Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206216
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206216 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP AXIOJURIS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 août 2022, 27 décembre 2022 et 21 mars 2023, Mme H I, Mme G I, Mme E I, Mme A I et M. B I, la première dénommée ayant la qualité de représentante unique, représentés par la SELARL GC Avocat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2020 par lequel le maire de Vallon-Pont-d'Arc a accordé un permis de construire à M. D en vue de la construction d'un bâtiment agricole au lieu-dit Ratière, ainsi que la décision rejetant implicitement leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de M. D la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête n'est pas tardive ;
- ils disposent d'un intérêt à agir ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles A 1 et A 2 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la construction litigieuse, à vocation de stockage et de bureau, n'est pas nécessaire à l'exploitation agricole ;
- il est entaché de fraude.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre 2022 et 17 février 2023, M. C D, représenté par la SCP Desilets Robbe Roquel, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la commune de Vallon-Pont-d'Arc qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 23 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Chareyre, représentant Mme I et autres requérants,
- et celles de Me Goirand, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a déposé le 20 avril 2020 en mairie de Vallon-Pont-d'Arc une demande de permis de construire pour la construction d'un bâtiment agricole au lieu-dit Ratière. Par arrêté du 20 mai 2020, le maire de Vallon-Pont-d'Arc a délivré l'autorisation ainsi sollicitée. Mme I et autres requérants demandent l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision rejetant implicitement leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont usufruitiers ou propriétaires indivis d'une maison située à moins de 50 mètres du terrain d'assiette du projet, duquel ils sont séparés par une parcelle cultivée vierge de toute construction. Ils font état, notamment, de nuisances en termes de flux de circulation, de risques accrus sur la voie de desserte classée en zone inondable et d'un préjudice de vue, la haie basse prévue par le projet ne masquant pas en toute saison le bâtiment projeté, qui présente une hauteur supérieure à 4 mètres. Dans ces conditions, ils justifient d'un intérêt à agir contre le projet litigieux. La fin de non-recevoir soulevée par M. D doit, dès lors, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement () peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ". Aux termes de l'article R. 151-23 du même code : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole () ". Aux termes de l'article A 1 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif aux occupations et utilisations du sol interdites : " Sont interdites : / Les occupations et utilisations du sol qui ne répondraient pas aux conditions fixées à l'article A 2 suivant. () ". Et aux termes de l'article A 2 du même règlement, relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières : " Sont admis à condition d'être nécessaires à l'exploitation agricole : / les extensions de bâtiments existants et les constructions nouvelles destinées au logement des personnes, des récoltes, des animaux, du matériel ou des équipements agricoles et sous réserve qu'ils soient implantés à une distance maximale de 50 m par rapport au bâti existant. () ".
6. Il résulte des dispositions des articles L. 151-9 et R. 151-23 du code de l'urbanisme que, dans les zones agricoles, les règlements des plans locaux d'urbanisme peuvent prévoir que les constructions ne peuvent être autorisées, à l'exception des constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole.
7. Le formulaire Cerfa du dossier de demande de permis de construire indique que le projet a pour objet la construction d'un bâtiment à vocation de bureau et de stockage. La notice du dossier précise que ce bâtiment en litige est lié à l'activité agricole de la Cave ardéchoise, société à responsabilité limitée ayant une activité commerciale, et que ce bâtiment a " aussi une vocation de bureau et de stockage ". M. D, pétitionnaire et co-gérant du groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) D et fils, dont l'activité porte sur la culture de vignes, indique dans ses écritures que le projet a ainsi pour objet de stocker les produits issus de l'exploitation agricole familiale et d'installer les bureaux nécessaires à la gestion de cette exploitation. Toutefois, en se bornant à faire valoir que ce nouveau lieu de stockage permettra de reconstituer le chiffre d'affaires de l'exploitation agricole, qui a baissé depuis la mise en œuvre d'une déviation routière, il n'apporte aucun élément de nature à établir que le bâtiment en litige, à vocation de stockage et de bureau, serait effectivement nécessaire à l'exploitation agricole, qui est située à plus de 400 mètres de ce bâtiment. Dans ces conditions, la construction autorisée par le permis de construire, qui n'apparaît pas nécessaire à l'exploitation agricole du GAEC D et fils, n'est pas au nombre de celles qui peuvent être autorisées en zone agricole, eu égard aux conditions auxquelles les dispositions précitées de l'article A 2 du règlement de la zone agricole du plan local d'urbanisme de la commune de Vallon-Pont-d'Arc subordonnent l'utilisation des sols dans cette zone.
8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est, en l'état du dossier, de nature à justifier l'annulation de la décision contestée.
9. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 20 mai 2020 et la décision implicite de rejet du recours gracieux doivent être annulés.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. D une somme à verser aux requérants au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 mai 2020 du maire de Vallon-Pont-d'Arc et la décision implicite de rejet du recours gracieux sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme H I, représentante unique, à M. C D et à la commune de Vallon-Pont-d'Arc.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
F.-M. FLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
S. Saadallah
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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