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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303208

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303208

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303208
TypeDécision
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 10 mai 2023, M. A B, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an lui a fait obligation de remise de son passeport et de présentation au commissariat central de Colmar et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

2°) de suspendre l'exécution de la mesure jusqu'à la date de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, à défaut de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de remise de l'original du passeport et l'obligation de pointage :

- ces décisions ne sont pas proportionnées dès lors que son identité n'est pas contestée et que son adresse est connue ;

- ces décisions seront annulées par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Sur l'assignation à résidence :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée le 10 mai 2023, Mme F B, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an au commissariat central de Colmar et l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

2°) de suspendre l'exécution de la mesure jusqu'à la date de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, à défaut de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée à cet effet ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de remise de l'original du passeport et l'obligation de pointage :

- ces décisions ne sont pas proportionnées dès lors que son identité n'est pas contestée et que son adresse est connue ;

- ces décisions seront annulées par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Sur l'assignation à résidence :

- cette décision sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E D en application de l'article

L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Iggert, magistrat désigné ;

-les observations de Me Schweitzer, avocate de M. et Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

-les observations de M. et Mme B, assistés de Mme G, interprète en langue serbe, qui font état des difficultés rencontrées dans leur pays d'origine.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants serbes, sont entrés en France le

26 septembre 2022 et ont sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Leur demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le

29 décembre 2022. Par deux arrêtés du 9 mai 2023, le préfet du Haut-Rhin leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par des arrêtés du même jour, le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence. M. et Mme B en demandent l'annulation.

2. Les requêtes susvisées, n° 3203208 et 2303214 sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers et présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la légalité des obligations de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 27 mars 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme I C, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de M. J H, directeur de la réglementation, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. H n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions manque en fait.

2. En deuxième lieu, la décision attaquée fait apparaître les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier et des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. et Mme B.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Les requérants se prévalent de la durée de leur présence en France et des liens qu'ils y ont noués. Toutefois, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, M. et Mme B, réside en France depuis quelques mois seulement à la date des décisions attaquées. Ils n'établissent pas être dépourvus de toute attache dans leurs pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie, et n'apportent aucun élément justifiant des liens qu'ils auraient noués sur le territoire français. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de séjour des intéressés sur le territoire français, le préfet du Haut-Rhin, en adoptant les décisions attaquées, n'a pas porté au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel lesdites décisions ont été prises. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité des décisions fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Les requérants indiquent que M. B aurait été victime de propos racistes proférés par un individu en raison de son appartenance à la communauté rom et de violences physiques commises par ce même individu et deux autres personnes. Ces évènements les auraient conduits à fuir leur pays d'origine. Ils n'apportent toutefois aucun élément précis à l'appui de ces déclarations et n'évoquent pas les motifs qui les auraient empêchés de demander la protection des autorités serbes, alors au surplus que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

Sur la légalité des interdictions de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les obligations de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tiré de ce que les interdictions de retour sur le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, en se bornant à évoquer les liens qu'ils auraient noués en France, les requérants, qui n'établissent pas la réalité de ces liens ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litige seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle. Ainsi, par les moyens qu'ils invoquent, les conclusions tendant à l'annulation de ces décisions doivent être écartés.

Sur la légalité des décisions portant obligation de remise de l'original du passeport et de présentation une fois par semaine aux services de gendarmerie

10. La décision par laquelle le préfet astreint un étranger à une obligation de présentation et de remise de son passeport ou d'une pièce d'identité tend à assurer qu'il accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui a été imparti en vue de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Ainsi, en imposant aux requérants de remettre leurs passeports et de se présenter une fois par semaine aux services de police, le préfet du Haut-Rhin a fait une exacte application des dispositions en cause, nonobstant la circonstance que l'identité des requérants est connue et qu'ils disposent d'une adresse stable.

Sur la demande de suspension de l'exécution des décisions obligeant M. et Mme B à quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

12. Les requérants ne se prévalent d'aucun autre élément pour demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement que ceux qu'ils ont présenté au soutien des conclusions à fin d'annulation. Pour les motifs exposés aux points précédents, les intéressés n'apportent aucun élément de nature à justifier leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 9 mai 2023 en litige et la suspension des obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme F B, à Me Schweitzer et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

Le magistrat désigné,

J. DLe greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision., 2303214

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