Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203141

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de Mme C, qui contestait la décision du préfet du Rhône du 5 avril 2022 classant sans suite sa demande de naturalisation. La requérante soutenait que son dossier était complet, notamment en raison d'une exemption de production d'un test de langue française liée à son âge. Le tribunal a rejeté sa demande, considérant que les dispositions du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et de l'arrêté du 12 mars 2020 imposent la production d'un diplôme ou d'une attestation justifiant d'un niveau de français B1, sans prévoir d'exemption pour motif d'âge. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi la légalité de la décision préfectorale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2022, Mme A C, épouse B, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle le préfet du Rhône a classé sans suite sa demande de naturalisation.

Elle soutient que son dossier était complet à la date de sa constitution, car elle était exemptée de la production d'un test de maîtrise de la langue française en raison de son âge, en application des dispositions en vigueur à cette date ; en tout état de cause elle produit de nombreuses pièces attestant de son niveau de connaissance suffisant du français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la préfète du Rhône, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- l'arrêté du 12 mars 2020 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis des candidats à la nationalité française en application du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 octobre 2020, Mme C a déposé une demande de naturalisation auprès de la préfecture du Rhône. Par un courrier du 29 octobre 2021, le préfet du Rhône a demandé à l'intéressée de compléter son dossier en produisant, avant le 1er mars 2022, un justificatif de son niveau de connaissance de la langue française à l'oral et à l'écrit au moins égale au niveau B1 du cadre européen commun de référence pour les langues. Par une décision du 5 avril 2022, le préfet du Rhône a classé sans suite sa demande de naturalisation. Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : 1° Tout demandeur doit justifier d'une connaissance de la langue française à l'oral et à l'écrit au moins égale au niveau B1 du Cadre européen commun de référence pour les langues, tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM / Rec (2008) du 2 juillet 2008. / Un arrêté du ministre chargé des naturalisations définit les diplômes permettant de justifier d'un niveau égal ou supérieur au niveau requis. / A défaut d'un tel diplôme, le demandeur peut justifier de la possession du niveau requis par la production d'une attestation délivrée depuis moins de deux ans à l'issue d'un test linguistique certifié ou reconnu au niveau international, comportant des épreuves distinctes évaluant son niveau de compréhension et d'expression orales et écrites. Le niveau d'expression orale du demandeur est évalué par l'organisme délivrant l'attestation dans le cadre d'un entretien. / Les modalités de passation du test linguistique mentionné à l'alinéa précédent sont définies par un arrêté du ministre chargé des naturalisations. () ". Aux termes de l'article 37-1 de ce décret, dans sa version applicable aux demandes de naturalisation déposées à compter du 1er avril 2020 jusqu'au 6 février 2023 : " Le demandeur fournit, selon les mêmes conditions de recevabilité que celles prévues par l'article 9 : () 9° Un diplôme ou une attestation, délivrée depuis moins de deux ans, justifiant d'un niveau de langue égal ou supérieur à celui exigé en application de l'article 37 et délivré dans les conditions définies par cet article. Sont toutefois dispensées de la production de ce diplôme ou de cette attestation : a) Les personnes titulaires d'un diplôme délivré dans un Etat dont la liste est fixée par un arrêté du ministre chargé des naturalisations à l'issue d'études suivies en français qui peuvent justifier de la reconnaissance de leur diplôme par rapport à la nomenclature française des niveaux de formation et au cadre européen des certifications (CEC) par la production d'une attestation de comparabilité délivrée dans des conditions fixées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations ; () ".

3. L'arrêté du 12 mars 2020 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis des candidats à la nationalité française dispose, en son article premier, que : " Les diplômes nécessaires à l'acquisition de la nationalité française mentionnés aux articles 14 et 37 du décret du 30 décembre 1993 susvisé sont les suivants : 1° Le diplôme national du brevet ; / 2° Ou tout diplôme délivré par une autorité française, en France ou à l'étranger, sanctionnant un niveau au moins égal au niveau 3 de la nomenclature nationale des niveaux de formation ; / 3° Ou tout diplôme attestant un niveau de connaissance de la langue française au moins équivalent au niveau B1 du cadre européen de référence pour les langues ", et, en son article 2, que " Les attestations mentionnées aux articles 14 et 37 du décret susmentionné sont délivrées à l'issue d'un des tests suivants : 1° Le test de connaissance du français (TCF) de France Education International ; / 2° Ou le test d'évaluation du français (TEF) de la chambre du commerce et de l'industrie de Paris.".

4. Enfin, les dispositions de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 prescrivent que : " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement. () ".

5. Il ressort des mentions de la décision attaquée que, pour classer sans suite la demande de Mme C, le préfet du Rhône a relevé, au visa de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993, que l'intéressée n'avait pas produit, dans le délai demandé, et malgré l'invitation qui lui en avait été faite le 29 octobre 2021, de justification de son niveau de connaissance de la langue française à l'oral ou à l'écrit au moins égale au niveau B1 du cadre européen commun de référence pour les langues.

6. D'une part, si la requérante soutient qu'elle était dispensée de la production d'un tel justificatif, en application des dispositions du 9° de l'article 37-1 du décret du 30 décembre 1993 en vigueur à la date de constitution de son dossier avec l'aide du point d'information médiation multi services (PIMMS), cette dispense a toutefois été abrogée à compter du 1er avril 2020, par l'article 43 du décret n° 2019-1507 du 30 décembre 2019. Il s'ensuit, qu'à la date du dépôt de sa demande de naturalisation à la préfecture du Rhône le 12 octobre 2020, Mme C devait produire les documents mentionnés au 1° de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 et précisés par le 9° de l'article 37-1 du même décret et l'arrêté du 12 mars 2020, afin de justifier de son niveau de maîtrise de la langue française à l'oral et à l'écrit au moins égale au niveau B1 du cadre européen commun de référence pour les langues.

7. D'autre part, si la requérante soutient posséder un tel niveau de langue, et produit à ce titre un diplôme d'études en langue française obtenu en 2009 attestant de son niveau A1 du cadre européen commun de référence pour les langues, ainsi que des attestations d'acquis de formation d'un diplôme d'études en langue française de niveau de compétence linguistique A2 puis B1+ en 2014, et des attestations de suivis de cours de langue française, il est constant qu'elle n'avait pas joint ces documents à sa demande de naturalisation. En tout état de cause, il ne ressort d'aucun de ces documents qu'à la date du dépôt de son dossier de demande de naturalisation, Mme C était titulaire d'un diplôme attestant de son niveau de connaissance de la langue française au moins équivalent au niveau B1 et délivré depuis moins de deux ans. Dans ces conditions, et quelles que soient les capacités linguistiques actuelles de la requérante, le préfet du Rhône était fondé à regarder son dossier de demande de naturalisation comme incomplet et, par conséquent, à classer sa demande sans suite, en application des dispositions de l'article 40 du décret précité.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, épouse B et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

J. Le Roux

La présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,