour le 22 mars 2011, renouvelée jusqu'au 16 septembre 2016, la préfecture du Haut-Rhin lui délivrant ensuite des récépissés de carte de séjour jusqu'au 19 février 2018. Il ressort de la décision attaquée qu'après avoir résumé ces éléments du dossier administratif de Mme C, le préfet du Haut-Rhin s'est borné à constater qu'elle était en situation irrégulière sur le territoire français depuis 2018 et à considérer qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à ses droits ainsi qu'à sa vie familiale et privée au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, dès lors qu'elle était sans ressources légales, ne démontrait pas être dépourvue d'attaches familiales en Bosnie et ne justifiait pas de la continuité de son séjour sur le territoire français depuis 2018. Il ressort pourtant de l'audition de la requérante le 5 juillet 2022 par la direction interdépartementale de la police aux frontières que celle-ci a indiqué qu'elle vivait en concubinage avec le père de ses enfants, lequel est titulaire d'une carte de résident en cours de validité, qu'elle a précisé les identités et dates de naissance de leurs deux enfants, a mentionné les autres membres de sa famille vivant en France, qu'elle a également donné des indications sur ses conditions d'existence à Mulhouse, faisant état du bail dont son compagnon est titulaire, de ce qu'elle est sans emploi et s'occupe de ses enfants, et a enfin exposé les difficultés qu'elle a rencontrées à partir de 2018 pour faire renouveler son titre de séjour. Compte tenu des observations, nombreuses et cohérentes, qu'elle a présentées lors de son audition, Mme C est fondée à soutenir que la décision attaquée, qui n'en tient aucunement compte, est entachée de défaut d'examen particulier de sa situation familiale et personnelle en France.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés dans la requête ou lors de l'audience, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour pour une durée d'un an ainsi que de l'arrêté du 5 juillet 2022 prononçant son assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
8. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Haut-Rhin, en application des dispositions précitées, de réexaminer la situation de Mme C et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu de lui impartir un délai de deux mois à compter de la notification du jugement pour ce faire.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".
10. Mme C étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de l'intéressée à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Zimmermann, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Zimmermann de la somme de 900 euros HT.
D E C I D E :
Article 1 : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du 5 juillet 2022 par lesquels le préfet du Haut-Rhin a fait obligation de quitter le territoire à Mme C sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 900 (neuf cents) euros HT à Me Zimmermann, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Mme C soit admise définitivement à l'aide juridictionnelle et que Me Zimmermann renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Zimmermann et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.
La magistrate désignée,
H. A,
première conseillèreLe greffier,
C. Bohn
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604050
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par Mme C..., ressortissante afghane, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 22 avril 2026 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision était légale au regard de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui prévoit un refus en cas de demande de réexamen d’asile. Il a considéré que la motivation était suffisante, que la vulnérabilité de la requérante avait été prise en compte, et que l’OFII n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.
01/06/2026