Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206616
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206616 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 août 2022, 5 décembre 2022, 11 juillet 2023, 22 mai et 28 juin 2024, M. C A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 13 juin 2022 par laquelle le maire de Bessenay a refusé de modifier le classement de la parcelle cadastrée section B n° 768 en zone naturelle par le plan local d'urbanisme et la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le président du département du Rhône a rejeté sa demande de modification du classement de cette parcelle en zone de protection des espaces naturels et agricoles périurbains.
Il soutient que :
- la décision du 22 septembre 2022 du président du département du Rhône est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au classement de sa parcelle en zone de protection des espaces naturels et agricoles périurbains ; la parcelle ne présente aucun potentiel agricole et est enclavée entre deux parcelles déjà urbanisées ; elle a vocation à être urbanisée dès lors qu'elle est desservie par deux voies et que les réseaux d'eau potable et d'électricité sont présents à proximité ;
- la décision du 13 juin 2022 du maire de Bessenay est illégale, par la voie de l'exception, dès lors que la délibération approuvant le plan local d'urbanisme de la commune est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elle classe sa parcelle en zone naturelle ;
- il est victime d'inégalité de traitement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 novembre 2022, 13 juin 2023 et 22 mai 2024, la commune de Bessenay, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, le département du Rhône, représenté par son président, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre du 18 juillet 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 2 août 2024 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 3 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- et les observations de M. A, requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est propriétaire d'un terrain cadastré section B n° 768 situé sur le territoire de la commune de Bessenay. Il doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 13 juin 2022 par laquelle le maire de Bessenay a refusé de modifier le classement de sa parcelle en zone naturelle par le plan local d'urbanisme et la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le président du département du Rhône a rejeté sa demande de modification du classement de cette parcelle en zone de protection des espaces naturels et agricoles périurbains.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 113-15 du code de l'urbanisme : " Le département ou un établissement public mentionné à l'article L. 143-16 peut mettre en œuvre une politique de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains. ". Aux termes de l'article L. 113-17 du même code : " I. - Les périmètres d'intervention ne peuvent inclure des terrains situés : / 1° Dans une zone urbaine ou à urbaniser délimitée par un plan local d'urbanisme ; () ". Et aux termes de l'article R. 113-19 de ce code : " Le projet de création d'un périmètre de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains comprend un plan de délimitation et une notice qui analyse l'état initial de ces espaces et expose les motifs du choix du périmètre, notamment les bénéfices attendus de son institution sur l'agriculture, la forêt et l'environnement. "
3. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section B n° 768 dont M. A est propriétaire fait partie du périmètre de protection des espaces naturels et agricoles périurbains du pays de l'Arbresle instauré par une délibération du conseil départemental du Rhône du 11 avril 2014. L'objectif de ce périmètre de protection est de préserver et valoriser les espaces et les ressources naturelles du territoire, de préserver le foncier agricole, de créer les conditions d'attractivité pour assurer le renouvellement des exploitations et de permettre le maintien et le développement d'une agriculture dynamique et durable. Ainsi, une partie de 86 % du territoire de la commune de Bessenay a été intégrée dans le périmètre de protection des espaces naturels et agricoles périurbains du pays de l'Arbresle, soit l'ensemble de la commune à l'exception des zones urbaines du centre bourg, de la Brévenne et de la Giraudière et du hameau de la Combe. La parcelle litigieuse, proche du hameau de Crussillieux mais non bâtie, classée en zone naturelle depuis l'approbation du plan local d'urbanisme de la commune de Bessenay le 17 janvier 2012, fait partie d'un ensemble de parcelles classé en zone Nh, situé à proximité d'une zone agricole. La circonstance que cette parcelle ne présente aucun potentiel agricole ou forestier est, en elle-même, sans incidence sur le périmètre litigieux. Eu égard aux caractéristiques de cette parcelle et à sa situation, son intégration au sein du périmètre de protection des espaces naturels et agricoles périurbains ne procède d'aucune erreur manifeste d'appréciation, en dépit de la présence de quelques constructions anciennes ainsi que d'annexes plus récentes, de voies publiques et de réseaux situés à proximité de cette parcelle. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de ce périmètre, dirigé contre la décision du 22 septembre 2022 du président du département du Rhône doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / () ". Aux termes de l'article R. 151-24 de ce code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; () / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; () ".
5. M. A, qui demande " l'autorisation de construire sur son terrain ", doit être regardé comme soutenant que la parcelle cadastrée section B n° 768 a été classée à tort en zone naturelle par le plan local d'urbanisme de la commune de Bessenay adopté le 17 janvier 2012. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 3, cette parcelle, qui contrairement à ce que soutient le requérant, n'est pas entourée de constructions, fait partie d'un ensemble de parcelles classé en zone Nh situé à proximité d'une zone agricole. Dans ces conditions, eu égard à la configuration des lieux, cette parcelle, même si elle est desservie par deux voies, peut, sans erreur manifeste, être regardée comme se rattachant à un ensemble de terres à caractère naturel, au sens des dispositions précitées de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir, par la voie de l'exception, que le classement de sa parcelle en zone Nh au plan local d'urbanisme est entaché d'illégalité.
6. En dernier lieu, il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Dès lors que cette délimitation effectuée dans un plan local d'urbanisme ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant la loi. En l'espèce, en l'absence d'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement de la parcelle de M. A dans la zone naturelle et dans le périmètre de protection des espaces naturels et agricoles périurbains, la circonstance que d'autres terrains supportent des constructions, lesquelles au demeurant ont été réalisées avant l'approbation du plan local d'urbanisme de la commune, est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré d'une inégalité de traitement doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2022 par laquelle le maire de Bessenay a refusé de modifier le classement de sa parcelle en zone naturelle par le plan local d'urbanisme et de la décision du 22 septembre 2022 par laquelle le président du département du Rhône a rejeté sa demande de modification du classement de cette parcelle en zone de protection des espaces naturels et agricoles périurbains.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au département du Rhône et à la commune de Bessenay.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
F.-M. BLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
S. Saadallah
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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