Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206798

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2206798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL LEGA CITE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de la société Pierre et patrimoine contestant le refus de permis de construire pour une maison individuelle à Tassin-la-Demi-Lune. La société soutenait que le refus était fondé sur des erreurs de droit et d’appréciation concernant l’emprise au sol, le coefficient de pleine terre et la densification du secteur, en application du PLU-H de la métropole de Lyon. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les motifs de refus étaient justifiés et que les moyens soulevés n’étaient pas fondés. Aucune injonction ou astreinte n’a été prononcée, et la commune a obtenu le remboursement de ses frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, la société Pierre et patrimoine, représentée par la SELAS Léga-Cité, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2022 par lequel le maire de Tassin-la-Demi-Lune a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la réalisation d'une maison individuelle sur un terrain situé 138 Voie romaine, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Tassin-la-Demi-Lune de lui délivrer le permis de construire sollicité ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Tassin-la-Demi-Lune la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que le terrain d'assiette du projet, qui a été divisé, est constitué de la parcelle cadastrée section BK n° 234, et non de la parcelle BK n° 53 ; en tout état de cause, la demande de permis de construire litigieuse tient lieu de déclaration préalable visant à la création d'un lot à bâtir ;

- le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article 2.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon applicable au secteur URi2c est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que l'emprise au sol du projet, qui s'élève à 119,03 m², est inférieure au maximum imposé de 119,20 m² ;

- le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article 3.2.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable au secteur URi2c est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le coefficient de pleine terre du projet, qui s'élève à 46,64 %, est supérieur au minimum requis de 40 % ;

- le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article 4.1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon applicable à la zone URi2 est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet ne " surdensifie " pas le secteur et qu'il ne dénature pas le secteur dans lequel il vient s'implanter.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, la commune de Tassin-la-Demi-Lune, représentée par la SELARL cabinet d'Avocats Philippe Petit et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre du 22 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 23 février 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 11 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Perrier, représentant la société Pierre et patrimoine,

- et celles de Me Masson, représentant la commune de Tassin-la-Demi-Lune.

Une note en délibéré, enregistrée le 3 octobre 2024, a été produite pour la société Pierre et patrimoine.

Considérant ce qui suit :

1. La société Pierre et patrimoine a déposé en mairie de Tassin-la-Demi-Lune le 27 décembre 2021 une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'une maison individuelle sur un terrain situé 138 Voie romaine. Par un arrêté du 28 mars 2022, le maire de Tassin-la-Demi-Lune a refusé de lui délivrer l'autorisation ainsi sollicitée. La société Pierre et patrimoine demande au tribunal l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

2. D'une part, l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme définit le lotissement comme " la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article L. 442-1-2 du même code : " Le périmètre du lotissement comprend le ou les lots destinés à l'implantation de bâtiments ainsi que, s'ils sont prévus, les voies de desserte, les équipements et les espaces communs à ces lots. Le lotisseur peut toutefois choisir d'inclure dans le périmètre du lotissement des parties déjà bâties de l'unité foncière ou des unités foncières concernées ". Aux termes de l'article R. 442-2 du même code : " Lorsqu'une construction est édifiée sur une partie d'une unité foncière qui a fait l'objet d'une division, la demande de permis de construire tient lieu de déclaration préalable de lotissement dès lors que la demande indique que le terrain est issu d'une division ". Il résulte de ces dispositions que, si tout lotissement doit être précédé soit d'un permis d'aménager, soit d'une déclaration préalable, une demande de permis de construire doit être regardée comme valant déclaration préalable lorsqu'elle précise que le terrain d'assiette du projet est issu d'une division. Enfin, aux termes de l'article R. 442-1 de ce code : " Ne constituent pas des lotissements au sens du présent titre et ne sont soumis ni à déclaration préalable ni à permis d'aménager : () / e) Les détachements de terrains supportant des bâtiments qui ne sont pas destinés à être démolis ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 151-21 du code de l'urbanisme : " () Dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance, l'ensemble du projet est apprécié au regard de la totalité des règles édictées par le plan local d'urbanisme, sauf si le règlement de ce plan s'y oppose. " Aux termes de l'article 1.2.1.1 des dispositions communes du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon : " Conformément à l'article R.151-21 du Code de l'urbanisme, dans le cas d'un lotissement ou dans celui de la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance (dénommée ci-après " opérations d'ensemble " ou " projet "), l'ensemble du projet est apprécié au regard de la totalité des règles édictées par le PLU-H. () / Les règles quantitatives du règlement ci-après, sont mutualisées à l'échelle de ces opérations d'ensemble, sauf dispositions différentes d'un règlement d'un permis d'aménager : () / - les dispositions du règlement, relatives au coefficient d'emprise au sol (CES) ; / - les dispositions du chapitre 3 du règlement, relatives au coefficient de pleine terre (CPT) ; () ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, cadastré BK n° 234, est issu d'une division de la parcelle cadastrée BK n° 53, laquelle est intervenue sans autorisation d'urbanisme, à l'occasion de la cession du terrain litigieux à la société requérante le 14 avril 2021. Si cette cession a eu pour effet de créer deux lots déjà bâtis, le projet en litige prévoit la démolition intégrale des constructions édifiées sur le terrain d'assiette, qui constitue donc l'un de ces lots. Ainsi, ce projet, qui a pour effet de créer deux lots dont l'un supporte des bâtiments destinés à être démolis, devait faire l'objet d'une déclaration préalable de division. La notice du dossier de demande de permis de construire précise d'ailleurs que la demande de permis de construire tient lieu de " déclaration préalable visant à la création d'un lot à bâtir ". Si la société Pierre et patrimoine soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que le maire a instruit la demande de permis de construire en se référant à la parcelle cadastrée BK n° 53, et non à la parcelle cadastrée BK n° 234 issue de la division parcellaire, le projet, qui constitue un lotissement, doit toutefois être apprécié au regard de l'ensemble de l'unité foncière compte tenu de la division projetée, en application des dispositions citées aux points 2 et 3 ci-dessus. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

5. En second lieu, d'une part, l'article 2.4.1 du règlement du PLU-H applicable à la zone URi2 prévoit, s'agissant du secteur URi2c, dans lequel se situe le terrain d'assiette du projet en litige, un coefficient d'emprise au sol inférieur ou égal à 20 %.

6. L'emprise au sol maximale qui, compte tenu de ce qui a été dit au point 4 ci-dessus, doit être appréciée au regard de la parcelle cadastrée BK n° 53, laquelle présente une superficie de 1 235 m², doit être inférieure ou égale à 247 m². Or, alors que l'emprise de la construction projetée s'élève à 119 m², il n'est pas contesté que l'emprise de la construction existante, située sur le second lot déjà bâti, s'élève à 150 m². Dans ces conditions, le projet, qui a pour effet de porter l'emprise au sol à 269 m² sur l'ensemble du tènement, ne respecte pas le coefficient d'emprise au sol de 20 % au maximum. Dès lors, en refusant de délivrer le permis de construire en litige au motif que le projet ne respecte pas l'article 2.4.1 du règlement du PLU-H applicable à la zone URi2, le maire de Tassin-la-Demi-Lune n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. D'autre part, l'article 3.2.1 du règlement du PLU-H applicable à la zone URi2 prévoit, s'agissant du secteur URi2c, un coefficient de pleine terre supérieur ou égal à 40 %.

8. La surface de pleine terre, qui doit également être appréciée au regard de la parcelle cadastrée BK n° 53, doit être supérieure ou égale à 494 m² pour ce terrain d'une superficie de 1 235 m². Or, il ressort du plan de masse que la surface de pleine terre prévue par le projet s'élève à 278 m², alors au demeurant que cette surface inclut une cuve de récupération des eaux pluviales dont il n'est pas établi qu'elle puisse être comptabilisée à ce titre, alors qu'il n'est pas contesté que la surface de pleine terre du second lot déjà bâti s'élève à seulement 85 m². Dans ces conditions, le projet, qui prévoit une surface de pleine terre de 363 m² sur l'ensemble du tènement, ne respecte pas le coefficient de pleine terre minimum de 40 %. Dès lors, en refusant de délivrer le permis de construire en litige au motif que le projet ne respecte pas l'article 3.2.1 du règlement du PLU-H applicable à la zone URi2, le maire n'a pas fait une inexacte application des dispositions de cet article.

9. Les motifs tirés de la méconnaissance des articles 2.4.1 et 3.2.1 du règlement du PLU-H applicables à la zone URi2 étant, à eux seuls, de nature à justifier légalement le refus de permis de construire, l'éventuelle illégalité du dernier motif de refus de l'autorisation d'urbanisme ne serait pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté attaqué, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le maire de Tassin-la-Demi-Lune aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que les motifs dont la légalité est confirmée aux points 6 et 8 du présent jugement.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 mars 2022 et de la décision de rejet du recours gracieux doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la société requérante doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Tassin-la-Demi-Lune qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante le versement d'une somme de 1 400 euros au profit de la commune de Tassin-la-Demi-Lune au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Pierre et patrimoine est rejetée.

Article 2 : La société Pierre et patrimoine versera une somme de 1 400 euros à la commune de Tassin-la-Demi-Lune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Pierre et patrimoine et à la commune de Tassin-la-Demi-Lune.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

F.-M. ALe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière