Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204945
jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204945 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL YDES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 juin 2022 et 17 octobre 2023, Mme B Comte et M. A Comte, représentés par l'AARPI Jakubowicz et Associés, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le maire de Francheville a délivré à la société 5M Promotion un permis de construire pour la réalisation d'une maison, ainsi que la décision du 28 avril 2022 de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Francheville la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt pour agir ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 6.3.6 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon ;
- elle méconnaît l'article 2.4.1 applicable à la zone URi2 de ce règlement.
Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2022, la société 5M Promotion, représentée par la SELARL ATV Avocats Associés, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 19 janvier 2023, la commune de Francheville, représentée par la SELARL Strat Avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5 ou de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2023 à 16 h 30.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet, rapporteure,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Grisel, représentant M. et Mme Comte, requérants,
- les observations de Me Gael, représentant la commune de Francheville,
- et celles de Me Vincens-Bouguereau, représentant la société 5M Promotion.
Considérant ce qui suit :
1. La société 5M Promotion a déposé en mairie de Francheville, le 5 novembre 2021, une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison sur un terrain situé rue des Acacias. L'autorisation d'urbanisme ainsi sollicitée a été délivrée par arrêté du maire de cette commune le 31 décembre 2021. Mme et M. Comte demandent au tribunal d'annuler ce permis de construire ainsi que la décision du 28 avril 2022 de rejet de leur recours gracieux formé contre cette autorisation d'urbanisme.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 442-1-2 du code de l'urbanisme : " Le périmètre du lotissement comprend le ou les lots destinés à l'implantation de bâtiments ainsi que, s'ils sont prévus, les voies de desserte, les équipements et les espaces communs à ces lots. Le lotisseur peut toutefois choisir d'inclure dans le périmètre du lotissement des parties déjà bâties de l'unité foncière ou des unités foncières concernées. ".
3. Il est constant que le projet a pour terrain d'assiette le lot 1 issu de la division foncière accordée le 20 août 2020, dont l'objet a été de créer ce lot, à bâtir, et le lot A correspondant au reliquat bâti. La voie existante sur l'unité foncière a été intégrée au lot 1, ainsi grevé d'une servitude de passage et de tréfonds au bénéfice du lot A. Le lotisseur a choisi d'exclure le reliquat bâti du périmètre du lotissement, qui se limite à l'emprise du lot 1, la circonstance que ce lot est grevé d'une servitude de passage au bénéfice du lot A permettant un accès partagé des deux lots à la voie publique étant sans incidence, tant sur la qualification de lotissement que sur la définition de son périmètre.
4. D'autre part, aux termes de l'article 2.4.3 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon : " Coefficient d'emprise au sol et application de l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme. Dans le cadre d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière (), de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, le coefficient d'emprise au sol est mutualisé à l'échelle de l'opération d'ensemble. / () ". En vertu de l'article 2.4.1 des dispositions applicables à la zone URi2 de ce règlement, le coefficient d'emprise au sol en secteur URi2d doit être inférieur ou égal à 8 %.
5. Comme il a été exposé au point 3, le périmètre du lotissement correspond à l'emprise du lot 1. Dans ces conditions, la superficie du terrain à prendre en compte pour le contrôle du respect du coefficient d'emprise au sol est celle de ce lot, soit 708 m². Il en résulte que le projet de construction en litige, dont l'emprise est de 56 m², respecte la limite maximale de 8 % de la superficie du terrain d'assiette applicable en secteur URi2d. L'article 2.4.1 précité du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon n'a donc pas été méconnu.
6. En second lieu, aux termes de l'article 6.3.6 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon : " 6.3.6.2 - Règle générale. Les eaux pluviales sont : - soit totalement infiltrées sur le terrain ; - soit rejetées à débit limité dans un cours d'eau situé sur le terrain d'assiette du projet, étant précisé qu'une partie des eaux pluviales doit être infiltrée sur le terrain. / 6.3.6.2.1 - Rejet par infiltration. Les eaux pluviales font l'objet d'une gestion par des dispositifs adaptés tels que noue, tranchée filtrante, jardin de pluie filtrant, avant infiltration dans le sol. Ces dispositifs sont dimensionnés pour traiter au minimum 15 millimètres d'eaux pluviales par évènement pluvieux. / Un volume complémentaire de stockage est mis en place selon les dispositions relatives aux périmètres de production visés dans la présente partie I du règlement au chapitre 1, paragraphe 1.3.2.2.2. / Toutefois dans les périmètres de risque de mouvements de terrain, et les zones de captage, les puits d'infiltration, ou autres systèmes d'infiltration concentrée, sont interdits. / () / 6.3.6.3 - Règle alternative. A titre exceptionnel, dès lors qu'il n'existe pas de cours d'eau sur le terrain d'assiette du projet, le rejet des eaux pluviales dans le réseau public d'assainissement peut être admis, dans les conditions précisées par le règlement du service public d'assainissement, dès lors : () - que les caractéristiques du sous-sol limitent l'infiltration ; (). / Le rejet est admis dans la limite du dimensionnement des ouvrages d'assainissement existants. (). ".
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'étude de gestion des eaux pluviales, que le sous-sol du terrain d'assiette du projet présente une très faible perméabilité, de sorte qu'il ne sera pas possible de gérer les eaux pluviales par infiltration à la parcelle. Le projet prévoit ainsi la mise en place d'une rétention étanche avant rejet à débit limité d'un litre par seconde dans le réseau unitaire de la rue des Acacias. Cette rétention est composée d'un double dispositif avec, d'une part, une cuve de récupération de 1,40 mètre cube permettant de stocker les 15 premiers millimètres de pluie pour les gérer à la parcelle, d'autre part, un bassin de rétention de 3 mètres cubes alimenté par un dispositif de surverse du surplus de la cuve de récupération. Il est constant que ce dispositif a été dimensionné pour prendre en compte dans la gestion du ruissellement une surface correspondant à la toiture et à la terrasse de la maison envisagée. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la surface non modifiée du chemin déjà existant sur le terrain d'assiette, desservant le lot A, n'avait pas à être prise en compte pour le calcul du dimensionnement de l'ouvrage de gestion des eaux pluviales, les dispositions précitées n'ayant pas pour objet de réglementer les modalités de gestion des eaux pluviales réceptionnées par les éléments existants sur le terrain non impactés par le projet. Enfin, les requérants n'établissent par aucune pièce que le dimensionnement de l'ouvrage de rétention projeté ne permet pas d'assurer un débit conforme aux capacités d'accueil du réseau unitaire. Le moyen tiré de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article 6.3.6 de la partie I du règlement doit, par suite, être écarté en toutes ses branches.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 décembre 2021 et de la décision du 28 avril 2022 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Francheville, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, verse aux requérants la somme qu'ils demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par cette commune et la société 5M Promotion sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des requérants la somme globale de 1 400 euros, à verser à chacune d'elle.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme Comte est rejetée.
Article 2 : M. et Mme Comte verseront à la commune de Francheville la somme globale de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. et Mme Comte verseront à la société 5M Promotion la somme globale de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Comte et M. A Comte, à la commune de Francheville et à la société 5M Promotion.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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