Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205572

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a annulé l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le maire de Beaulieu avait refusé un permis de construire à M. A et Mme C pour une maison d'habitation. La juridiction a jugé que le motif de refus fondé sur l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme était entaché d'erreur d'appréciation, le terrain se situant dans une partie urbanisée de la commune. Les autres motifs, notamment ceux tirés de l'incomplétude du dossier et des articles L. 111-11 et R. 111-14 du même code, ont été écartés comme infondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme relatives à la constructibilité dans les parties urbanisées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 juillet 2022, 6 août 2022 et 4 juin 2024, M. D A et Mme B C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le maire de Beaulieu (Ardèche) a refusé de délivrer à M. A un permis de construire pour la réalisation d'une maison d'habitation sur un terrain situé route de Bec de Jun.

Ils soutiennent que :

- le motif de refus d'autorisation d'urbanisme fondé sur l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire est entaché d'erreur de droit, la décision attaquée ayant été prise avant l'expiration du délai de trois mois laissé pour produire l'avis du service public d'assainissement non collectif, au surplus favorable ;

- le motif fondé sur l'article L. 111-3 du même code est entaché d'erreur d'appréciation ; le terrain d'assiette se situe au sein des parties urbanisées de la commune ; ce terrain est indiqué comme constructible sur l'acte notarié ; la demande a été déposée alors que le certificat d'urbanisme obtenu pour ce terrain était encore en cours de validité ;

- le motif de refus d'autorisation d'urbanisme fondé sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation ; l'intégralité des coûts du raccordement au réseau public d'eau potable sera à leur charge ; le terrain d'assiette est desservi par le réseau public d'électricité ainsi que par la voie publique ;

- le motif fondé sur l'article R. 111-14 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation ; leur projet ne porte atteinte ni aux paysages, ni aux activités agricoles ;

- leur projet a été conçu par un professionnel et respecte les directives en matière de bioclimatisme.

Par des mémoires enregistrés les 3 août, 21 septembre et 10 novembre 2022, la commune de Beaulieu conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire du 24 octobre 2022, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par ordonnance du 23 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 juin 2024 à 16 h 30.

Un mémoire, enregistré le 16 septembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, a été produit par la commune de Beaulieu et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Flechet,

- et les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 mars 2022, M. A a déposé en mairie de Beaulieu une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison d'habitation sur un terrain situé route de Bec de Jun. Par un arrêté du 25 mai 2022, dont M. A et Mme C demandent l'annulation, le maire a, au nom de l'Etat, refusé de délivrer cette autorisation d'urbanisme.

2. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". En vertu de l'article L. 111-4 de ce code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; 2° bis Les constructions et installations nécessaires à la transformation, au conditionnement et à la commercialisation des produits agricoles, () ; 3° Les constructions et installations incompatibles avec le voisinage des zones habitées et l'extension mesurée des constructions et installations existantes ; 4° Les constructions ou installations, sur délibération motivée du conseil municipal, si celui-ci considère que l'intérêt de la commune, en particulier pour éviter une diminution de la population communale, le justifie, dès lors qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages, (). ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. / () ".

4. D'une part, si la règle fixée par l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme confère à la personne à laquelle un certificat d'urbanisme a été délivré un droit à voir sa demande de permis de construire, déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme mentionnées dans ledit certificat, elle ne saurait toutefois avoir pour effet de justifier la délivrance par l'autorité administrative d'un permis de construire fondé sur une appréciation erronée de l'application desdites dispositions. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir du certificat d'urbanisme délivré le 20 novembre 2020, lequel au demeurant se limite à apporter au pétitionnaire les informations prévues par le a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, pour soutenir que leur terrain est constructible. Les requérants ne peuvent davantage se prévaloir des mentions de l'acte de vente notarié indiquant que leur terrain est constructible, ces indications étant sans incidence sur l'application de la réglementation urbanistique.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, non bâti et couvert de vignes, se situe à plusieurs centaines de mètres du bourg. S'il jouxte un terrain construit à l'ouest, il est bordé au nord, au sud et à l'est par des terrains non bâtis. S'agissant de l'environnement plus lointain, le terrain en litige est essentiellement entouré de vastes espaces, à l'état naturel ou cultivés, parsemés de quelques constructions dispersées au nord et à l'est, qui ne présentent pas un nombre et une densité suffisants pour constituer une partie urbanisée. Par suite, le maire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le terrain objet de la demande de permis de construire en cause se situe à l'extérieur de la partie actuellement urbanisée de la commune.

6. Ce seul motif étant, à lui seul, de nature à justifier le refus de permis de construire attaqué, l'illégalité éventuelle des autres motifs de refus ne serait pas de nature à entacher d'illégalité la décision du maire dès lors qu'il aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le motif légal tiré de la méconnaissance par le projet de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et Mme B C, à la préfète de l'Ardèche et à la commune de Beaulieu.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,