Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 août 2025, M. B... A..., représenté par Me Wassermann, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 18 juillet 2025 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- la décision portant refus d’admission au séjour méconnaît les stipulations du paragraphe 5 de l’article 6 et du b) de l’article 7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dès lors qu’il vit en France depuis le 14 avril 2019, qu’il était titulaire d’un certificat de résidence algérien du 4 juin 2020 au 23 février 2023, qu’il exerce des fonctions d’imam pour lesquelles il a d’abord été détaché par les autorités algériennes, qu’il parle le français, qu’il a suivi des formations sur le droit, la religion et la laïcité et qu’il est respectueux des principes de la République ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation, dès lors que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, pour les mêmes motifs ;
- la décision portant refus d’admission au séjour méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, pour les mêmes motifs ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour, laquelle est illégale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’il vit en France depuis le 14 avril 2019, qu’il exerce ses fonctions d’imam de manière irréprochable, qu’il a démissionné de ses fonctions d’imam détaché par l’Algérie, qu’il se conforme aux valeurs de la République ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée, dès lors qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public et qu’il n’a jamais fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg du 20 novembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Foucher a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant algérien, né le 6 novembre 1986, est entré en France le 14 avril 2019. Par un arrêté du 18 juillet 2025, le préfet de la Moselle a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg le 20 novembre 2025. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus d’admission au séjour :
En premier lieu, par un arrêté du 19 mai 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Moselle a donné délégation à M. Richard Smith, secrétaire général, pour signer tous les actes relevant de ses attributions, à l’exception de décisions au nombre desquelles ne se trouve pas la décision attaquée. Il s’ensuit que le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de cette décision manque en fait.
En deuxième lieu, aux termes des stipulations du de l’article 7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : « Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'Accord : / a) les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention « visiteur » / (…) e) Les ressortissants algériens autorisés à exercer à titre temporaire, en application de la législation française, une activité salariée chez un employeur déterminé, reçoivent un certificat de résidence portant la mention travailleur temporaire, faisant référence à l'autorisation provisoire de travail dont ils bénéficient et de même durée de validité (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Moselle a examiné la situation du requérant sur le fondement des stipulations du a) et du e) de l’article 7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et a examiné l’éventualité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Il s’ensuit que le requérant n’est pas fondé à soutenir, alors au demeurant que sa demande de titre de séjour ne visait aucun fondement juridique particulier, que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 5 de l’article 6 et du b) de l’article 7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne pouvait plus prétendre à l’obtention d’un titre de séjour sur le fondement des stipulations du a) de l’article 7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dès lors que son détachement en qualité d’imam avait pris fin le 1er avril 2024. En outre, il ne pouvait pas davantage prétendre à l’obtention d’un titre de séjour sur le fondement des stipulations du e) de l’article 7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dès lors qu’il n’avait pas présenté l’autorisation de travail visée par ces stipulations.
En troisième lieu, les stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié n’interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France au mois d’avril 2019, qu’il dispose d’un domicile à la mosquée de Fameck, qu’il a obtenu deux certificats « visiteur » en qualité d’imam détaché jusqu’au mois de février 2023, qu’il a été mis fin à son détachement au mois d’avril 2024 et qu’il suit des formations relatives à la laïcité. Il ressort néanmoins des pièces du dossier qu’il ne dispose pas d’un contrat de travail et que son épouse réside en Algérie. Eu égard à l’ensemble de ces éléments, le préfet de la Moselle ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d’appréciation en refusant de l’admettre au séjour sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
Au regard de ce qui a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise sur le fondement d’une décision portant refus d’admission au séjour illégale. L’exception d’illégalité soulevée par le requérant ne peut, dès lors, pas être accueillie.
En second lieu, au regard de ce qui a été dit précédemment, alors que l’épouse du requérant vit en Algérie, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait porté au droit de l’intéressé au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ».
S’il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France en avril 2019 et y a exercé en qualité d’imam détaché par les autorités algériennes, il ne produit, à l’exception d’attestations de formation, que très peu d’éléments relatifs à son intégration en France. Il ressort en outre des pièces du dossier que son épouse réside en Algérie. Dans de telles circonstances, alors même qu’il n’a jamais fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement et que son comportement ne représente pas une menace pour l’ordre public, il n’est pas fondé à soutenir qu’en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an, le préfet de la Moselle aurait entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’appelle aucune mesure d’exécution. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 1er juillet 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.
La rapporteure,
A.-V. Foucher
La présidente,
G. Haudier
La greffière,
B. Delage
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,