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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2207527

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207527

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2207527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle le préfet du Rhône a classé sans suite sa demande de naturalisation, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux formé le 2 juin 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de reprendre l'instruction et de statuer sur sa demande de naturalisation dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a transmis l'ensemble des pièces nécessaires à l'examen de sa demande de naturalisation, y compris les pièces complémentaires sollicitées par le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il avait déjà produit les pièces demandées ou qu'il s'agissait d'éléments redondants.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 avril 2024 par une ordonnance du 5 mars précédent.

Un mémoire en défense, présenté par la préfète du Rhône, a été enregistré le 13 septembre 2024, après clôture, et n'a pas été communiqué.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, conseillère,

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Bescou, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 24 avril 1966, de nationalité congolaise, a déposé une demande de naturalisation auprès des services de la préfecture du Rhône. Le 29 novembre 2021, le préfet du Rhône lui a demandé de produire des pièces complémentaires. Le 5 avril 2022, le préfet a classé sa demande sans suite au motif que son dossier demeurait incomplet. Le 2 juin 2022, le requérant a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 5 avril 2022, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux dirigé contre cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat. () ". Et l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité dispose que : " 1° Tout demandeur doit justifier d'une connaissance de la langue française à l'oral et à l'écrit au moins égale au niveau B1 du Cadre européen commun de référence pour les langues () 8. / Un arrêté du ministre chargé des naturalisations définit les diplômes permettant de justifier d'un niveau égal ou supérieur au niveau requis. / A défaut d'un tel diplôme, le demandeur peut justifier de la possession du niveau requis par la production d'une attestation délivrée depuis moins de deux ans à l'issue d'un test linguistique certifié ou reconnu au niveau international, comportant des épreuves distinctes évaluant son niveau de compréhension et d'expression orales et écrites () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 37-1 du même décret dans sa rédaction applicable au présent litige, " Le demandeur fournit, selon les mêmes conditions de recevabilité que celles prévues par l'article 9 : () 1° bis La copie d'un document officiel d'identité, ainsi qu'une photographie d'identité récente ; () / 3° Tous documents justifiant qu'il a sa résidence en France à la date de la demande, notamment des justificatifs de domicile, de ressources et de situation fiscale ; () / 5° Le cas échéant, les actes de naissance de tous ses enfants mineurs, ainsi que les pièces de nature à établir leur résidence ; () / 9° Un diplôme ou une attestation, délivrée depuis moins de deux ans, justifiant d'un niveau de langue égal ou supérieur à celui exigé en application de l'article 37 et délivré dans les conditions définies par cet article. Sont toutefois dispensées de la production de ce diplôme ou de cette attestation : / a) Les personnes titulaires d'un diplôme délivré dans un Etat dont la liste est fixée par un arrêté du ministre chargé des naturalisations à l'issue d'études suivies en français qui peuvent justifier de la reconnaissance de leur diplôme par rapport à la nomenclature française des niveaux de formation et au cadre européen des certifications (CEC) par la production d'une attestation de comparabilité délivrée dans des conditions fixées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations () ".

4. Enfin, aux termes de l'article 40 du même décret " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement ".

5. En l'espèce, pour procéder au classement sans suite de la demande présentée par M. C en vue d'acquérir la nationalité française, le préfet du Rhône s'est fondé sur la circonstance, qu'en dépit d'une demande de pièces complémentaires adressée le 29 novembre 2021, l'intéressé n'a pas produit la copie intégrale de l'acte de naissance de sa fille A, un justificatif de son niveau de connaissance de la langue française à l'oral et à l'écrit au moins égale au niveau B1 du cadre européen commun de référence pour les langues, une copie de son titre de séjour en cours de validité et le contrat de travail pour la société Appel Médical.

6. En premier lieu, l'intéressé soutient avoir répondu à la demande de pièces complémentaires que le préfet du Rhône lui a adressée le 29 novembre 2021 par un courrier du 26 février 2022. Toutefois, en se bornant à transmettre un accusé de réception à l'adresse de la préfecture en date du 28 février 2022, sans produire le contenu du courrier concerné, ni son dossier de demande initiale, il n'établit pas la liste des pièces qu'il aurait transmises. Par ailleurs, d'une part, s'il communique la copie intégrale de l'acte de naissance de sa fille et la copie recto/verso de son titre de séjour en cours de validité, il ne produit aucun document de nature à justifier de son niveau de connaissance de la langue française. A ce titre, il allègue être titulaire d'un diplôme d'infirmier obtenu en République démocratique du Congo et d'une attestation d'aide-soignant, sans toutefois l'établir, tout comme il ne justifie pas que ce diplôme et cette attestation correspondraient aux documents limitativement prévus par la règlementation permettant d'attester du niveau de langue française requis. D'autre part, s'il transmet les contrats de mission intérimaire avec la société appel médical du 18 octobre, du 20 au 23 octobre, du 30 octobre, du 10 au 13 décembre, du 15 décembre et du 21 décembre 2020, il ne produit aucun document permettant de justifier de ses ressources après cette date et donc de sa résidence en France à la date de sa demande. Dans ces conditions et contrairement à ce qu'il soutient, il n'établit pas avoir présenté au préfet l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction de sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En second lieu, dès lors que, en application de l'article 37-1 du décret du 30 décembre 1993 précité, il doit fournir, sous peine d'irrecevabilité, un document officiel d'identité et les actes de naissance de ses enfants mineurs, il ne peut pas utilement se prévaloir de la circonstance selon laquelle, dans le cadre d'une autre procédure, le préfet serait déjà en possession de l'acte de naissance de sa fille et de son titre de séjour. Par ailleurs, s'il allègue avoir déjà produit ses avis d'impôt sur les revenus et ses bulletins de salaire, il ne l'établit pas. Et, dès lors qu'il doit justifier de sa résidence en France à la date de sa demande, il ne peut pas utilement faire valoir que des bulletins de salaire des mois d'octobre et de décembre 2020 justifieraient de sa situation en 2022. Enfin, s'il allègue détenir un diplôme et une attestation le dispensant de justifier d'un test de connaissance de la langue française, comme indiqué précédemment, il ne l'établit pas. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que les pièces complémentaires sollicitées par le préfet étaient déjà produites, en sa possession ou redondantes. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il s'ensuit que le requérant ne justifie pas du caractère complet du dossier déposé auprès de l'administration de sorte que le préfet du Rhône a pu, à bon droit, constater le défaut d'accomplissement des formalités administratives nécessaires à l'examen de son dossier et procéder au classement sans suite de sa demande. Par suite, le requérant n'est pas fondé à contester la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

V. JordaLa présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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