Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206072

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, un praticien hospitalier, qui contestait sa suspension de fonctions prononcée par le Centre national de gestion (CNG) le 6 avril 2022 et maintenue le 1er juin 2022. Le tribunal a jugé que le retard à engager la procédure disciplinaire n'affectait pas la légalité de la suspension et que les décisions du juge pénal n'étaient pas déterminantes. Il a estimé que la suspension, fondée sur la mise en examen de M. A pour des faits graves, ne constituait pas une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique. La demande de frais de justice a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 8 août 2022 et le 14 mai 2024, M. B A, représenté par la Selarl Carnot Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel la directrice générale du Centre national de gestion (CNG) des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière a prononcé sa suspension de fonctions à titre conservatoire ainsi que l'arrêté du 1er juin 2022 portant rejet de son recours gracieux et maintien de sa suspension ;

2°) de mettre à la charge du CNG la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 6 avril 2022 est intervenu tardivement au regard de la date à laquelle le CNG a eu connaissance des faits qui l'ont fondé ;

- sa suspension de fonctions et le maintien de celle-ci sont entachés d'une erreur d'appréciation, et la privation de ses émoluments méconnaît l'article R. 6152-77 du code de la santé publique.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2024, le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron,

- les conclusions de Mme de Mecquenem, rapporteure publique,

- et les observations de Me Deygas pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Praticien hospitalier exerçant ses fonctions au service des urgences du Centre hospitalier de Roanne, M. A conteste l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel la directrice générale du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a prononcé sa suspension de fonctions à titre conservatoire en assortissant celle-ci d'une retenue de la moitié du montant de ses émoluments. M. A demande également l'annulation de l'arrêté du 1er juin 2022 ne faisant que partiellement droit à son recours gracieux et maintenant sa suspension de fonctions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique : " Dans l'intérêt du service, le praticien qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire peut être immédiatement suspendu par le directeur général du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière. L'intéressé conserve, pendant le temps où il est suspendu, le bénéfice des émoluments mentionnés au 1° de l'article R. 6152-23. Toutefois, lorsqu'une décision de justice lui interdit d'exercer, ses émoluments subissent une retenue, qui ne peut être supérieure à la moitié de leur montant. A l'issue de la procédure disciplinaire ou lorsqu'aucune décision n'est intervenue dans le délai de cinq mois à compter de la suspension, cette dernière prend fin et l'intéressé reçoit de nouveau l'intégralité de ses émoluments. Toutefois, lorsque l'intéressé fait l'objet de poursuites pénales, sa situation n'est définitivement réglée qu'après que la décision rendue par la juridiction judiciaire saisie est devenue définitive. Si l'intéressé n'a subi aucune sanction ou n'a fait l'objet que d'un avertissement ou d'un blâme, il a droit au remboursement des retenues opérées sur ses émoluments ".

En ce qui concerne la suspension de fonctions :

3. Si le requérant fait valoir que la directrice générale du CNG a tardé à engager la procédure disciplinaire qui a justifié sa suspension de fonctions, la circonstance que le CNG a eu connaissance dès le mois d'avril 2021 de la mise en examen de M. A n'affecte pas en elle-même la légalité de la décision du 6 avril 2022.

4. Pour soutenir que la décision de suspension du 6 avril 2022 et la décision du 1er juin 2022 maintenant cette suspension pour l'avenir sont entachées d'une erreur d'appréciation, M. A fait valoir, d'une part, qu'à la date du 6 avril 2022, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon avait jugé depuis près d'un an que, dans le cadre du contrôle judiciaire qui lui était imposé, il n'y avait pas lieu de l'écarter de toutes fonctions hospitalières et qu'il pouvait exercer l'activité de médecin régulateur au service des urgences et, d'autre part, qu'à la date du 1er juin 2022, une ordonnance du magistrat instructeur était en outre venue modifier l'étendue du contrôle judiciaire dont il faisait alors l'objet en relevant notamment que l'évolution des actes d'investigation permettait de faire tomber peu à peu les éléments à charge initialement retenus contre lui. Toutefois et alors que les mesures prises par le juge pénal dans le cadre d'un contrôle judiciaire demeurent en elles-mêmes sans incidence sur la possibilité pour l'autorité administrative de prononcer ou de maintenir la suspension d'un praticien hospitalier sur le fondement de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique, qui constitue une mesure conservatoire dont l'objet est d'écarter le praticien de ses fonctions pendant la durée de la procédure disciplinaire, il est constant qu'à la date des décisions en litige, M. A, dont le contrôle judiciaire a été levé le 19 juillet 2022 et qui a été placé sous le statut de témoin assisté à compter du 2 août suivant, demeurait mis en examen pour des faits de viol et de tentative d'agression sexuelle commis sur une patiente. Dans ces conditions et en dépit de la contribution que M. A aurait pu apporter selon lui au fonctionnement du service des urgences du centre hospitalier de Roanne, le moyen tiré de ce que la directrice générale du CNG a fait une inexacte application de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique doit être écarté.

En ce qui concerne la retenue sur traitement :

5. Pour décider de priver M. A de la moitié de ses émoluments pendant la suspension de ses fonctions, la directrice générale du CNG s'est fondée, dans son arrêté du 6 avril 2022 abrogé sur ce point le 1er juin suivant, sur l'interdiction professionnelle résultant du contrôle judiciaire alors imposé au requérant. Toutefois et ainsi qu'il a été exposé au point 4, l'interdiction d'exercer pesant sur le requérant ne portait que sur les fonctions en contact direct avec les patients et ne faisait pas en elle-même obstacle à l'exercice par celui-ci des fonctions de médecin régulateur au sein du centre hospitalier. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le CNG a méconnu les dispositions précitées de l'article R. 6152-77 du code de la santé publique en le privant de la moitié de ses émoluments et que l'article 2 de l'arrêté du 6 avril 2022 prévoyant cette privation est entaché d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'article 2 de l'arrêté du 6 avril 2022 le privant de la moitié de ses émoluments.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : L'article 2 de l'arrêté de la directrice du Centre national de gestion du 6 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. GilleRendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier