Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2202648

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2202648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL LFMA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant afghan, qui contestait le refus de la préfète de l'Ain d'enregistrer sa nouvelle demande d'asile. Le tribunal a jugé cette demande irrecevable, car elle visait en réalité à contester implicitement la décision de transfert vers la Suède, devenue définitive. Cette décision de transfert incluait déjà le refus d'appliquer la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013. La solution retenue s'appuie sur ce règlement et sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, et un mémoire, enregistré le 25 juillet 2022, M. B A, représenté par la SELARL LFMA, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain d'enregistrer sa demande d'asile, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ainsi qu'un formulaire de demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai de sept jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- la décision méconnaît les dispositions combinées de l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 dit " C ", de l'article 9-2 du règlement complémentaire d'application 1560/2003 et des articles L. 521-1, L. 521-4 et L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 juillet 2024 par une ordonnance du 16 juillet précédent.

Par lettre du 17 septembre 2024, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du refus d'enregistrer la demande d'asile de M. A dès lors qu'il se borne à confirmer le refus, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert devenue définitive, de faire application à son bénéfice des dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui permettent à chaque Etat de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement UE n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant afghan né en le 14 mars 1992, M. A est entré en France 27 mai 2021 selon ses déclarations. Il a formulé une demande d'asile auprès de la préfecture du Rhône le 3 juin 2021. Les recherches entreprises dans le fichier Eurodac ayant révélé qu'il avait introduit une première demande d'asile en Suède le 27 novembre 2015, rejetée définitivement le 26 février 2021, et estimant que la Suède était responsable de l'examen de la demande d'asile de M. A en application du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, la préfète de l'Ain a saisi les autorités suédoises qui ont donné leur accord pour la prise en charge de l'intéressé sur le fondement des dispositions du d) du 1 de l'article 18 de ce règlement. En considération de cet accord, la préfète de l'Ain a prononcé à l'encontre de l'intéressé, par arrêté du 2 août 2021, une mesure de transfert aux autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande d'asile, qui a été exécutée le 18 octobre suivant. M. A, qui est revenu sur le territoire français, a entendu déposer une nouvelle demande d'asile le 17 février 2022. Par un courrier du 16 mars 2022, la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande d'asile. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Lorsqu'un demandeur d'asile fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, la décision de transfert emporte celle refusant de faire application à son bénéfice des dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 et du paragraphe 1 de l'article 17 de ce règlement qui, respectivement, prévoient qu'il est " impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeur " et permettent à chaque Etat de " décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans [ce] règlement. ".

3. Lorsque, postérieurement à la décision ordonnant son transfert dans l'Etat responsable de sa demande, l'intéressé demande à l'autorité compétente que sa demande d'asile soit instruite " en procédure normale ", il doit être regardé comme demandant à cette autorité de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de dépôt de cette demande lui permettant de suivre la procédure devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le refus opposé à une telle demande constitue une décision susceptible de recours. Les conclusions d'annulation dirigées contre cette décision sont toutefois irrecevables s'il apparaît, en l'absence de circonstances de fait ou de considérations de droit nouvelles, pertinentes et postérieures à la décision de transfert, que ce refus se borne à confirmer purement et simplement celui de faire application des dispositions mentionnées ci-dessus du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 de ce règlement, implicitement mais nécessairement inclus dans la décision de transfert.

4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a fait l'objet par arrêté du 2 août 2021 d'une mesure de transfert aux autorités suédoises responsables de l'examen de sa demande d'asile qu'il n'a pas contestée et a effectivement été éloigné vers la Suède le 18 octobre 2021. M. A est de nouveau entré sur le territoire français en vue de renouveler sa demande d'asile et de bénéficier des conditions matérielles d'accueil en France. Il résulte des écritures en défense que pour refuser d'enregistrer cette demande le 16 mars 2022, la préfète de l'Ain s'est fondée sur la circonstance que l'examen de la demande d'asile de l'intéressé relevait toujours de la responsabilité des autorités suédoises. En l'absence d'éléments nouveaux, pertinents et postérieurs à la décision de transfert justifiant l'enregistrement d'une nouvelle demande d'asile, le refus contesté doit être regardé comme confirmant implicitement mais nécessairement celui inclus dans la décision de transfert devenue définitive, de faire application à son bénéfice des dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui permettent à chaque Etat de "décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans [ce] règlement. ". Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre le refus litigieux ne sont pas recevables.

5. Il y a dès lors lieu de rejeter la requête présentée par M. A, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

F.-X. Richard-RendoletLe président,

H. Drouet

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,