Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2206903
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2206903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Saidi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 août 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision attaquée, qui n'est revêtu d'aucune signature, est entachée d'un vice d'incompétence ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- le délai prévu à l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui est pas opposable, faute d'avoir été invitée à présenter une demande de séjour à un autre titre que l'asile et correctement informée qu'elle ne pourrait, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ;
- en tout état de cause, elle justifie de circonstances nouvelles au sens de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour portant la mention " visiteur " sur le fondement de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou un titre portant la mention " étudiant " en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La procédure a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit d'observations.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A a été rejetée par une décision du 10 février 2023.
Par une ordonnance du 5 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 avril 2024.
Par un courrier du 3 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de faire usage des pouvoirs d'injonction d'office qu'il tient des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en enjoignant à la préfète du Rhône de fixer à Mme A une date de rendez-vous pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour.
Une réponse à ce courrier a été enregistrée le 4 septembre 2024 pour Mme A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante syrienne née le 25 septembre 1981, est entrée en France sous couvert d'un visa de court séjour valable du 25 août 2016 jusqu'au 24 août 2021. Le 21 janvier 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 13 juin 2022. Par courrier reçu le 11 juillet 2022, elle a présenté, par l'intermédiaire de son conseil, une demande de titre de séjour portant la mention " étudiante " ou " visiteur ", demande qu'elle a renouvelée par courrier du 1er août 2022. Par courriel du 18 août 2022, la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône a refusé de lui fixer une date de rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, au motif que cette demande est tardive au regard du délai qui lui était imparti par l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Ainsi qu'il a été dit, il ressort des termes même du courriel du 18 août 2022 que la préfecture du Rhône ne s'est pas prononcée sur le droit au séjour de Mme A mais s'est bornée à refuser de lui fixer un rendez-vous afin de lui permettre de faire procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.
3. Aucune disposition législative ou réglementaire, notamment pas les articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité administrative serait tenue de recevoir un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande, et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". L'article D. 431-7 du même code a précisé que les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois, porté à trois mois lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9.
5. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2 précitées, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai. Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre. L'étranger ne peut se prévaloir pour la première fois devant le juge d'une telle circonstance.
6. La tardiveté de la demande de titre formulée par l'étranger ayant présenté une demande d'asile peut constituer l'un des motifs de la décision de refus de titre prise après le rejet définitif de sa demande d'asile ou fonder, d'une part, un refus de rendez-vous, d'autre part, un refus d'enregistrement de la demande de titre, dont l'étranger sera recevable à demander l'annulation pour excès de pouvoir.
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
8. La décision attaquée, qui ne comporte que la mention " La direction des migrations et de l'intégration ", sans plus de précision, ne permet pas d'identifier son auteur et, par voie de conséquence, de vérifier sa compétence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être accueilli.
9. En second lieu, la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne démontre pas qu'elle aurait délivré à Mme A l'information prévue par l'article L. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'inviter, le cas échéant, à présenter une demande d'admission au séjour à un autre titre que l'asile avant l'expiration d'un délai de deux mois. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'un tel délai ne lui était pas opposable.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 18 août 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard aux motifs d'annulation retenus aux points 8 et 9, l'exécution du présent jugement n'implique pas que la préfète du Rhône délivre à Mme A un titre de séjour. Elle implique en revanche que la préfète lui fixe un rendez-vous pour pouvoir déposer sa demande. Il y a lieu, en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre d'office à la préfète du Rhône d'y procéder, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 18 août 2022 par laquelle la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône a refusé de fixer à Mme A un rendez-vous afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous à Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Hervé Drouet, président,
M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Chareyre
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2206903
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