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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307318

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307318

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307318
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSABATAKAKIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2023, et des pièces du 23 octobre 2023, M. G H, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a ordonné son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle se fonde sur une décision illégale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Merri en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merri, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Sabatakakis, avocate de M. H, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute que la présence de M. H ne représente aucune menace pour l'ordre public, que le requérant a vainement tenté de régulariser son séjour sur le territoire, qu'il a déclaré être atteint d'un handicap lors de son audition du 11 octobre 2023, et que le préfet, qui n'a pas saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a ainsi méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. I B, chargé de contentieux au sein du service de l'immigration et de l'intégration, en cas d'absences ou d'empêchements simultanés de M. L J, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, de M. A C, chef du service de l'immigration et de l'intégration, de Mme E D, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration et de Mme K F, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mmes D et F et MM. J et C n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de signature des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu. En l'espèce, il ressort des termes du procès-verbal d'audition du 11 octobre 2023 que le requérant a été expressément mis à même de faire valoir ses observations sur la perspective d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'un défaut d'examen, d'erreur de fait voire d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, en ce que le préfet du Haut-Rhin n'a pas pris en compte son état de santé, il ressort des termes mêmes du procès-verbal d'audition par les services de police en date du 11 octobre 2023 que le requérant a indiqué ne pas souffrir de problèmes de santé. Si l'intéressé a spontanément déclaré être handicapé d'une jambe, il a précisé que cela ne l'empêchait pas de travailler. Dans ces conditions, M. H, qui ne peut être regardé comme ayant sollicité une protection contre l'éloignement, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, ni le défaut d'examen, ni l'erreur de fait, ni l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent être accueillis.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes du de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

6. Il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet du Haut-Rhin s'est fondé sur l'article L. 611-1 1° et 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre sa décision. M. H soutient, sans l'établir, qu'il a tenté de présenter une nouvelle demande de titre de séjour au cours de l'année 2022, mais que la préfecture a annulé le rendez-vous. En l'absence de justification de toute démarche tendant à la régularisation de sa situation, le préfet pouvait se fonder sur le seul 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger le requérant à quitter le territoire français. Il en résulte que M. H ne peut utilement soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de qualification juridique des faits et d'une erreur de droit au regard de l'appréciation de la menace pour l'ordre public que constituerait son comportement.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en raison de l'ancienneté de séjour et de son intégration sur le territoire français. Toutefois, et en l'absence de toute pièce de nature à justifier de cette insertion des liens dont le requérant dispose sur le territoire, il n'est pas établi qu'en fixant à un an, sur les trois possibles, la durée de l'interdiction, le préfet du Haut-Rhin aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

12. En dernier lieu, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'avait pas connaissance de la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, dès lors que le préfet du Haut-Rhin produit, en défense, la notification de l'arrêté du 29 septembre 2021 signée par l'intéressé.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En second lieu, et pour les motifs déjà exposés au point 2 du présent jugement, M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. H à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. H est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G H, à Me Sabatakakis et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

La magistrate désignée,

D. MerriLa greffière,

A. Slovencik

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Slovencik

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