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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2409460

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2409460

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2409460
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAARPI L'ILL LÉGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Thalinger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 9 décembre 2024, par lesquelles le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2024, par lequel le préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence, dans le département du Bas-Rhin, pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin de réexaminer sa situation, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros hors taxe à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, moyennant la renonciation de son avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en cas de rejet du bénéfice de l'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle a été rendue en méconnaissance du droit d'être entendu affirmé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisqu'il a le droit à un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2024, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cormier en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cormier, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Thalinger, avocate de M. C, assisté de Mme A, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre que la décision en ce qu'elle retient le fichier du traitement des antécédents judiciaires méconnaît les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale.

Le préfet du Bas-Rhin n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant nigérian, né le 10 août 1992 est entré en France en 2017 afin de solliciter l'asile. Par des arrêtés du 9 décembre 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

5. En l'espèce, si M. C n'a pas formulé de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent qu'il appartenait à l'autorité administrative, avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français, de procéder à la vérification du droit au séjour de l'intéressé à l'aune des éléments dont elle disposait à la date de la mesure d'éloignement en cause. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Bas-Rhin a ordonné l'hospitalisation d'office de M. C le 3 octobre 2024. Si, au regard de l'amélioration de son état de santé, les médecins ont estimé le 7 novembre 2024 qu'une levée des soins sous contrainte pouvait être décidée et si le préfet du Bas-Rhin a le 9 décembre 2024 mis fin à la mesure de soins psychiatrique ordonnée, il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de M. C reste très fragile et nécessite des soins importants. Il produit en ce sens un compte rendu médical établi par un médecin du centre hospitalier d'Erstein le 6 décembre 2024 qui conclut à ce qu'il souffre de " décompensation psychotique avec troubles du comportement ", ainsi qu'une ordonnance du même jour prescrivant des médicaments, à savoir du paliperidone, du loxapine et du diazepam. Si le préfet du Bas-Rhin soutient que ces médicaments sont disponibles dans son pays d'origine, et qu'il peut y bénéficier de soins appropriés, il n'apporte au soutien de son affirmation aucune donnée précise. Par suite, et alors que l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, le préfet du Bas-Rhin disposait ainsi d'éléments suffisamment précis établissant que M. C était susceptible de se voir délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il lui appartenait donc, avant de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre du requérant, de saisir pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En ne procédant pas à une telle consultation, le préfet du Bas-Rhin a entaché l'édiction de la décision par laquelle il a obligé M. C à quitter le territoire français d'un vice de procédure lequel est susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision prise et a privé le requérant d'une garantie.

6. Par suite, M. C est fondé à soutenir que le préfet du Bas-Rhin a entaché sa décision d'un défaut d'examen, en ne demandant pas l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le terrifier en litige.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 9 décembre 2024 par laquelle le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions fixant le pays de destination, l'interdisant de retour pour une durée de deux ans et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que le préfet du Bas-Rhin, procède au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre sans délai, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, et ce sans qu'il y ait besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. M. C a été admis, titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thalinger, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Thalinger de la somme de 1 000 euros hors taxe. Pour le cas où le requérant ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée.

D É C I D E :

Article 1 : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 9 décembre 2024 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivrer sans délai, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros hors taxe à Me Thalinger, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thalinger renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Pour le cas où le requérant ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Thalinger et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Cormier La greffière,

G. Trinité La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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