Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2506004
lundi 3 août 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2506004 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BERRY |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2025, M. A... C..., représenté par Me Berry, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 11 avril 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;
2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’incompétence ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est insuffisamment motivée ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle, dès lors qu’il n’a pas fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur de droit, dès lors que le préfet s’est cru en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée au regard de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il pouvait prétendre de plein droit à un titre sur ce fondement ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur d’appréciation, dès lors que certains membres de sa famille ont le statut de réfugié en France et qu’il entretient des liens forts avec ces derniers ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que le préfet s’est cru en situation de compétence liée par rapport aux termes de la circulaire du 23 janvier 2025 et n’a pas examiné sa situation dans le cadre de son pouvoir général de régularisation ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que certains membres de sa famille ont le statut de réfugié en France et qu’il entretient des liens forts avec ces derniers ;
- la décision portant refus d’admission au séjour méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors que certains membres de sa famille ont le statut de réfugié en France et qu’il entretient des liens forts avec ces derniers ;
- la décision portant refus d’admission au séjour méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, dès lors que ses filles sont nées en France ;
- à titre subsidiaire, la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour, laquelle est illégale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il devait bénéficier de plein droit d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’il ne pourra pas, au regard des dispositions de l’article L. 312-1 A du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, bénéficier de visa pour venir voir ses parents et sa sœur réfugiés en France, ainsi que son frère ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, dès lors que ses filles sont nées en France ;
- à titre subsidiaire, la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation ;
- la décision portant fixation du pays de destination doit être annulée en conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle est illégale ;
- la décision portant fixation du pays de destination est entachée d’incompétence ;
- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors notamment qu’il a peu d’attaches au Kosovo, où les membres de sa famille ayant la qualité de réfugié en France ne pourront lui rendre visite ;
- à titre subsidiaire, la décision portant fixation du pays de destination est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation ;
- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, dès lors que ses filles sont nées en France.
Par un mémoire en défense, enregistré 18 août 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg du 24 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Foucher,
- les observations de Me Berry, représentant M. C....
Considérant ce qui suit :
M. C..., ressortissant du Kosovo, né le 10 octobre 1990, est entré en France le 24 janvier 2016. Par un arrêté du 11 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par la présente requête, M. C... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’ensemble des décisions :
Par un arrêté du 7 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d’absence ou d’empêchement de M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à M. Karl Terrollion, secrétaire général adjoint de la préfecture, à l’effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département, à l’exception de certaines mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... n’aurait pas été absent ou empêché. Il s’ensuit que le requérant n’est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées, prises par M. D..., seraient entachées d’incompétence.
En ce qui concerne la décision portant refus d’admission au séjour :
En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.
En deuxième lieu, si le préfet fait mention de manière erronée de l’existence de deux précédentes obligations de quitter le territoire français visant le requérant, il ne précise toutefois la date exacte que d’une seule d’entre elles. Pour regrettable que soit cette erreur, elle ne saurait être regardée, eu égard aux pièces du dossier, comme constituant un défaut d’examen sérieux et particulier de la situation de l’intéressé.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative (…) ».
Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui ne s’est pas seulement fondé sur l’existence d’une précédente mesure d’éloignement demeurée inexécutée, se serait cru en situation de compétence liée au regard des dispositions du 1° de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour prendre la décision attaquée.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France au cours de l’année 2016, que sa demande d’asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d’asile le 6 avril 2017, qu’il a fait l’objet d’un refus d’admission au séjour assorti d’une mesure d’éloignement le 2 avril 2019 et qu’il n’a pas exécuté cette mesure d’éloignement. Il ressort également des pièces du dossier que les parents et l’une des sœurs du requérant bénéficient en France du statut de réfugié, que son frère aîné justifiait, à la date de la décision attaquée, d’un récépissé de demande de carte de séjour en vue du renouvellement d’un précédent titre et que les liens entretenus par le requérant avec les membres de sa famille sont établis. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est en situation de concubinage avec une personne se trouvant en situation irrégulière, que de leur union sont nés deux enfants, l’aîné étant âgé de deux ans à la date de la décision attaquée, et que l’une des sœurs du requérant réside au Kosovo. En outre, les éléments sommaires versés au dossier par le requérant ne permettent pas d’établir l’existence de liens intenses et stables sur le territoire français autres que ceux dont il se prévaut avec ses parents et ses frère et sœur. Ainsi, alors même que plusieurs membres adultes de la famille du requérant sont en situation régulière sur le territoire français, dans les circonstances de l’espèce, en considérant que les liens entretenus par le requérant sur ce territoire n’étaient pas tels qu’ils justifiaient de l’admettre au séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet n’a pas méconnu lesdites dispositions.
En cinquième lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’une erreur de droit au motif qu’il aurait dû bénéficier de plein droit d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En sixième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».
Il ne ressort ni de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée au regard des termes de la circulaire du 23 janvier 2025 faisant mention des orientations générales relatives à l’admission exceptionnelle au séjour prévue aux articles L.435-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour prendre la décision en litige.
En septième lieu, au regard notamment des éléments mentionnés au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l’intéressé sur le territoire national, que le préfet du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en considérant que la situation du requérant ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne justifiait pas une admission au séjour au regard de motifs exceptionnels.
En huitième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
Compte tenu des circonstances énoncées au point 8, le préfet n’a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision de refus de séjour a été prise.
En neuvième lieu, aux termes du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale (…) ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
Il ne ressort pas des pièces du dossier, alors notamment que la concubine du requérant est également en situation irrégulière et que les enfants du couple sont en bas-âge, que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à l’intérêt supérieur des enfants du requérant.
En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision portant refus d’admission au séjour d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l’intéressé.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant refus d’admission au séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise sur le fondement d’une décision portant refus d’admission au séjour illégale. L’exception d’illégalité soulevée par le requérant ne peut, dès lors, pas être accueillie.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (…) ».
Ainsi que cela a été exposé aux points 8 et 9, le requérant ne pouvait prétendre de plein droit à un titre de séjour sur le fondement de L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile précitées en prenant une décision portant obligation de quitter le territoire français à son encontre.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard aux conditions du séjour du requérant en France, que la mesure l’obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. A cet égard, la circonstance qu’il pourrait à l’avenir faire l’objet d’un refus de délivrance d’un visa sur le fondement des dispositions de l’article L. 312-1 A du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 16, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants du requérant.
En dernier lieu et en tout état de cause, au regard de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination a été prise sur le fondement d’une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d’une telle exception d’illégalité ne peut, dès lors, qu’être écarté.
En deuxième lieu, la décision attaquée prévoit que le requérant sera éloigné vers le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Le requérant ne conteste pas avoir vécu dans le pays dont il a la nationalité jusqu’à son arrivée en France. Il ressort également des pièces du dossier que l’une de ses sœurs y réside toujours. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision portant fixation du pays de destination a été prise.
En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 16, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants du requérant.
En dernier lieu et en tout état de cause, au regard de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant fixation du pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par le requérant, n’implique aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent, dès lors, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 1er juillet 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.
La rapporteure,
A.-V. Foucher
La présidente,
G. Haudier
La greffière,
C. Haas
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2025, M. A... C..., représenté par Me Berry, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 11 avril 2025 par lequel le préfet du Bas-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;
2°) d’enjoindre au préfet du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’incompétence ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est insuffisamment motivée ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle, dès lors qu’il n’a pas fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur de droit, dès lors que le préfet s’est cru en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée au regard de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il pouvait prétendre de plein droit à un titre sur ce fondement ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur d’appréciation, dès lors que certains membres de sa famille ont le statut de réfugié en France et qu’il entretient des liens forts avec ces derniers ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que le préfet s’est cru en situation de compétence liée par rapport aux termes de la circulaire du 23 janvier 2025 et n’a pas examiné sa situation dans le cadre de son pouvoir général de régularisation ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que certains membres de sa famille ont le statut de réfugié en France et qu’il entretient des liens forts avec ces derniers ;
- la décision portant refus d’admission au séjour méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors que certains membres de sa famille ont le statut de réfugié en France et qu’il entretient des liens forts avec ces derniers ;
- la décision portant refus d’admission au séjour méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, dès lors que ses filles sont nées en France ;
- à titre subsidiaire, la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour, laquelle est illégale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’il devait bénéficier de plein droit d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’il ne pourra pas, au regard des dispositions de l’article L. 312-1 A du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, bénéficier de visa pour venir voir ses parents et sa sœur réfugiés en France, ainsi que son frère ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, dès lors que ses filles sont nées en France ;
- à titre subsidiaire, la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation ;
- la décision portant fixation du pays de destination doit être annulée en conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle est illégale ;
- la décision portant fixation du pays de destination est entachée d’incompétence ;
- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors notamment qu’il a peu d’attaches au Kosovo, où les membres de sa famille ayant la qualité de réfugié en France ne pourront lui rendre visite ;
- à titre subsidiaire, la décision portant fixation du pays de destination est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation ;
- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, dès lors que ses filles sont nées en France.
Par un mémoire en défense, enregistré 18 août 2025, le préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg du 24 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Foucher,
- les observations de Me Berry, représentant M. C....
Considérant ce qui suit :
M. C..., ressortissant du Kosovo, né le 10 octobre 1990, est entré en France le 24 janvier 2016. Par un arrêté du 11 avril 2025, le préfet du Bas-Rhin a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par la présente requête, M. C... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’ensemble des décisions :
Par un arrêté du 7 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, le préfet du Bas-Rhin a donné délégation, en cas d’absence ou d’empêchement de M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à M. Karl Terrollion, secrétaire général adjoint de la préfecture, à l’effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département, à l’exception de certaines mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... n’aurait pas été absent ou empêché. Il s’ensuit que le requérant n’est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées, prises par M. D..., seraient entachées d’incompétence.
En ce qui concerne la décision portant refus d’admission au séjour :
En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.
En deuxième lieu, si le préfet fait mention de manière erronée de l’existence de deux précédentes obligations de quitter le territoire français visant le requérant, il ne précise toutefois la date exacte que d’une seule d’entre elles. Pour regrettable que soit cette erreur, elle ne saurait être regardée, eu égard aux pièces du dossier, comme constituant un défaut d’examen sérieux et particulier de la situation de l’intéressé.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative (…) ».
Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui ne s’est pas seulement fondé sur l’existence d’une précédente mesure d’éloignement demeurée inexécutée, se serait cru en situation de compétence liée au regard des dispositions du 1° de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour prendre la décision attaquée.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France au cours de l’année 2016, que sa demande d’asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d’asile le 6 avril 2017, qu’il a fait l’objet d’un refus d’admission au séjour assorti d’une mesure d’éloignement le 2 avril 2019 et qu’il n’a pas exécuté cette mesure d’éloignement. Il ressort également des pièces du dossier que les parents et l’une des sœurs du requérant bénéficient en France du statut de réfugié, que son frère aîné justifiait, à la date de la décision attaquée, d’un récépissé de demande de carte de séjour en vue du renouvellement d’un précédent titre et que les liens entretenus par le requérant avec les membres de sa famille sont établis. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est en situation de concubinage avec une personne se trouvant en situation irrégulière, que de leur union sont nés deux enfants, l’aîné étant âgé de deux ans à la date de la décision attaquée, et que l’une des sœurs du requérant réside au Kosovo. En outre, les éléments sommaires versés au dossier par le requérant ne permettent pas d’établir l’existence de liens intenses et stables sur le territoire français autres que ceux dont il se prévaut avec ses parents et ses frère et sœur. Ainsi, alors même que plusieurs membres adultes de la famille du requérant sont en situation régulière sur le territoire français, dans les circonstances de l’espèce, en considérant que les liens entretenus par le requérant sur ce territoire n’étaient pas tels qu’ils justifiaient de l’admettre au séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet n’a pas méconnu lesdites dispositions.
En cinquième lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d’une erreur de droit au motif qu’il aurait dû bénéficier de plein droit d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En sixième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».
Il ne ressort ni de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet se serait cru en situation de compétence liée au regard des termes de la circulaire du 23 janvier 2025 faisant mention des orientations générales relatives à l’admission exceptionnelle au séjour prévue aux articles L.435-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour prendre la décision en litige.
En septième lieu, au regard notamment des éléments mentionnés au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l’intéressé sur le territoire national, que le préfet du Bas-Rhin aurait commis une erreur manifeste d’appréciation en considérant que la situation du requérant ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne justifiait pas une admission au séjour au regard de motifs exceptionnels.
En huitième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
Compte tenu des circonstances énoncées au point 8, le préfet n’a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision de refus de séjour a été prise.
En neuvième lieu, aux termes du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale (…) ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
Il ne ressort pas des pièces du dossier, alors notamment que la concubine du requérant est également en situation irrégulière et que les enfants du couple sont en bas-âge, que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à l’intérêt supérieur des enfants du requérant.
En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision portant refus d’admission au séjour d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l’intéressé.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant refus d’admission au séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise sur le fondement d’une décision portant refus d’admission au séjour illégale. L’exception d’illégalité soulevée par le requérant ne peut, dès lors, pas être accueillie.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (…) ».
Ainsi que cela a été exposé aux points 8 et 9, le requérant ne pouvait prétendre de plein droit à un titre de séjour sur le fondement de L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile précitées en prenant une décision portant obligation de quitter le territoire français à son encontre.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard aux conditions du séjour du requérant en France, que la mesure l’obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. A cet égard, la circonstance qu’il pourrait à l’avenir faire l’objet d’un refus de délivrance d’un visa sur le fondement des dispositions de l’article L. 312-1 A du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 16, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants du requérant.
En dernier lieu et en tout état de cause, au regard de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination a été prise sur le fondement d’une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale. Le moyen tiré d’une telle exception d’illégalité ne peut, dès lors, qu’être écarté.
En deuxième lieu, la décision attaquée prévoit que le requérant sera éloigné vers le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Le requérant ne conteste pas avoir vécu dans le pays dont il a la nationalité jusqu’à son arrivée en France. Il ressort également des pièces du dossier que l’une de ses sœurs y réside toujours. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision portant fixation du pays de destination a été prise.
En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 16, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants du requérant.
En dernier lieu et en tout état de cause, au regard de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre la décision portant fixation du pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par le requérant, n’implique aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent, dès lors, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 1er juillet 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.
La rapporteure,
A.-V. Foucher
La présidente,
G. Haudier
La greffière,
C. Haas
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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