Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2501818

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2501818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDODOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2025, M. B..., représenté par Me Dodou, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 22 janvier 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

3°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin d’enregistrer sa demande d’admission exceptionnelle au séjour et de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 750 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d’un défaut d’examen de sa situation sa personnelle, dès lors que ses cinq années de séjour en France n’ont pas été prises en considération et que les informations sur lesquelles se fonde le préfet ne sont pas actuelles ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, dès lors qu’il vit avec sa compagne et les enfants de celle-ci ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une méconnaissance du droit d’être entendu ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’un défaut d’examen de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Foucher,
- les observations de Me Doudou, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 30 décembre 1989, est entré en France le 26 février 2019. Par un arrêté du 22 janvier 2025, le préfet du Bas-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président (…) ».

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d’admission au séjour :

En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en prenant la décision attaquée, le préfet du Bas-Rhin, qui a relevé que l’intéressé était entré en France en 2019 et qui a fait mention d’informations dont il n’est pas établi qu’elles ne seraient pas actuelles, n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

En second lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé irrégulièrement en France le 26 février 2019, que sa demande d’asile a été définitivement rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 février 2022, qu’il a fait l’objet d’une première mesure d’éloignement le 6 mai 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de céans le 30 juin 2022 et qu’il n’a pas exécuté cette mesure. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française le 12 août 2021. Toutefois, les éléments sommaires qu’il verse au dossier ne permettent pas d’attester de leur vie commune. En outre, leur mariage est postérieur à la date de la décision attaquée. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de la durée et des conditions de séjour de l’intéressé sur le territoire national, que le préfet aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en considérant que la situation du requérant ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne justifiait pas une admission au séjour au regard de motifs exceptionnels.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant refus d’admission au séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

En premier lieu, la décision attaquée comporte l’exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, ainsi, suffisamment motivée.

En deuxième lieu, le requérant qui a sollicité son admission au séjour auprès du préfet du Bas-Rhin ne pouvait pas ignorer qu’en cas de refus, il pourrait faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Son droit d’être entendu, partie intégrante du respect des droits de la défense, n’impliquait pas que l’administration ait l’obligation de le mettre à même de présenter des observations de façon spécifique sur la décision l’obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il ait été empêché, lors du dépôt de sa demande, ou en cours d’instruction de celle-ci, de présenter tout élément utile à l’examen de sa situation par le préfet. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir que son droit d’être entendu a été méconnu.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en prenant la décision attaquée le préfet du Bas-Rhin, qui a pris en compte les liens familiaux du requérant en France, n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

En quatrième lieu, le requérant ne saurait utilement soutenir, à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que le préfet aurait méconnu les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment de ce qui a été mentionné au point 6, que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit du requérant de mener une vie familiale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En dernier lieu, aux termes du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale (…) ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

Il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que le requérant ne fournit que très peu d’éléments relatifs aux enfants de sa conjointe, que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à l’intérêt supérieur de ces derniers.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doivent être rejetées.




Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par le requérant, n’appelle aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction ne peuvent, dès lors, qu’être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., à Me Dodou et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 1er juillet 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.


La rapporteure,

A.-V. Foucher
La présidente,


G. Haudier
La greffière,

B. Delage


La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,